Coronavirus COVID 19 : l'anti-journal de confinement de Cécile Coulon sur les réseaux sociaux

Cécile Coulon, romancière et poète, vit le confinement dû au COVID 19 depuis son appartement de Clermont-Ferrand. / © JOEL SAGET / AFP
Cécile Coulon, romancière et poète, vit le confinement dû au COVID 19 depuis son appartement de Clermont-Ferrand. / © JOEL SAGET / AFP

Cécile Coulon, écrivain à succès, passe son confinement dû au coronavirus COVID 19 depuis son appartement de Clermont-Ferrand. L’auteur de « Une bête au paradis » livre plusieurs fois par jour des aphorismes et des blagues sur les réseaux sociaux. Elle a accepté de répondre à nos questions.
 

Par Catherine Lopes

C’est depuis son appartement de Clermont-Ferrand que Cécile Coulon vit son confinement dû à l’épidémie de coronavirus COVID 19. L’écrivain multi-récompensée pour ses romans et sa poésie, s’exprime depuis longtemps sur les réseaux sociaux. Mais depuis le confinement, elle livre de nombreux aphorismes et des réflexions, pour le plus grand bonheur de ses abonnés. Par exemple, elle a publié : « Je sors de ma sieste, j’ai fait un cauchemar. J’ai rêvé que je toussais ».
Autre fulgurance : "Si vous tenez à savoir si ma vie sexuelle se passe bien, sachez qu’après avoir pris ma température je fume une petite clope".
Cécile Coulon a trouvé le temps de répondre à nos questions, entre deux poèmes et trois blagues.

Question : Vous étiez déjà très présente sur les réseaux sociaux avant le début de l’épidémie, mais là, depuis le confinement, vous êtes particulièrement active. Pourquoi ?
Réponse : Je dois rester chez moi comme tout le monde. Je ne suis pas sur le terrain. Quand on reste chez soi et que l’on n’a pas d’enfants, et qu'on n’a pas vraiment de télétravail, tout ça me désangoisse un peu. C’est aussi une façon d’amuser les autres, de rester en contact avec ceux que l’on connaît et ceux que l’on connaît moins bien. Il y a beaucoup de gens connectés non pas pour se sentir trop seuls, mais pour se dire qu’on est tous dans le même moment. On essaie de trouver des moyens, non pas de s’occuper, car on a tous de quoi s’occuper. C’est juste de quoi décompenser un peu.

Question : Est-ce pour dédramatiser ?
Réponse : C’est un peu compliqué de dire dédramatiser. Il y a des gens qui vivent des vrais drames, notamment à l’hôpital. C’est sans doute une manière de se dire que l’on peut se marrer 10 minutes par jour. Ce n’est pas complètement interdit. Cela peut même nous faire du bien. J’essaie de faire ça. Je me dis que mon utilité est là, quand les gens rentrent du boulot et rient à mes conneries. Chacun est utile à sa façon.

Question : Vivez-vous le confinement à Clermont-Ferrand ?
Réponse : Je suis restée à Clermont-Ferrand parce que dans mon village de naissance, j’ai une grand-mère très âgée et mes parents, qui ne sont pas âgés. Avant le confinement, je me suis promenée dans la France entière un long moment, je ne voulais pas prendre de risques. On ne sait pas qui l’a et qui ne l’a pas. Je suis restée à Clermont-Ferrand.

Question : Avez-vous gagné des abonnés Facebook depuis le confinement ? Vous en êtes à près de 16 000 aujourd’hui.
Réponse : Il y a beaucoup de gens qui en temps normal ne sont pas sur l’ordinateur, le téléphone ou la tablette. Entre le moment où Emmanuel Macron a annoncé le confinement, lundi soir, et aujourd’hui, vendredi, je crois qu’il y a eu 1 500 personnes en plus. En quelques jours, on est passé de 13 000 à 16 000 abonnés.

Question : Sur vos messages postés, on trouve des aphorismes, des blagues et des poèmes comme vous le faisiez habituellement. Pourquoi continuer ?
Réponse : C’est un temps assez propice à l’écriture de poèmes et un peu moins à l’écriture d’un roman. Ecrire un roman en ce moment est vraiment compliqué ou alors il faut vraiment couper les infos, la radio, les réseaux sociaux. J’essaie de suivre au jour le jour ce qui se passe, dans les régions. Je demande aussi à pas mal d’abonnés, des soignants, des médecins, des femmes de ménage, de me dire ce qu’il se passe pour eux. Dans ces conditions il n’est pas possible d’écrire un roman. La tête est prise par autre chose. Alors que la poésie a toujours été un truc que j’écrivais partout, tout le temps, quand il y avait des sentiments un peu débordants. Cela ne m’empêche pas d’angoisser un peu, d’avoir peur. On sait que ça va durer plus que 15 jours. On se demande quand on va revoir nos proches et encore, je fais partie des gens qui ont de la chance. Je n’ai pas la responsabilité de quelqu’un, j’ai de la place chez moi, ça va. Je peux même aller dehors car j’habite au dernier étage et monter prendre l’air sur le toit. Il y a bien sûr la peur de tomber malade, et de savoir comment faire, toute seule, chez moi. Ca ne doit pas être marrant non plus. Tout cela fait que c’est très propice à écrire des poèmes, des blagues, car l’humour est la politesse du désespoir. C’est quelque chose de fulgurant, ça sort. Et puis on lit quand même un tas de conneries sur les réseaux sociaux. C’est très facile dans ces moments de crise. Les gens se révèlent dans l’hystérie, la panique, le calme. Quand on a la chance d’être chez soi, et de pouvoir lire ce que les gens mettent en ligne, on se dit que ce n’est pas possible.
 
Voici la vue qu'offre l'appartement de Cécile Coulon pendant le confinement : la Cathédrale, le puy de Dôme et les toits de Clermont-Ferrand. / © Cécile Coulon
Voici la vue qu'offre l'appartement de Cécile Coulon pendant le confinement : la Cathédrale, le puy de Dôme et les toits de Clermont-Ferrand. / © Cécile Coulon


Question : Quel est votre regard sur les journaux de confinement comme les écrivains Slimani ou Darrieussecq ?
Réponse : Vous allez me demander de dire du mal d’autres écrivains. Je ne suis pas très fan. D’une part parce que c’est très casse-gueule comme exercice, le journal intime de confinement est ce qu’il y a de plus narcissique. Il va creuser des inégalités qui existent en France, de manière foudroyante. On demande à des gens de faire des journaux de confinement mais on le demande à des gens d’une classe sociale particulière. Ce n’est pas que je n’aime pas ça. Ce serait bien que les journaux proposent aussi de lire à quoi ressemblent les 24 heures d’une caissière, d’une femme de ménage, d’un routier. J’aimerais bien savoir ce que pensent les mecs confinés dans leur camion pour livrer de la bouffe. A part entendre « Je me lève à telle heure, je mange mon fromage blanc », ce n’est pas extrêmement intéressant. Ce n’est pas que c’est mal écrit, ce n’est pas ça. Dans le moment où nous sommes, ce qui saute au visage, c’est que cette crise accentue la fracture sociale d’une manière ahurissante.

Question : Depuis le confinement, quel est le post qui a recueilli plus d’interactions, de like ?
Réponse : C’est un poème, étonnamment : « Quand nous sortirons d’ici ». Il a reçu plus de 1 600 like. De voir que c’est un poème qui bouleverse le plus les gens, ça montre que l’on a besoin de poésie. Chez soi on se sent démuni. Si vous voulez aider, restez chez vous. Pour moi la seule façon d’apporter mon petit caillou à l’édifice, c’est ça.

 

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