Présidentielle 2022 : comment les détenus de la prison de Riom (Puy-de-Dôme) exercent leur droit de vote

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Une soixantaine de détenus a voté jeudi 21 avril pour le second tour de l’élection présidentielle, au centre pénitentiaire de Riom, près de Clermont-Ferrand. Un bureau de vote a été installé comme au premier tour. Une première pour une élection présidentielle.

Il est à peine 14 heures au centre pénitentiaire de Riom, près de Clermont-Ferrand. Sur la porte rouge de la salle de spectacle, une affiche a été scotchée « Élection présidentielle 2022 au centre pénitentiaire ». C’est dans cette salle, que le bureau de vote a été installé pour les deux tours de l’élection présidentielle. À l’intérieur, tout a été organisé comme dans un bureau de vote. « Nous étions plusieurs agents à préparer la logistique, la salle avec les isoloirs de manière à être au plus près de ce qu’il se passe à l’extérieur, et de leur permettre d’exercer leur droit de vote dans de bonnes conditions, explique le lieutenant Marie Segur, officier référent des élections pour l’occasion. On a convoqué les personnes détenues pour leur expliquer comment ça allait se passer, les modalités de vote, ce qu’ils avaient droit ou non. On a même mis en place sur la table des affiches pour les personnes qui auraient du mal à lire ou à comprendre ce qu’il se passe autour d’eux. Ça leur permet d’identifier plus rapidement les candidats ».

Je pense que si je n’avais pas été en détention je n’aurai pas voté à l’extérieur, ça ne me serait pas passé par la tête.

Une détenue du centre pénitentiaire de Riom

Le vote s’organise par secteurs : le centre de détention, les deux maisons d’arrêt et le quartier des femmes. Quelque 119 personnes sur les 590 du centre pénitentiaire sont inscrites sur les listes électorales. Parmi eux, nous rencontrons un détenu qui a déjà voté au premier tour. « Je trouve ça bien pour tous les détenus de pouvoir exercer leur droit de vote, malgré que l’on soit en prison. C’est essentiel d’aller voter. Le fait de le faire à l’intérieur ça permet d’éviter d’embêter la famille. Il y a aussi des personnes qui n’ont pas de famille à l’extérieur ou qui sont trop loin, du coup pour faire des procurations, c’est compliqué »Pour une jeune femme, c’est la première fois qu’elle peut voter. « Pour moi, ce n’était pas si important de voter. Je pense que si je n’avais pas été en détention je n’aurai pas voté à l’extérieur, ça ne me serait pas passé par la tête. Là, il y a des intervenants qui nous en ont parlé qui m’ont poussé à le faire aussi. Au départ, je ne voulais pas voter parce que j’avais peur que mon nom soit assimilé à la détention. Ce qui n’est pas le cas ».

C’est important qu’ils aillent voter, ils sont peut-être privés de leur liberté, mais ils ne sont pas tous privés de leurs droits civiques et moraux

Pauline Pessieau, étudiante en droit et en service civique

Parmi les intervenants, il y a Pauline Pessieau, étudiante en droit et en service civique au centre pénitentiaire de Riom. C’est elle qui a géré tout le côté administratif, mais pas seulement. « Ce sont souvent des personnes qui sont mal informées ou qui ont peur de faire cet acte, explique la jeune femme. Je suis intervenue tous les mois en faisant des livrets en expliquant par exemple ce qu’était un député pour les prochaines élections législatives, ou encore qu’est-ce-que la République, à quoi sert notre président, rappeler les différents présidents qu’il y a eu. C’est important qu’ils aillent voter, ils sont peut-être privés de leur liberté, mais ils ne sont pas tous privés de leurs droits civiques et moraux ».

Le vote par correspondance sous pli fermé a été instauré en 2019 avec la loi de programmation et de la réforme pour la Justice. Les personnes détenues ont fait la demande d’inscription sur les listes électorales de la commune chef-lieu du département où se situe le centre pénitentiaire. Les documents, tels que les tracts électoraux, l’enveloppe d’identification et l’enveloppe électorale, sont remis aux votants le jour J. Les enveloppes seront envoyées à la Chancellerie directement via un transporteur. Le dépouillement se fera uniquement place Vendôme à Paris.

« Ils sont tout autant concernés. Ils ont pu lire dans les différents programmes les politiques pénitentiaires et de réinsertion. Ça les concerne directement et c’est important qu’ils donnent leur avis », évoque Caroline Vayr, directrice adjointe au centre pénitentiaire de Riom.

« Ce sont des personnes qui sont en marge, qui sont isolées socialement et souvent loin de leur famille », ajoute le lieutenant Marie Segur. Au premier tour, 85 personnes détenues ont voté au centre pénitentiaire de Riom et 67 ont voté au second tour selon un premier comptage. Environ une dizaine de personnes se serait abstenue.