Sciences : le lac le plus profond du Massif Central sondé par des chercheurs

Etablir une évolution du climat, dater les éruptions volcaniques, les objectifs du carottage du lac d’Issarlès (Ardèche) sont multiples. Ce mercredi 30 septembre, des chercheurs ont sondé les profondeurs du lac sous l’égide des universités de Clermont-Ferrand et Toulouse.

Le lac d'Issarlès (Ardèche) fait l'objet d'une opération de carottage sous la direction de l'université de Clermont-Ferrand ce mardi 30 septembre.
Le lac d'Issarlès (Ardèche) fait l'objet d'une opération de carottage sous la direction de l'université de Clermont-Ferrand ce mardi 30 septembre. © Antoine Thouvenot
Avec ses 100 mètres sous la surface, le lac d’Issarlès en Ardèche est le plus profond du Massif Central. Ce mercredi 30 septembre, 3 membres du bureau d’études de Clermont-Ferrand Athos Environnement et 3 chercheurs géologues se sont rendus au lac pour y mener une opération de carottage. Il s’agit d’une extraction des sédiments qui se trouvent au fond du lac, mais celle-ci est rendue assez difficile par la configuration des lieux : « Cent mètres, c’est très profond quand il faut remonter les sédiments. On les remonte à la main, grâce à un treuil. Pour enfoncer la carotte, on utilise un marteau qui vient la percuter, et qui est également actionné à la main. On lâche le marteau sur le tube », explique Antoine Thouvenot, directeur du bureau d’études Athos Environnement. Une barge a été installée au milieu du lac, afin d’aller récupérer des sédiments jusqu’à 8 mètres en-dessous du fond : « D’abord, on va prélever les sédiments entre 0 et 2 mètres, puis on descendra entre 2 et 4 mètres et ainsi de suite jusqu’à 8 mètres », affirme Antoine Thouvenot.

Reconstituer l'histoire géologique des 50 000 dernières années

Descendre profond pour atteindre des sédiments plus anciens et reconstituer l’histoire volcanique, climatique et sismique de la région, c’est l’objectif que se sont fixé les géologues participant à l’expédition : « Au fond de ce lac sont empilées de nombreuses couches de sédiments. Ce sont des archives du climat et de l’activité volcanique suffisantes pour constituer un cadre historique pour les 50 derniers millénaires », se réjouit Jean-Paul Raynal, chercheur au CNRS spécialisé dans les lacs et lacs de barrage du Massif Central. Selon lui, 30 mètres de sédiments se trouveraient sous le lac d’Issarlès, mais les 8 premiers mètres présentent une disposition favorable à l’établissement d’une chronologie : « Par exemple, le pollen retrouvé dans les sédiments pourrait permettre d’établir une évolution du climat et d’insérer notamment les peintures de la grotte de Chauvet dans ce cadre temporel. On pense que c’est une période critique du réchauffement climatique qui est intervenue il y a 30 000 ou 40 000 ans. Sur le même principe, les cendres volcaniques interstratifiées nous permettront d’avoir un regard sur les grands évènements catastrophiques comme les séismes, et on pourrait les lier avec des évènements récents comme le séisme dans le Rhône il y a 2 ans », déclare Jean-Paul Raynal. Selon Antoine Thouvenot, il se pourrait que ce lac soit l'un des plus vieux, si ce n'est le plus vieux de France. 

Comprendre le passé du Massif Central

Cette recherche est pilotée par Emmanuelle Defive, maître de conférences à l’Université Clermont-Auvergne, et financée par le parc naturel régional des Monts d’Ardèche et la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand. L’opération est complexe : « Il a fallu faire venir une barge d’Autriche car il n’existe qu’un seul fabricant en Europe. L’opération est aussi compliquée à cause du froid car EDF, qui a la gestion du site, turbine pour produire de l’électricité donc le niveau diminue et la barge est plus difficile à mettre à l’eau », regrette Antoine Thouvenot.
Au lac d'Issarlès en Ardèche, les carottages sont réalisés par des treuils et des marteaux actionnés à la main.
Au lac d'Issarlès en Ardèche, les carottages sont réalisés par des treuils et des marteaux actionnés à la main. © Antoine Thouvenot

Les carottes durement prélevées seront ensuite transmises au laboratoire Géode, basé à Toulouse, pour y être analysées : « Ils vont ouvrir les carottes et réaliser des échantillonnages, puis effectuer une dilatation au Carbone 14 pour rechercher des pollens, des macro restes de végétaux comme des graines ou des micro éléments volcaniques », ajoute Jean-Paul Raynal. Selon lui, des résultats détaillés pourront être connus d’ici un an environ. Des explorations similaires avaient déjà eu lieu dans le Puy-de-Dôme, au lac Pavin et au gour de Tazenat. Toutes ces analyses devraient permettre de mieux comprendre l’histoire climatique, sismique et volcanique du Massif Central.
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