Coronavirus. Clermont-Ferrand : “Un 1er Mai sans défilé, c’est une première qu’on n’avait jamais imaginée”

La manifestation du 1er mai à Clermont-Ferrand, en 2019. / © A. Albert / France 3 Rhone-Alpes
La manifestation du 1er mai à Clermont-Ferrand, en 2019. / © A. Albert / France 3 Rhone-Alpes

La lutte contre le coronavirus et le confinement ayant rendu les grands rassemblements impossibles, comment célébrer cette année le 1er Mai sans défilé ? Les syndicats du Puy-de-Dôme ne manquent pas d’idées pour porter leurs revendications.

Par Cyrille Genet

La crise du coronavirus Covid 19 est-elle en train de terrasser en 2020 le 1er Mai, la fête du travail ou journée internationale des travailleurs célébrée en France depuis 1890, seulement perturbée par la seconde guerre mondiale et les guerres d’Indochine et d’Algérie ? Car l’interdiction des grands rassemblements conduit irrémédiablement à l’annulation des défilés syndicaux. "Un 1er Mai sans défilé, c’est une première qu’on n’avait jamais imaginée même dans les pires scénarios" s’exclame Didier Pagès, membre du bureau de Sud-Auvergne. "C’est un moment de rassemblement pour les militants et les gens qui partagent les mêmes valeurs et revendications" complète Ghislain Dugourg, secrétaire départemental de la CGT du Puy-de-Dôme. "Dans ce contexte de crise qui frappe la planète entière, il est important que partout les travailleurs montrent qu'ils combattent malgré tout" dit Claude Delétang, secrétaire régional de la FSU.

Sans défilé, mais pas sans idées

"A une dizaine de jours de la date on ne s’interdit rien, on va voir comment on pourra marquer cette journée de revendication" dit Frédéric Bochard, secrétaire général de Force Ouvrière 63. "On peut imaginer que des responsables qui constituent l’intersyndicale FO, CGT, FSU, Sud-Solidaires et UNEF se réunissent en respectant les gestes barrières, qu’on organise une conférence de presse ou que l’on soit présents sur la scène médiatique".

"Il va falloir que l’on trouve une forme originale pour être présents à travers des initiatives locales pour organiser un mouvement d’expression solidaire internationale" précise Didier Pagès "car c’est sûr on ne pourra pas se retrouver tous en un même lieu". "Pour donner de la visibilité aux revendications en maintenant une chaîne YouTube ou un fil internet toute la journée avec par exemple des groupes musicaux, on a beaucoup d’idées qui sont loin d’être farfelues" avance Ghislain Dugourg. "Qui dit de ne pas se rassembler n’interdit pas de sortir devant chez soi tous à la même heure car il faut marquer le coup quand même. On va profiter de ce 1er Mai pour mettre en avant la pétition #PourLeJourDapres", lancée par 16 associations et syndicats pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques comme le définissent ses initiateurs..

"Comme nous y invite le tract intersyndical national, il faut que localement on suggère quelque chose; comme par exemple prendre des photos chez soi ou sur son balcon et inonder les réseaux sociaux" précise la FSU qui appelle à ressortir drapeaux et banderoles.

Pas de défilé, mais des revendications

Si la forme reste à définir, le contenu est bien présent dans la réflexion de ces responsables syndicaux pour qui le coronavirus n’est pas synonyme de pause. "Ce qu’on va mettre en évidence, c’est la nécessaire protection des salariés" dit Didier Pagès "La situation oblige un certain nombre de gens d’être au travail (et pas à la guerre !). Et puis pendant le confinement, la répression syndicale continue, regardez les pressions sur les inspecteurs du travail sensés être indépendants du gouvernement".

Pour FO ce sera "une journée de revendications fondée sur un triptyque : le retrait de la réforme des retraites seulement suspendue pour l’instant, la défense des services publics dont la situation particulière montre à quel point ils sont nécessaires et le refus de la dégradation des conditions de travail; la situation est suffisamment anxiogène pour que des ordonnances ne viennent pas en rajouter, comme par exemple l’allongement de la durée de travail hebdomadaire à 60 heures".

Ghislain Dugourg pour la CGT se projette déjà dans l’après : "Il y a des secteurs en tension, il faut les mettre en valeur. Le changement de société ne doit pas être que des mots".

Après le 1er Mai, le 11…

L’autre date qui préoccupe ces responsables syndicaux, c’est celle envisagée pour le début du déconfinement. "La décision d’organiser la reprise le 11 Mai nous semble très discutable : on doit être confinés, on est sanctionnés si on est pris en défaut mais on a le droit de travailler ou d’envoyer nos enfants à l’école ! On a le sentiment que le gouvernement ne nous dit pas la vérité" tonne Frédéric Bochard pour l’Union Départementale Force Ouvrière.

Regroupant plusieurs syndicats d'enseignants, la FSU "ne veut pas qu'on passe du tout au tout, mais il est indispensable de revenir vers du présentiel pour préparer la rentrée de septembre. A condition qu'on puisse mettre en place toutes les mesures barrières, et qu'on rtrouve le moyen de faire deux groupes de 15 dans une classe de 35 lycéens" s'interroge Claude Delétang.

Pour Sud c’est la troisième revendication phare : "au sujet du 11 Mai, le ministre de l’Education Nationale avance à tâtons mais on a bien compris que mai et juin ne seront pas comme avant. On attend que les choses soient précises et précisées car il faut éviter le risque de redémarrage de la pandémie".

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