J’ai testé pour vous : le métier d'éducateur de chiens-guides d’aveugles dans le Puy-de-Dôme

Je me suis mise dans la peau d'une personne non-voyante dans les rues de Clermont-Ferrand, avec Nada et Xavier pour m'accompagner. / © A. Albert / France 3 Auvergne
Je me suis mise dans la peau d'une personne non-voyante dans les rues de Clermont-Ferrand, avec Nada et Xavier pour m'accompagner. / © A. Albert / France 3 Auvergne

Le dimanche 29 septembre, l’école de chiens-guides d’aveugles, à Lezoux, dans le Puy-de-Dôme, ouvrira ses portes aux visiteurs. J’ai donc décidé de tester le métier d’éducateur. Mais aussi de me mettre dans la peau de personnes non-voyantes dans les rues de Clermont-Ferrand.

Par Aurélie Albert

La journée commence tôt à l’école de chiens-guides d’aveugles de Lezoux, dans le Puy-de-Dôme. Nous arrivons sur place aux alentours de 8 heures. Et nous sommes attendus par les deux éducateurs : Xavier Brun et Stéphane Chamard, mais aussi Otis, Nada, Oslo, Oural et Pep's, cinq labradors. 
 

Le câlin du matin !

À notre arrivée, tout le monde a déjà pris son petit-déjeuner et est prêt à faire quelques exercices matinaux. 
Et c’est Nada qui commence. Une femelle labrador de couleur noire âgée de presque deux ans, et déjà bien habituée à ces petits exercices.
Xavier Brun est son éducateur. Ils se connaissent bien tous les deux. « Avant de faire les exercices, on commence toujours par un câlin matinal. C’est surtout pour détendre les chiens et qu’ils soient dans une meilleure disposition pour faire les petites activités », m’explique l’éducateur. Et Nada est ravie !
Les papouilles terminées, l’heure est venue de faire la toilette. La séance d’obéissance commence là. « Il faut que la personne malvoyante ou non-voyante puisse s’occuper de son chien sans que ce soit contraignant. Et ça va lui permettre de voir si son chien a des soucis : puces, problèmes aux pattes… C’est pour ça qu’on a fait monter Nada sur la table. Pour le toilettage, il ne faut pas que tu te déplaces », continue Xavier. Je brosse donc Nada d’un côté et on lui dit de se retourner pour que l’on puisse la brosser de l’autre côté. 
  

La séance d'obéissance

Les petits exercices vont pouvoir commencer. Xavier me montre ce que Nada est capable de faire, même si elle est toujours en formation« Nous allons lui dire de se mettre à sa place, on leur apprend à se mettre sur un endroit bien spécifique. C’est important parce qu’une personne malvoyante, le matin, quand elle se lève, elle ne sait pas ce qu’il y a sur le sol. Si le chien passe son temps à être couché à droite, à gauche, elle risque de tomber et de se faire mal »
Avec un peu d’insistance, je lui dis donc de se mettre à sa place. Et bien sûr, pour la récompenser, je lui donne une petite croquette. « On fait de l’éducation positive, c’est important jusqu’à la fin de la formation avec des croquettes et des caresses »
Venir au pied, aller chercher une porte, une chaise, un objet… Voilà ce à quoi nous nous occupons toute la matinée. Une bonne matinée de travail pour Nada, mais essentielle dans le cadre de sa formation. 
 

Xavier Brun est éducateur de chiens guide d’aveugle depuis 15 ans. Et depuis deux ans, il est intégré dans l’école de Lezoux. Ils sont trois comme lui à travailler tous les jours. « Au début, je ne me prédestinais pas à être éducateur chien guide d’aveugle. J’ai postulé dans une école, ils avaient des besoins et j’ai donc fait une formation avant d’être embauché dans une école »

Et pourquoi des labradors alors ? « Il ne faut pas que les chiens soient trop gros ou trop petits, il faut aussi qu’ils soient assez robustes et qu’ils s’adaptent. Et en plus, les labradors passent bien vis-à-vis du grand public », m’explique Xavier. 

 

Une pause s'impose

Avant de continuer la formation, tout le monde a bien mérité une petite pause. C’est l’heure de la récréation. Nous quittons donc l’école et prenons un petit chemin à proximité. J’en profite pour parler avec Xavier de sa relation avec les chiens qu’ils éduquent « Ils m’obéissent à moi, mais toute la difficulté de l’éducation, c’est qu’ils puissent obéir à quelqu’un d’autre que moi, quelqu’un qui a un handicap. C’est pour ça que l’on travaille avec un système de récompense, il va forcément y avoir de l’affectif mais l’objectif c’est vraiment qu’ils obéissent à quelqu’un d’autre que moi », insiste l’éducateur. 
 
Même Oslo demande un droit à l'image pendant sa pause après avoir travailler à l'école de chiens guide d'aveugle à Lezoux, dans le Puy-de-Dôme. / © A. Albert / France 3 Auvergne
Même Oslo demande un droit à l'image pendant sa pause après avoir travailler à l'école de chiens guide d'aveugle à Lezoux, dans le Puy-de-Dôme. / © A. Albert / France 3 Auvergne


Non-voyante dans le centre-ville de Clermont-Ferrand

Justement, nous allons voir ça dans le centre-ville de Clermont-Ferrand. Nous nous donnons rendez-vous rue Bonnabaud. « Je vais te donner un masque, tu ne verras donc rien. Le but est de te mettre dans la situation d’une personne non-voyante. Nada va t’aider dans ta balade à éviter les obstacles ». Je mets donc le masque, je mets le collier à Nada et le harnais utilisé pour les personnes malvoyantes ou non-voyantes. Et c’est parti !
 
Au début, je tiens le bras de Xavier : il faut dire que ce n’est pas facile. Sans la vue, les autres sens se développent, mais il faut un peu de temps pour s’adapter. Je suis donc un peu crispée au début et j’ai beaucoup de mal à marcher droit. Progressivement, ce sont les bruits de la ville autour qui m’inquiètent. Mais heureusement, Nada est là ! Xavier lui donne les consignes « Nada, en avant tout droit », « Nada, en avant à droite », « Nada, tout droit les lignes (pour les passages piétons) ». Avant d’arriver à un passage piéton ou devant un trottoir, Nada s’arrête automatiquement pour m’indiquer qu’il y a un obstacle. J’ai juste à avancer le pied et commencer à avancer.
J’ai perdu tout mon sens de l’orientation : je ne sais pas où on est mais Xavier m’explique « quand tu prends un chien-guide, il faut que tu aies des besoins de déplacement, des parcours prédéfinis. Et il faut que tu les connaisses. Il faut que tu sois un minimum autonome. Tout le monde peut prétendre avoir un chien et venir à l’école pour se renseigner. Nous, on sera là pour voir ce dont les personnes ont besoin. Et il faut savoir qu’avoir un chien-guide est totalement gratuit »
 

Une histoire de confiance

Après quelques minutes de balade, je commence à me détendre et à avoir confiance en Nada. Je peux donc moi-même lui dire où il faut aller (derrière moi, Xavier me souffle les indications). À un passage piéton, je me demande comment faire pour savoir à quel moment traverser. Xavier m’explique, « c’est à toi de te rendre compte quand tu peux y aller, il faut que tu écoutes la circulation autour ». Ce qui me paraît relativement difficile, surtout quand tu n’es pas habitué… Mais bon, je continue. 
 
Nada, mon accompagnatrice du jour, et Otis, un nouveau dans l'équipe. "Il a 12 mois, mais il a 8 mois d'âge mental", Xavier Brun, éducateur chiens d'aveugle; / © A. Albert / France 3 Auvergne
Nada, mon accompagnatrice du jour, et Otis, un nouveau dans l'équipe. "Il a 12 mois, mais il a 8 mois d'âge mental", Xavier Brun, éducateur chiens d'aveugle; / © A. Albert / France 3 Auvergne

Nous prenons la direction de la place de Jaude (enfin, je crois). Nous nous engageons sur la rue Blatin lorsque je sens que quelque chose passe très près de nous : « c’était un bus, me raconte Xavier. Il nous est passé devant alors qu’on s’était engagés et il ne nous a pas laissé passer. Ca arrive très rarement à ce genre de situation ». À quelques secondes près, on passait sous un bus… 
Nous continuons notre route, direction le centre Jaude pour faire du shopping et faire un dernier exercice : la recherche de la porte. Je demande donc à Nada de m’indiquer la porte. Je passe sa main sur son dos, sa tête et son museau pour enfin arriver jusqu’à la poignée de la porte : simple et efficace. Une autre chose à savoir : ne caressez pas ou ne donnez pas à manger à un chien guide d'aveugle. Et surtout, si vous voulez aider une personne malvoyante, parlez-lui avant de l'aider car elle peut prendre ce geste comme une agression. 
  

De la famille d'accueil à une personne malvoyante ou non-voyante

Notre balade se termine là : Nada est bien fatiguée de cette journée et moi aussi finalement. « Nous proposons aux familles d’accueil de faire cet exercice pour qu’ils se rendent compte du travail que l’on fait avec le chien et pour qu’ils se mettent à la place des personnes malvoyantes ou non-voyantes »
Les exercices réalisés pendant cette journée, Xavier et les deux autres éducateurs les font faire tout au long de la formation des chiens. À partir de deux mois, les chiens sélectionnés pour être guides d’aveugle, sont placés en famille d’accueil. Pendant cette période, les éducateurs gardent un lien avec les chiens. De cinq mois à 12 mois, les labradors viennent une semaine par mois. Et à partir de 12 mois jusqu’à 20 mois, ils viennent toutes les semaines à l’école et rentrent le week-end chez leur famille. 
C’est le cas de Nada qui coulent des jours heureux chez une personne. Au mois de novembre, elle devra aller dans sa nouvelle famille : Nada sera confiée à une personne malvoyante et devra appliquer tout ce qu’elle a appris à l’école. Mais pour avoir son diplôme, elle devra passer un dernier examen de contrôle. 
 


Un travail avec les chiens et avec les personnes 

Tout au long de cette expérience, j’ai appris une petite partie de la formation, qui ne se fait pas en un jour. Même si Nada a été très réceptive à mes indications, c’est tout un travail de confiance sur le long terme. Les personnes malvoyantes ou non-voyantes qui vont avoir un chien-guide, passent du temps avec eux pour les habituer aussi. « Au-delà du travail avec le chien, il y a aussi un travail avec les personnes. Elles doivent déjà savoir se déplacer avec une canne avant de travailler avec leur chien », ajoute Xavier Brun. À la fin de la journée, malgré tout, avec Nada on était devenues très copines. « Même si on s’attache à eux depuis tout petit, on sait que c’est pour aider une personne qui en a besoin ». Je dis donc au revoir à Nada, Oural, Otis, Oslo et le petit dernier, Pep’s.Vous pouvez venir les rencontrer dimanche 29 septembre pour les journées portes ouvertes à l'école de chien guide d'aveugle.
 


 

Devenir famille d'accueil d'un chien-guide d'aveugle

Quelques éléments à savoir pour devenir famille d'accueil d'un futur chien-guide d'aveugle : 

  • résider dans un rayon proche (30 km) autour de l'école
  • être disponible et pouvoir emmener le chien partout pour le sociabiliser
  • faire des visites régulières au centre d'éducation
  • lui apporter de l'affection et quelques bases d'éducation (propreté, besoins,...)
  • nourriture et soins vétérinaires assurés par l'École,
  • possibilité de confier le chien à l'école en cas d'absence ou autre impossibilité,
  • retour des chiennes au centre d'éducation pendant les chaleurs (pour les familles d'élevage),

Les rythmes de garde 

  • Famille d’accueil : Destinée aux personnes ayant une très bonne disponibilité. Elles accueillent un chiot pendant 6 mois.
  • Famille d’accueil de week-end : Destinée aux personnes ne pouvant s’occuper d’un chiot que le week-end.
  • Famille d’accueil soir et week-end : Destinée aux personnes ne pouvant garder le chien avec elles pendant leurs heures de travail.

Le chien intègre l’école pour la journée. Il rentre en famille d’accueil tous les soirs et les week-ends.

N'hésitez pas à venir prendre des renseignements directement au centre d'éducation de Lezoux (lieu-dit Montsablé).

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