Depuis début novembre, un bus affrété par les Restos du cœur sillonne tous les soirs les rues de Clermont-Ferrand. À son bord, une équipe de bénévoles nourrit plus d'une centaine de personnes dans différents coins de la ville.
Le seul repas de sa journée, Sylvain le trouve chaque soir au Bus du cœur : "Et c'est bon oui !". Il vit dans la rue et dit être "un peu dans la galère". Dans cette cantine mobile, il trouve un peu de chaleur, thermique et humaine. "Je viens pour avoir un bon repas et avoir de l'entraide, comme des vêtements. J'y rencontre aussi des amis qui sont dans la même galère que moi."
Les habitués connaissent bien les arrêts du véhicule : à 19h, rue Pierre Besset en face du gymnase Verlaguet, à 20h 30 à la gare de Clermont-Ferrand et à 22 heures, en face du lycée Pierre et Marie Curie, près des hébergements d'urgence. Des rendez-vous immuables, chaque soir à partir du 1er novembre et jusqu'à la fin de l'hiver.
Ce soir, rue Pierre Besset, une trentaine de personnes sont venues chercher un repas, un café, ou de la compagnie. Des gens de la rue, mais pas seulement. Certains travaillent, ont un logement, mais pas de quoi se payer un repas, devenut superflu au regard de leurs finances. Michel, bénévole de la vieille heure, voit des personnes qui ne venaient pas avant. "En 4 ou 5 ans, les bénéficiaires ont changé. Avant, il y avait essentiellement des SDF, à 90%. Ensuite, il y a eu des migrants, beaucoup de Roms. Désormais, il y a beaucoup de gens seuls, des femmes seules. Je pense qu'ils ont moins honte de venir qu'avant."
Boulettes, riz et sauce tomate
Certains préfèrent manger leur plateau-repas dehors. C'est le cas de Line, une Belge qui ne s'installe que rarement plus d'un mois au même endroit. Comme cela, elle peut rester avec ses amis qui ont des chiens.
Ce soir, au menu : boulettes, riz et sauce tomate. "C'est bon franchement. Mais il faut rajouter du sel et du poivre parce que sinon c'est un peu fade mais c'est sûrement parce qu'il doit y avoir des gens avec des problèmes de santé", raconte-t-elle.
Contrairement à Sylvain, Line a moins de difficultés à se nourrir. "J'ai l'avantage d'être une fille. Ce n'est pas toujours un avantage mais pour ça oui. Passé 23h-23h30, je demande aux restaurateurs s'ils n'ont pas d'invendus. Les trois-quarts du temps, je peux manger. Au pire je suis déjà resté 3 jours sans manger, cela ne m'a pas tué."
Manque de bénévoles
Ils sont six bénévoles à être dans le bus ce soir-là. Michel, avec "ses 18 ans de Restos" est le doyen. Jennifer, avec ses 23 ans est, elle, la plus jeune. C'est sa troisième semaine de bénévolat. "Je voulais me rendre utile. Comme je suis étudiante, financièrement, je ne pouvais pas donner. J'ai donc décidé de devenir bénévole, je viens une soirée toutes les deux semaines."
Un engagement que salue Jean-Luc Ruat, responsable départemental des Restos du cœur du Puy-de-Dôme. Plus que les dons, les principaux besoins sont de trouver des personnes qui veulent bien offrir de leur temps. "Il est difficile de trouver des bénévoles pour les associations, surtout pour le Bus du cœur. Les horaires sont de 6h 30 jusqu'à 23 heures, c'est une activité en soi. C'est difficile pour les bénévoles qui au bout de 3-4 mois, sont usés."
L'occasion, pour lui, de faire un rappel : "On a toujours besoin de bénévoles. Qu'importent les activités, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !"
Les Restos du Cœur dans le Puy-de-Dôme
Pour devenir bénévole, rendez-vous ici ou appelez le 04 73 98 10 10.En 2016, les Restos ont donné près d'un millions de repas soit 27.000 par semaines. L'hiver, ce sont 35.000 repas par semaine qui sont offerts sur l'ensemble du département.
Aucun document n'est demandé pour bénéficier d'un repas au Bus du cœur. En période de pointe, ce dernier sert entre 130 et 140 repas par soir.