Puy-de-Dôme : les thermes de Royat se désespèrent faute de perspectives de réouverture

Publié le
Écrit par C. L avec AFP

Fermés depuis des mois, les thermes de Royat, près de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, attendent avec impatience leur réouverture. C’est tout un environnement économique qui est à l’arrêt.

"Des villes fantômes" : désertées par leurs 580 000 curistes annuels, les stations thermales françaises, à l'arrêt depuis des mois, se désespèrent, faute de perspectives claires de réouverture. A Royat (Puy-de-Dôme), le parc thermal, où les tulipes s'épanouissent avec l'arrivée du printemps, est vide. L'eau n'alimente plus les bassins et les fontaines. Aucun curiste ne déambule dans ses allées comme c'est le cas habituellement en cette période de l'année dans la cité auvergnate au charme désuet située sur les hauteurs de Clermont-Ferrand. Dans le majestueux hall des thermes des années 1850, sous les vitraux et les colonnes ioniques, de grandes bâches recouvrent mobilier et escaliers, donnant aux lieux des airs de manoir abandonné.

C'est tout l'environnement économique des stations qui souffre

"Une journée comme aujourd'hui, nous recevions 700 curistes, sans compter les 200 ou 300 accompagnants. Ils fréquentent l'épicerie, achètent le pain, les gâteaux, vont au restaurant, jouent au casino... C'est tout l'environnement économique des stations qui souffre", explique le directeur des thermes Dominique Ferrandon. Son établissement, dont la gestion a été transférée en début d'année par la municipalité au groupe privé Valvital, reçoit 8 000 curistes par an, soignés pour des rhumatismes ou des maladies cardiaques. Après avoir annoncé une réouverture le 5 avril, soit un mois après le début traditionnel de la saison, le directeur du site se garde désormais d'avancer une date. "Le plus préoccupant, c'est le renoncement aux soins : 40% de nos patients sont des locaux. Ce ne sont pas des gens qui viennent en vacances aux frais de la Sécu ! C'est un traitement indispensable, qui permet de soulager sans médicaments. Quand ils se bourrent d'anti-inflammatoires, ce n'est pas forcément très bon", ajoute-t il.

Une curiste impatiente

Depuis 2012, Marie-Christine Blanc, qui habite Lempdes à quelques kilomètres, se rend chaque année à Royat pour soigner son arthrose. Privée de cure pour la deuxième fois, cette retraitée de 66 ans commence à trouver le temps long : "d'habitude, la cure me soulage pour l'année, mais là, j'ai très mal au dos, alors je prends des Doliprane... Je suis prête à y retourner n'importe quand. Il nous faut ces cures, absolument ! ", s'impatiente-t-elle.

Nous sommes les seuls établissements de santé remboursés par l'Assurance maladie à être fermés

Les cures thermales représentent seulement 0,15% des dépenses de l'Assurance maladie. Et du fait de la fermeture des établissements, la Sécu a économisé 200 millions d'euros en 2020, souligne Jean-Yves Gouttebel, président du conseil départemental du Puy-de-Dôme chargé par Emmanuel Macron d'une mission sur le thermalisme en France. "Nous sommes les seuls établissements de santé remboursés par l'Assurance maladie à être fermés. C'est un non-sens, d'autant que nous avons une logique sanitaire beaucoup plus respectueuse que d'autres acteurs", déplore auprès de l'AFP Sylvain Sérafini, président de France Thermes, l'un des plus importants groupes du secteur. Des programmes spécifiques ont été élaborés par les stations thermales pour la prise en charge de certaines pathologies liées aux COVID longs. "Notre offre correspond totalement à la demande", argumente-t-il. Mais l'ouverture des structures nécessite une anticipation de trois semaines : "moins, c'est matériellement impossible", martèle Thierry Dubois, président du Conseil national des établissements thermaux (CNETh). Pour une réouverture mi-mai, "il faudrait donc être prévenu fin avril mais nous n'avons aucune visibilité", dit-il. Les 113 établissements thermaux du pays, qui représentent 10 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects, ont perdu 110 millions d'euros de recettes en 2020, du fait d'une baisse de fréquentation de 67%, selon le CNETh. Ils bénéficient du fonds de solidarité et ont été inscrits sur la liste des activités pour lesquelles les coûts fixes peuvent être pris en charge, à l'image des stations de ski.

Nos pertes n'ont pas été compensées en 2020

Mais "nos pertes n'ont pas été compensées en 2020 et les stations ont consommé leur trésorerie. Elles sont exsangues. Certaines n'auront peut-être pas la capacité de financer leur redémarrage", redoute M. Sérafini. La situation est particulièrement préoccupante pour les régies municipales – notamment dans les Pyrénées - car leur statut les empêche de bénéficier de certaines aides comme l'activité partielle, alourdissant la facture pour les communes. "Pas moins de 70% des stations sont situées dans des villes de moins de 5 000 habitants où l'impact territorial est très fort", note Jean-Yves Gouttebel mais "une compensation en 2020 paraît difficile, le gouvernement voulant éviter que d'autres secteurs embrayent le pas".

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