Confinement et fermeture des écoles : comment accompagner psychologiquement les enfants

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Écrit par Solenne Barlot
Les enfants peuvent être perturbés par la nouvelle fermeture des écoles à compter du 5 avril.
Les enfants peuvent être perturbés par la nouvelle fermeture des écoles à compter du 5 avril. © Matthieu de Martignac/MAXPPP

Mercredi 31 mars, le président Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des établissements scolaires pour les prochaines semaines. Ce nouveau changement peut être perturbant pour les enfants. Un pédopsychologue de Clermont-Ferrand nous donne les clefs pour accompagner son enfant dans cette période.

A nouveau, à compter du lundi 5 avril, les crèches, écoles, collèges et lycées seront fermés, a annoncé le président Emmanuel Macron dans son allocution du 31 mars. Un nouveau bouleversement pour les enfants et adolescents, mais aussi pour les parents. Dans cette nouvelle période où le rythme de vie et la vie sociale des plus jeunes sont chamboulés, Pierre-Marie de Clavières, pédopsychologue au pôle pédiatrique Les Petits Soins, près de Clermont-Ferrand, nous donne quelques clefs pour comprendre et accompagner nos enfants dans cette période. Il est spécialisé en psychologie de l'enfant, de la parentalité et de la prénatalité. 

Un manque de sociabilisation

Les implications de ces fermetures peuvent selon lui, être différentes en fonction des enfants : « On a d’abord le manque de sociabilisation, ne pas pouvoir retrouver ses copains, qui sont un groupe important pour s’extraire de la famille. Pour les collégiens, c’est plutôt le fait de devoir se réadapter à l’école à la maison qui va être compliqué. Les lycéens, c’est encore autre chose. Le lycée est le moment où on s’émancipe, où on retrouve ses pairs. Dans les semaines à venir, je pense que c’est la notion d’équilibre qui va être importante pour savoir comment organiser sa journée, comment continuer à patienter », explique Pierre-Marie de Clavières.

"Beaucoup d'angoisses" pour les lycéens 

A chaque âge, ses spécificités : « La difficulté qu’on rencontre aujourd’hui avec les lycéens c’est qu’il y a beaucoup d’angoisse autour du COVID et cette angoisse impacte l’environnement familial. C’est parfois compliqué d’aller au lycée quand on ne sait pas trop dans quel état on va retrouver ses parents. S’ajoute tout ce qui peut être angoisse en termes de contamination et, pour les terminales, des inquiétudes pour les épreuves du bac », constate Pierre-Marie de Clavières. Mais ce stresse concerne également la vie après le lycée : « Auparavant, le lycée, c’était l’époque où on aimait se projeter dans telle ou telle ville, tel ou tel type de vie. Maintenant, la question n’est plus de savoir où on va étudier mais où on va être confinés en fin de compte », ajoute le pédopsychologue.

L'angoisse des parents transposable

Pour les plus petits, beaucoup plus dépendants de leurs parents, les enjeux sont différents : « Si les parents ne sont pas en capacité de tenir le coup, les enfants vont avoir plus de difficultés à supporter de patienter à leur tour. L’enfant se représente le monde dans ce qu’il observe et dans ce qu’on lui présente. S’il observe que, du jour au lendemain, il n’y a plus d’école, plus de copains, plus de professeur et qu’en plus les parents sont angoissés et stressés, ça lui donne l’impression qu’il n’arrive plus à comprendre le monde. Ce sont des moments qui peuvent être très compliqués », raconte Pierre-Marie de Clavières.

"De la tristesse, des retours de cauchemars, des troubles de l’apprentissage"

Dans cette période, des signes de mal-être peuvent apparaître : « C’est là que l’on va voir chez l’enfant de la tristesse, des retours de cauchemars, des troubles de l’apprentissage aussi, parce qu’apprendre à la maison et à l’école ce n’est pas pareil. C’est quelque chose qu’ils peuvent avoir du mal à transposer. Il y a également la question du télétravail des parents. Pour les enfants qui sont assez autonomes, il n’y a pas trop de difficultés mais pour ceux qui ont des signes d’anxiété et pour qui l’idée de se référer à l’adulte pour se rassurer est importante, ça peut être compliqué de mettre l’école à la maison en place », explique Pierre-Marie de Clavières.

Surveiller les changements

Il recommande de surveiller les comportements inhabituels chez son enfant : « Ce qui doit alerter les parents, c’est tout ce qui va faire rupture, là où les parents ne reconnaissent plus leurs enfants. En général, les parents qui m’amènent leurs enfants disent à peu près la même chose : « On ne le comprend plus et ce n’est plus comme avant, quelque chose a changé. » Enfant brusquement plus autonome, tristesse, perte d’intérêt, violence, troubles du comportement sont des signes qui doivent alerter les parents.

S'adapter à l'enfant

Pour rassurer son enfant et se rassurer en tant que parent, Pierre-Marie de Clavières insiste sur le fait de donner des perspectives : « Il faut bien expliquer aux enfants que ça ne va pas durer et qu’à un moment donné, il y aura une fin. Il y a beaucoup de professionnels qui expliquent que surdramatiser la situation, ça donne parfois une vision faussée de la réalité. » Afin d’anticiper les éventuelles angoisses des enfants, il propose de tenter de transformer ces jours parfois difficiles en moments familiaux agréables : « Il faut changer ces moments en moments de convivialité, assouplir les règles et faire en sorte de s’adapter. Je pense que c’est ce qui va faire la différence entre une situation compliquée et une situation difficile mais temporaire ». Il souligne également l’importance des sorties, qui permettent aux enfants de s’aérer et de se dépenser.

"Il faut se faire confiance en tant que parent "

Organiser les journées peut, selon lui, être important, tout en prenant en considération son enfant. Les plus petits vont avoir une approche plutôt motrice de l’école par exemple. Il faut surtout, selon Pierre-Marie de Clavières, être à l’écoute : « Il faut s’interroger sur son mode de fonctionnement : est-ce que c’est un enfant qui a besoin de beaucoup jouer ? Est-ce que c’est un enfant plutôt autonome ? On ne peut pas tout transposer sur n’importe quelle situation. Il faut se faire confiance en tant que parent et se dire qu’on a toute légitimité à essayer de comprendre son enfant. » Il faut aussi, d’après lui, accepter de changer son fusil d’épaule en cours de route : « Il faut se laisser une porte ouverte pour aménager et réaménager les semaines à venir ». Une autre question sensible évoquée par le pédopsychologue : le temps devant les écrans. « Le recours des écrans est assez rapide pour se libérer du temps. Pour ne pas se blâmer en tant que parent, ce qui peut être intéressant, c’est de se pencher sur ce que regardent les enfants », recommande-t-il.

Etre attentif aux tout-petits

Pour les parents d’enfants encore à la crèche, le télétravail est une option qui doit s’adapter dans la mesure du possible, aux besoins de l’enfant : « Les tout-petits vont avoir des temps où ils vont pouvoir se reposer, babiller, s’amuser tout seuls, mais ils vont avoir des temps où ils vont avoir besoin que les parents prennent soin d’eux. Laisser un enfant qui était en collectivité dans un transat est quelque chose qui peut lui être inquiétant. Passer d’un environnement avec plein d’autres enfants et des gens pour s’occuper de lui à un environnement où ils se retrouve tout seul avec des parents qui ne sont pas super disponibles, c’est inquiétant », alerte Pierre-Marie de Clavières.

Rassurer l'enfant

Si vous constatez un changement de comportement chez votre petit ou votre adolescent, soyez à l’écoute : « Il faut être présent auprès de lui et comprendre comment le rassurer : il y en qui utilisent beaucoup la parole, d’autres qui sont plus tactiles, d’autres qui sont dans la créativité. Il faut rester attentif. Après, il faut avoir la capacité de rassurer l’enfant. Il va y avoir une grande différence entre un parent qui a la capacité de supporter l’angoisse de son enfant et un parent pour qui l’angoisse de l’enfant va convoquer ses propres angoisses. Dans les moments où on se sent débordé, où on ne se sent pas en capacité d’accueillir la tristesse de son enfant, ça peut être le moment d’aller consulter des psychologues ou des pédiatres », affirme Pierre-Marie de Clavières.

Echanger avec l'enfant

Communiquer et discuter avec son enfant pour organiser le rythme des journées peut être une solution pour lui permettre de mieux vivre ces changements : « Il faut que cela puisse être une discussion. Après, on essaye des choses, on voit ce qui se passe. C’est rassurant de se dire que l’organisation du jour ne sera peut-être pas forcément la même que le lendemain », affirme Pierre-Marie de Clavières. Pour lui, pas de modèle type : il faut s’adapter aux capacités de l’enfant. Pour les adolescents, il conseille de ménager des temps pour soi et de leur octroyer des temps à l’écart. « J’espère que ces temps seront bénéfiques et permettront de s’intéresser à l’enfant avec lequel on partage sa maison. »

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