Les urgences pédiatriques du CHU de Clermont-Ferrand saturées : « Je ne sais pas où on va mettre les enfants »

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Écrit par Solenne Barlot
Les urgences pédiatriques du CHU de Clermont-Ferrand sont saturées en raison d'une épidémie de bronchiolite. (Photo d'illustration)
Les urgences pédiatriques du CHU de Clermont-Ferrand sont saturées en raison d'une épidémie de bronchiolite. (Photo d'illustration) © Richard RAY/NICE MATIN/MAXPPP

Le chef du service des urgences pédiatriques de Clermont-Ferrand tire la sonnette d’alarme : le taux d’occupation des lits est proche de 100%, avec une affluence comparable à celle connue lors des épidémies hivernales en décembre et janvier. Une épidémie précoce de brochiolite en est responsable.

Les urgences pédiatriques du CHU de Clermont-Ferrand se dirigent vers une saturation. Fin octobre, le taux d’occupation des lits est proche de 100% : « On est dans des difficultés tous les jours pour trouver des places d’hospitalisation pour les bébés. Dans ce cadre-là, on essaye d’ouvrir des lits en avance, initialement prévus au 1er décembre, on essaye de les ouvrir dès que possible. Il faut des bras et c’est difficile en ce moment. On ne peut pas ouvrir des lits sans personnel. On est complétement débordés. On est submergés et inquiets pour la suite, car si ça continue de monter, je ne sais pas où on va mettre les enfants », alerte Matthieu Verdan, chef du service des urgences pédiatriques. Une aide supplémentaire a déjà été débloquée : une infirmière et une auxiliaire affectées aux urgences pédiatriques.

Une épidémie de bronchiolite

Responsables de cette saturation, les infections respiratoires et une épidémie de bronchiolite qui survient « très précocemment et très brutalement », selon Matthieu Verdan. Il explique : « C’est une maladie liée à un virus qui va toucher les bronchioles des enfants et principalement les tout-petits de moins d’un an. Il peut y avoir de la fièvre mais ça se traduit surtout par une gêne respiratoire, beaucoup de toux et parfois des difficultés alimentaires. Ces deux éléments font que parfois, ils ont besoin d’être hospitalisés. » Plusieurs virus peuvent causer cette maladie, comme celui de la grippe, de la rhinopharyngite, le VRS ou même un coronavirus.  

" On en a vu beaucoup depuis environ 3 semaines"

Cette année, l’épidémie est très en avance : « On en a vu beaucoup depuis environ 3 semaines. Habituellement, l’activité en pédiatrie est saisonnière, il y a des périodes où on travaille plus que d’autres, où il y a beaucoup plus de consultations aux urgences. C’est l’hiver. Souvent, ça concorde avec l’épidémie de bronchiolite qui a lieu tous les ans et qui, habituellement, commence en décembre en région parisienne et dans l’est et qui arrive début décembre chez nous. La phase épidémique est plutôt en décembre. Ensuite il y a la grippe et la gastro-entérite qui s’étale un peu plus sur tout l’hiver. Les enfants sont plus malades sur la période hivernale et on a beaucoup plus de consultations sur les urgences pédiatriques et beaucoup plus d’hospitalisations d’enfants », explique le chef de service des urgences pédiatriques. Cette année, tout le monde est touché en même temps, de la région parisienne à l’Auvergne.

"La crainte c’est qu’une fois qu’on a mis en place cette activité, on soit à nouveau débordés au-delà de nos capacités."

Matthieu Verdan

Le service va tenter d’ouvrir précocement les lits de la période hivernale : « Habituellement, cette situation est anticipée avec l’embauche de personnel infirmier et l’ouverture de lits organisées tous les ans. Ça représente 12 infirmières et 6 auxiliaires de puériculture. Ça représente l’ouverture de 4 lits de surveillance continue, pour les enfants qui ne vont pas bien du tout et des 6 lits supplémentaires d’hospitalisation conventionnelle », avertit Matthieu Verdan. Mais même si ces moyens supplémentaires sont avancés, cela risque de ne pas suffire : « La crainte c’est qu’une fois qu’on a mis en place cette activité, on soit à nouveau débordés au-delà de nos capacités. Je suis inquiet. On risque de devoir déprogrammer des activités non-urgentes : de la chirurgie, des bilans d’allergologie, pour mobiliser les personnels et les lits libérés sur l’épidémie. La pédiatrie a donné un coup de main à l’adulte puisqu’on a été assez peu touchés par l’épidémie de COVID, donc on a aussi lancé l’alerte à nos collègues en leur disant que cette fois, ce serait peut-être nous qui aurions besoin d’aide pour qu’ils viennent renforcer nos équipes de pédiatrie ».

"Cet été, on a eu un taux de passage aux urgences qui est resté très élevé"

Pas d’épidémie grippe ou bronchiolite l’année dernière, en raison des divers confinements et des gestes barrières, mais une hausse de l’activité estivale était déjà constatée par le médecin : « Cet été, on a eu un taux de passage aux urgences qui est resté très élevé, avec le mois d’août qui est normalement le plus calme de l’année où on a eu autant d’activité qu’en hiver. Depuis 3 semaines, on est passé sur une activité qu’on a habituellement au plus fort des épidémies de l’hiver, comme en janvier. » Deux éléments expliquent cette affluence selon lui : l’épidémie de COVID, qui aurait bouleversé l’écosystème des virus et provoquerait une différence dans le comportement des autres épidémies, mais également moins d’observance prêtée aux gestes barrières : « On rouvre la porte aux infections virales dans une population qui n’a pas croisé de virus depuis deux ans. Ça amène des infections virales et des épidémies. Plus les adultes sont touchés et plus les enfants sont touchés », affirme Matthieu Verdan.

Comment se prémunir des infections respiratoires

Pour éviter d’engorger les urgences pédiatriques, voici ses recommandations : « Il faut faire preuve de mesure et de discernement, sinon c’est là que les services sont au bord de la saturation comme chez nous en ce moment. Il faut distinguer le terrain. Plus le bébé est petit, plus il est fragile et plus la maladie risque d’être compliquée et longue. Si vous avez un bébé de moins de 3 mois qui présente des symptômes, il ne faut pas tergiverser et venir consulter aux urgences pédiatriques pour que le bébé soit évalué et qu’on puisse diagnostiquer. Il y a également des signes de gravité : si le bébé ne réagit pas comme d’habitude, devient tout mou, ne termine pas ses biberons plusieurs fois de suite, respire très mal et change de couleur. Si l’enfant présente ces symptômes, quel que soit l’âge, il faut consulter aux urgences sans attendre. En revanche, si vous avez des enfants plus grands et qui ne présentent pas les signes de gravité, il faut en priorité consulter son médecin généraliste ou son pédiatre, pour éviter d’engorger les urgences. Ces enfants ont besoin d’être traités mais le caractère d’urgence n’y est pas ».  Pour éviter la bronchiolite, Matthieu Verdan enjoint à respecter les mesures barrières :

  • se laver les mains avant et après avoir touché le bébé,
  • porter un masque, surtout si on a de la toux ou un rhume,
  • avant 3 mois,
  • limiter les visites aux adultes proches, éviter les lieux publics bondés
  • limiter autant que possible les contacts avec les autres enfants de la famille lorsqu’ils sont malades.

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