COVID 19 un an après. Au CHU de Clermont-Ferrand : "On avait déjà la tête sous l’eau avant, on l’a toujours maintenant"

Il y a un an, commençait en France une crise sanitaire inédite. Dans un CHU déjà fragilisé par un manque de moyens matériels et humains dénoncé par des personnels, les infirmières de Clermont-Ferrand ont dû faire face au COVID 19. Un an après, certaines nous parlent de ce qui a changé ou pas.

En première ligne face au COVID 19, des infirmières du CHU de Clermont-Ferrand nous racontent ce qui a changé depuis le mois de mars 2020. (Photo d'illustration)
En première ligne face au COVID 19, des infirmières du CHU de Clermont-Ferrand nous racontent ce qui a changé depuis le mois de mars 2020. (Photo d'illustration) © Clementz Michel/MAXPPP

En un an, le COVID 19 a complétement transformé le quotidien du personnel du CHU de Clermont-Ferrand. Au mois de mars 2020, les infirmières ont dû faire face à une crise sanitaire inédite, dans un hôpital où déjà, certains personnels dénonçaient un manque de moyens. Un an, deux confinements et deux plans blancs après, le COVID est toujours là, mais la façon de travailler a changé, même dans les services qui ne prennent pas en charge les patients COVID : « On a un peu déprogrammé, puis beaucoup déprogrammé. On s’est retrouvés avec des lits vides alors qu’habituellement ça se bouscule au portillon. Là, on a des retombées parce que depuis qu'on a recommencé les interventions, on a des patients qui arrivent déjà très malades, qui ont des symptômes et des soucis qui datent de plusieurs mois. Il y a même des patients qu’on n’a pas pu opérer du tout parce que la maladie avait trop progressé et on ne pouvait plus rien faire », regrette Anne*, infirmière en chirurgie digestive, qui pointe « une perte de chances » pour les patients opérés plus tardivement, comparé à l’avant-COVID. Pour Anne, les périodes de rush post-confinement succèdent au calme et aux déprogrammations pour garder des places libres en réanimation.

Moins de tension sur le matériel

Au début de la pandémie, les hôpitaux se sont retrouvés en manque de matériel. Si aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée, pour Noémie*, infirmière en néo-natalité, il reste des points de tension : « En mars 2020, on a quand même manqué de matériel, on était privés de masques pendant plusieurs semaines. C’était un peu la guerre des masques, il ne fallait pas les prendre pour n’importe quelle raison. Maintenant, c’est résolu, mais on a encore des choses qui ne sont pas 100% réglées, par exemple les blouses. On a encore des blouses en tissu en dépannage. Ce sont des solutions normalement temporaires mais qui perdurent dans le temps, faute de moyens ». Partie volontaire sur la 2ème vague en unité COVID, elle a néanmoins pu apprécier l’amélioration : « On avait tout à disposition, on avait du matériel. C’était agréable de voir qu’on avait été écoutées et qu’on nous avait donné des outils pour travailler », se réjouit Noémie.

"Un cadre nous a dit qu’il n’avait jamais vu autant de personnel démissionnaire"

L’organisation des services s’est elle aussi renouvelée, comme en témoigne Perrine*, infirmière en cardiologie : « On était en 7h30 par jour l'an dernier, on faisait trop d’heures supplémentaires alors on est passé à 8 heures avec 30 minutes pour manger. C’est aberrant en période COVID car notre salle de pause est toute petite et en plus on a été un cluster, donc ce n’est pas possible, on ne peut pas toutes manger. » Dans son service, les absences longues et les temps partiels sont nombreux, selon elle, et cette réorganisation complique son travail, comme elle l'explique : « Sur le pôle cardio, on a une trentaine d’absents. Vu les conditions, ça rajoute une difficulté et du stress ». Et ces difficultés en ont découragé certains : « Un cadre nous a dit qu’il n’avait jamais vu autant de personnel démissionnaire. En règle générale, le personnel titulaire, quand il en a marre, il prend un congé sans solde, de façon à se laisser une chance de revenir, mais là, les gens sont sûrs qu’ils ne reviendront pas et ça, c’est terrible », regrette Perrine.

Le manque d'effectif de plus en plus souvent dénoncé

Anne, Noémie et Perrine sont unanimes : au CHU, un paramètre n’a pas changé avec le COVID : « On a des besoins humains. On en avait déjà bien avant le COVID, c’est un problème récurrent chez nous. On fait encore des heures supplémentaires à répétition et nos compteurs explosent. On avait déjà la tête sous l’eau avant, on l’a toujours maintenant », dénonce Anne, dont le service est resté en grève pendant tout un hiver, avant le début de la pandémie. « Déjà, on criait « A l’aide » avant la pandémie, avec les lits qui ferment, le manque de moyen d’années en années et les effectifs qui baissent. On espérait beaucoup du Ségur. Moi je ne faisais pas partie des gens qui souhaitaient en priorité une augmentation de salaire, donc il y a eu une forme de désillusion quand on n’a pas eu ce qu’on voulait. On a l’impression qu’on tire encore et encore sur la corde », regrette Noémie. En effet, selon les syndicats, si le CHU embauche, il s’agit de remplacements en majorité et peu de postes sont créés. « On nous rajoute des tâches, encore et encore. Au bout d’un moment, ce n’est plus possible », dénonce Perrine.

Un plan blanc qui dure

Le plan blanc, prévu pour des situations d’urgence lourdes et ponctuelles, se prolonge depuis un an et pèse lourd sur les épaules des soignants : « On nous dit que c’est le plan blanc et que demain, s’il y a trop d’arrêt ou s’il y a besoin, on est mobilisables tout le temps. On sait que nos vacances peuvent sauter, on peut nous rappeler sur nos repos à tout moment », affirme Anne. « Du fait des absences, accentuées avec le COVID, ça met à mal les demandes de congés. On a quand même eu nos temps de repos respectés mais on ressent toujours cette pression. Ca fait un an que ça dure et quand on entend dire qu’on est encore en plan blanc, on se dit qu’on aurait pu former du personnel depuis un an. On a un peu l’impression que le plan blanc c’est un prétexte pour nous rendre disponibles à tout moment », dénonce Noémie.  

Les visites des familles, qui font normalement partie du quotidien de l’hôpital, sont bouleversées : « Il y a toujours le stress des choses qui changent : en mars, il fallait faire comme cela pour les patients COVID, en avril les protocoles ont changé, en mai ça a encore changé. On a des informations différentes tous les jours. Par rapport au droit de visite par exemple, nous, on a eu un cas où la famille du patient l’a contaminé, puis ça s’est propagé à plusieurs personnes. Notre chef de service a interdit les visites sauf dans des cas bien particuliers », explique Anne. L’absence des proches provoque une tension supplémentaire par rapport à l’avant COVID.

 "On doit se mettre en mode robot"

La manière de travailler a également changé pour celles qui, comme Noémie, ont dû changer de service pour prêter main-forte : « Il faut qu’on bascule d’un endroit à un autre avec beaucoup de mobilité », précise Noémie, « On doit se mettre en mode robot, on y va pour aider. On fait les tâches qu’on sait faire pour alléger le travail des collègues. Il faut qu’on soit capables de mettre certaines choses de côté, que je n’aurais pas acceptées si je n’avais pas su que c’était temporaire, comme le travail à la tâche. »

« Ça a réveillé un peu les consciences »

Malgré les dysfonctionnements, le COVID a tout de même permis de mettre en lumière les métiers de la santé et d’améliorer les relations avec les patients : « Ça a réveillé un peu les consciences », reconnaît Anne. « Il y a beaucoup de respect vis-à-vis de notre travail et les gens pensent, je crois, qu’on mérite plus de reconnaissance et des moyens pour faire notre travail avec dignité », constate également Noémie. L’ambiance au sein même des services est, elle aussi, plus apaisée : « Il y a plus d’entraide entre nous. Avec mes collègues, on arrive à avoir plus facilement un consensus sur ce qui est important et moins important. On est obligées de prioriser et on communique mieux », explique Perrine.

Les revalorisations salariales divisent : « Le personnel était heureux et satisfait de cette avancée-là. Ça a permis de lever quelques tensions », estime Anne. « C’est un complément, on peut l’enlever comme on veut. Ça aurait été plus simple de revoir les grilles salariales », dénonce Perrine. Des bouleversements mais pas de changements profonds, entre mars 2020 et 2021, les soignants ont connu le pire et continuent d’affronter l’épidémie.

Il n’y a pas grand-chose qui a changé depuis l’épidémie de COVID

Ces doléances au quotidien, les organisations syndicales du CHU de Clermont-Ferrand les portent également. Premier élément pointé du doigt, la fermeture des lits à l’hôpital. Pascale Guyot, secrétaire FO du CHU de Clermont-Ferrand, explique : « Il n’y a pas grand-chose qui a changé depuis l’épidémie de COVID. On a toujours des problèmes de lits qui n’ont pas été réglés. Il y a même eu des fermetures de lits durant la dernière année. On a encore moins de lits qu’avant, ce qui ne va pas dans le bon sens. Depuis un an, 10 lits en cardiologie ont été fermés, 8 lits en endocrinologie, 4 lits en chirurgie infantile. La politique de fermeture qui existait depuis des années se poursuit. Il s’agit de directives du ministère de la Santé. Il faut un taux d’occupation des lits au maximum, quasiment du 100 %. Si on a un taux en-dessous de 90 %, on ferme car ce n’est pas rentable ».

Des fermetures de lits évoquées par les syndicats

Eric Rodier, délégué du personnel CGT, s’insurge aussi contre ces fermetures de lits : « Depuis le début de la crise, le personnel du CHU travaille en première ligne, dans le plan blanc. Le principal problème est celui des effectifs. Récemment, 34 lits ont été fermés, mais ça fait 150 au total depuis plusieurs années. Tous ces lits ont été transformés en ambulatoire, en hôpital de jour, mais en attendant ce sont des lits qui ferment. On s’aperçoit qu’il n’y a plus de personnel. Pour récupérer du personnel, on arrête les activités des blocs ou on les ralentit. On place ce personnel dans des services COVID ou réanimation, sans trop de formation. On est des chiffres, on nous place ici et là, on joue avec le personnel ». Un sentiment que partage Didier Giraudet, délégué syndical SUD : « Depuis le mois de mars 2020, on est autour de 120 lits de supprimés. La direction justifie cela par le fait qu’il faut protéger les patients pendant la période COVID et éviter les chambres doubles. Mais on s’aperçoit que c’est la bonne excuse. Tout est mis en place pour qu’il n’y ait aucun retour en arrière ».

Il est faux de dire qu’on a fermé des lits

Ces arguments, la direction les balaie d'un revers de la main. Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, affirme : « Aucun lit n’a été fermé. On a augmenté nos lits. La fermeture des lits au CHU de Clermont-Ferrand depuis 4 ans est une contre-vérité. Nous avons augmenté les lits au CHU depuis 4 ans. En revanche, par des décisions du CLIN (Comité de lutte contre les infections nosocomiales), les chambres à 2 lits sont passées à 1 lit, pour limiter au mieux la dissémination du virus. On a fait beaucoup de travaux pour améliorer l’hôtellerie. La pneumologie qui était dans une situation catastrophique est redevenue dans une situation correcte. Il est faux de dire qu’on a fermé des lits »

Des conditions de travail qui se dégraderaient

Les syndicats dénoncent d’une même voix la dégradation des conditions de travail. Pascale Guyot, secrétaire FO du CHU de Clermont-Ferrand, indique : « Depuis un an, la situation s’est dégradée en nombre de lits pour l’offre de soins, et aussi au niveau des conditions de travail. Les agents sont investis et font leur job mais il n’y a pas assez de personnel. Les absentéismes ne sont pas remplacés, les agents s’épuisent. On a plusieurs services qui sont confrontés au problème des congés. Comme il manque du personnel, leur droit aux congés est remis en cause ». Eric Rodier, délégué du personnel CGT, ajoute : « Pour l’instant, la grosse problématique est l’épuisement du personnel. Il y a des services en négociation pour les congés. Tout le monde ne pourra pas prendre 3 semaines d’affilée. Si le personnel ne récupère pas physiquement et psychologiquement, on va à la catastrophe. Il y a un absentéisme de 10 %, ce qui représente environ 700 personnes tous les jours absentes. C’est lié à l’épuisement du personnel. Les maladies ordinaires et les congés maternité ne sont pas immédiatement remplacés. Il y a aussi les cadences qui expliquent cela ». Au sujet des congés, le directeur générale du CHU enchaîne : « On a été les premiers à Clermont-Ferrand à défendre les congés des agents. On l’a même signalé auprès des pouvoirs publics. On a sans doute été beaucoup plus en avance que certains là-dessus. Si on fait un point véritable et objectif de tous les congés pris, on a préservé pratiquement tous les congés des agents, sauf exceptions. De plus, on est en situation de plan blanc. Des équipes qui prennent leurs congés en plan blanc, il n’y en a pas beaucoup en France. On est dans une situation où la continuité du service public s’impose à tous. Il faut peut-être que les acteurs l’entendent et le comprennent ». 

Un important absentéisme

De son côté, Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, rétorque : « On a fait 120 recrutements supplémentaires en renfort dans les équipes. Chaque année il y a à peu près 8% de turn over dans les équipes et là on a eu des recrutements en plus. Ces recrutements concernent surtout les laboratoires, les infirmiers. On augmente chaque année nos effectifs et encore plus cette année. Il y a eu 27 infirmiers et infirmiers spécialisés, 23 aides-soignants, 15 agents des services hospitaliers, 4 manipulateurs radio, 18 techniciens de laboratoire, 13 personnels administratifs, 1 agent des services hospitaliers. On a dépensé 3,3 millions pour des heures supplémentaires. Tout au long de l’année, entre les sur-recrutements et les agents recrutés normalement, on a recruté 250 agents supplémentaires. On a fait des efforts de recrutement qui sont sans doute parmi les plus louables et les plus importants de l’ensemble du pays. Il faut souligner qu’il y a beaucoup d’absentéisme et il est comblé par les heures supplémentaires. On a eu beaucoup de personnels absents à cause d’arrêts maladie et parce qu’il y avait des mesures barrières et des isolements à respecter. Avec un taux de 10 % c’est un des plus grands absentéismes de France. Il est pratiquement au niveau des DOM-TOM. On a un taux de remplacement de 85 à 90%. Au-delà de notre effectif, on remplace à peu près 700 postes par an ». Christine Rougier, directrice générale adjointe du CHU, ajoute : « Les services qui accueillaient des patients COVID ont été prioritairement renforcés. On applique les mêmes normes que dans tous les CHU de France, avec une infirmière et une aide-soignante pour 7 patients en journée, et une infirmière et une aide-soignante pour 10 patients la nuit. Dans les autres services les effectifs sont normés, notamment dans les réanimations, et on ne peut pas descendre en-dessous de ces normes »

La question de l'attractivité du CHU

Pour les organisations syndicales, malgré leurs divergences, la question de l’emploi et de l’attractivité du CHU reste centrale. « Il y a eu des embauches. D’après la direction, il y a eu environ 300 recrutements pour faire face à l’épidémie. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a de l’activité en plus, avec le centre de vaccination, les centres de prélèvement COVID. Mais ça ne suffit pas car un certain nombre de contractuels sont déjà repartis. De plus, ceux qui ont fait l’expérience du CHU, n’ont pas envie de revenir car les conditions de travail sont compliquées. On a malheureusement beaucoup de demandes d’agents de l’hôpital qui veulent partir. Pour le moment, tout est bloqué du fait du plan blanc mais quand il n’y aura plus de plan blanc, il y aura une hémorragie de personnel. L’hôpital public n’est plus attractif. Même si on a réussi à obtenir 183 euros dans le cadre du Ségur de la santé, ça ne rattrape pas tout le retard car on l’avait estimé à 300 euros net par mois » estime Pascale Guyot, secrétaire FO du CHU de Clermont-Ferrand. Cette crainte de départs en masse, Eric Rodier, délégué du personnel CGT, la nourrit aussi : « Les professionnels de santé sont épuisés car le management est très dur à l’hôpital. On est là pour soigner les patients mais on nous maltraite. De plus en plus d’agents nous demandent quelle démarche il faut suivre pour démissionner. Ce sont des agents de 22-23 ans, qui viennent d’entrer à l’hôpital ou qui sont contractuels. On n’a jamais vu ça. Le métier n’est pas attractif : une infirmière en début de carrière touche 1 600 euros net. Le plan blanc bloque tous les départs et ça s’étudie au cas par cas. Lorsque le plan blanc va être levé, ça va être une envolée de moineaux, ça va partir dans tous les sens. Les gens n’en peuvent plus, on les fait revenir sur leurs repos, on leur change leurs horaires. La crise a amplifié tout ça ».
 

Une certaine pression dans l’hôpital qui est source de stress

La direction ne semble pas craindre l'hémorragie de ces effectifs. Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, concède : « Avec le plan blanc, les pouvoirs publics maintiennent une certaine pression dans l’hôpital, qui est source de stress. On a aussi eu de nouvelles missions avec le COVID, comme la vaccination, la réponse aux clusters sur le territoire, le suivi des EHPAD, le dépistage. Il y a aussi une lassitude, on est tous fatigués, la direction et les médecins également, les personnels sans doute. Cette fatigue se traduit par une forme de démobilisation, de démotivation. Mais pour autant, on est encore présents. Je ne sais pas ce qu’il va se passer après le COVID mais je pense qu’il y aura une discussion autour de la mobilisation et la motivation à l’hôpital, comme il y en a eu chez les forces de l’ordre après le Bataclan. Peut-être que la démobilisation ne vient pas que des pouvoirs publics ou de la direction de tel ou tel hôpital. Elle vient aussi de la charge de travail. Pendant la première vague, on a passé 8 week-ends sans repos. De plus, on n’est plus applaudis quand on sort de l’hôpital à 21 heures ou à 23 heures alors qu’auparavant les hospitaliers étaient considérés comme des gens incontournables. De plus, on a proposé des espaces de verbalisation, de soutien. On a par ailleurs augmenté le quota des gens en formation. Rien que sur le Puy-de-Dôme, on a 103 formations supplémentaires dans les écoles ». 

Le problème des plannings et des salaires

La question de plannings est aussi abordée. « Les plannings changent tous les jours quasiment. Sans arrêt il y a des modifications. Votre vie personnelle est impactée en permanence » indique Pascale Guyot, secrétaire FO. Didier Giraudet, délégué syndical SUD, ajoute : « En ce moment, on est en train de généraliser les cycles de travail en 12 semaines. Jusqu’à présent, on avait des semaines identiques qui se répétaient toutes les 4 semaines, et là ça va être toutes les 12 semaines. Ca va donner lieu à n’importe quoi. Dans certains services, on n’a pas une visibilité à plus de 48 heures. Ce n’est pas conciliable avec la vie privée ». Les syndicats ont alerté la direction du CHU sur le thème des salaires. Eric Rodier, délégué du personnel CGT, ironise : « Lors du Ségur de la santé, on a obtenu 183 euros. On réclamait au départ 300 euros, ce qui pour une infirmière, représente à peine la perte du pouvoir d’achat. Au niveau de l’OCDE, les infirmières françaises étaient au 28e rang des pays industrialisés pour leur salaire. Maintenant on est passé au 23e rang : c’est une grande avancée ». « Les professionnels de santé sont vraiment sur les rotules parce qu’on n’arrête pas de leur demander toujours plus. Ils ont eu une grosse désillusion au moment de la prime accordée. Pour certains c’était 0 euro, 250 ou 500 ou 1000 euros. Ca a été un désastre. Les gens n’ont pas compris pourquoi le montant n’était pas le même pour tous et ils nous en parlent encore. On a eu une mesure en demi-teinte, on ne va pas cracher dans la soupe non plus, 183 euros c’est bienvenu. Mais ça ne représente même pas la perte obtenue avec le gel du point d’indice pendant 10 ans. Les agents n’attendaient pas cela. Ils réclamaient 300 euros minimum » souligne Didier Girodet, délégué syndical SUD.

Il y a quand même eu une revalorisation qui n’est pas négligeable

Christine Rougier, directrice générale adjointe du CHU de Clermont-Ferrand, ajoute : « Le Ségur de la santé a permis une revalorisation des personnels soignants et une reconnaissance de la population vis-à-vis des soignants. On peut aussi imaginer qu’il y ait une fierté retrouvée de travailler à l’hôpital public et de prendre en charge les gens. Il faut qu’on analyse tout ça à la sortie de la crise ». Quant à Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, il précise : "La question de la revalorisation des salaires n’est pas dépendante des directions mais des pouvoirs publics. Il y a quand même eu une revalorisation qui n’est pas négligeable, même si elle n’est pas à la hauteur de ce qui était escompté. Entre les primes sur les personnes âgées et la revalorisation des salaires de tous, il y a eu un effort incontestable. La prime COVID représente 5,370 millions d’euros, rien que sur le CHU. Il y a aussi eu une revalorisation du personnel médical. Si vous mettez bout à bout 250 recrutements, l’impact du Ségur sur le CHU soit 15 millions d’euros, la revalorisation de la situation des médecins et les heures supplémentaires qui ont été accordées, ça met les choses en perspective. On ne peut pas dire que rien n’a été fait et que les pouvoirs publics n’ont pas entendu les choses".

On pourrait dire en quelque sorte que tout a changé

Globalement, l'épidémie de COVID a bouleversé l'organisation du CHU de Clermont-Ferrand. Son directeur explique : « On pourrait dire en quelque sorte que tout a changé : le processus de décision, l’ambiance entre les acteurs, la reconnaissance des métiers à l’intérieur de l’hôpital. Même l’organisation des décisions a été profondément modifiée par le COVID. On s’aperçoit qu’on a tous besoin des uns des autres. On le savait mais là on l’a vécu. Ce qui a le moins changé, c’est peut-être le rapport des syndicats à l’organisation du travail. Ils ont été relativement peu présents dans cette affaire. On a fait 90 réunions de crise : c’est à chaque fois un diagnostic partagé, un travail sur des solutions potentielles. On a aussi partagé plein de choses en travaillant le week-end et la nuit. Les uns s’aperçoivent que le métier de l’autre n’est pas si facile que cela. On a vu qu’il n’y avait pas que les urgences et la réanimation. Il y a avait aussi les laboratoires et les services de médecine ». Il poursuit :  « On va sans doute s’organiser différemment dans la structuration de l’architecture. Les urgences vont être organisées différemment : on a une filière COVID et une filière non COVID. On a déprogrammé les blocs opératoires et on a mis en articulation entre la médecine et le bloc opératoire qui n’existait pas avant. On a un travail avec le territoire qui est efficace ». Christine Rougier, directrice générale adjointe, ajoute : « L’hôpital était traditionnellement prêt à accueillir des afflux massifs de patients au niveau des urgences. Jamais on ne l’avait vu dans les services, notamment d’infectiologie. Ca nous a amenés à repenser le fonctionnement de l’hôpital, à revoir des circuits. Tout le parcours du patient a été revu et réorganisé. Les laboratoires ont aussi été réorganisés. Il a aussi fallu mettre en place les vaccinations ».

Avec ces doléances, la liste des revendications est longue. La CGT demande l’arrêt de la suppression de postes, la titularisation de tous les contractuels et l’augmentation des quotas d’entrée dans les écoles. SUD préconise une augmentation réelle des salaires. Quant à FO, le syndicat plaide pour des ouvertures de lits et le recrutement de personnel.

*les prénoms ont été modifiés

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