Puy-de-Dôme : une dent de lion des cavernes découverte lors de fouilles près de Clermont-Ferrand

La dent découverte mesure environ 4 centimètres de haut. / © Frédéric Surmely
La dent découverte mesure environ 4 centimètres de haut. / © Frédéric Surmely

Une dent de lion des cavernes a été découverte lors de récentes fouilles sur le site préhistorique d'Enval (Puy-de-Dôme). Datée de -16.000 ans, c'est la première trace de cet animal observée en Auvergne.

Par FG

Le site préhistorique d'Enval est connu depuis plus d'un siècle. Au fur et à mesure de l'urbanisation de la zone, les différentes fouilles ont permis de découvrir les vestiges d'un habitat ancien qui s'étendait sur plus de 150 mètres de long au pied de l'escarpement rocheux. Mais dernièrement, un objet a particulièrement surpris les archéologues : une dent.

"Il y a deux ans une personne a trouvé fortuitement une nouvelle portion de ce site en faisant des travaux" raconte Frédéric Surmely, archéologue et Conservateur du patrimoine à la DRAC."Elle nous a alertés, nous avons fait des campagnes de sondages et nous avons découvert un habitat préhistorique très riche. Au milieu de ces vestiges, il y avait cette dent tout à fait inhabituelle…"

Après analyse, il s'agit d'une dent de lion des cavernes (ou "félin géant"), ce qui est aussi surprenant sur le plan géographique que temporel : "a priori, c'est à ce jour la seule trace identifiée de cette espèce en Auvergne" indique Frédéric Surmely. "C'était surtout un animal rare, peu commun, déjà en voie de disparition à l'époque (-16.000 ans). Il a disparu vers -12.000 ans pour des raisons liées au changement profond de son environnement naturel."

La dent n'est pas complète : il en manque un tiers environ. Elle devait appartenir à un individu adulte, âgé, dont le poids est estimé autour de 300 kilos.

Sa présence ici soulève de nombreuses questions : "Le lieu fouillé était un "dépotoir" sur lequel les hommes préhistoriques abandonnaient ce dont ils ne voulaient plus. D'habitude on y trouve plutôt des restes d'animaux consommés." Or, il apparaît peu probable que les hommes de l'époque aient chassé ce félin pour la nourriture, l'exercice pouvant se révéler particulièrement dangereux. "Est-ce que l'animal a été tué par les hommes, découvert mort ou très affaibli ? Était-ce un bibelot, un morceau de bijou, un objet lié à un aspect religieux ? Est-ce que c'était un objet d'échange avec d'autres populations voisines ? On touche aux limites, au mystère. Il y a une micro histoire qu'on n'arrivera peut-être jamais à reconstituer …"

Il est aussi envisageable que cette dent ait été transportée jusqu'en Auvergne alors que l'animal n'y a jamais posé ses pattes. "On sait que sur le site d'Enval, il y a beaucoup d'objets qui ont été importés. On a une circulation attestée à plus de 300 km de distance jusqu'en Touraine et des contacts avérés jusque dans les Alpes suisses et bavaroises puisqu'on a trouvé des cristaux de roche et des dents de marmottes percées ou sciées originaires de cette région."

Pour Frédéric Surmely, il y a là une richesse passionnante : "ces découvertes montrent que la vie des hommes préhistoriques n'était pas juste une quête de nourriture comme on le voit dans certains films. C'était quelque chose de plus complexe avec des aspects sociaux, religieux, artistiques, une circulation des hommes et des idées."
 

 

Sur le même sujet

Laurent Wauquiez : polémique après l'envoie de SMS aux lycéens de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Les + Lus