TEMOIGNAGES. Près de Clermont-Ferrand, des salariés de Luxfer reviennent sur leur combat

Mercredi 30 septembre, les dossiers de 97 ex-salariés de l'usine Luxfer de Gerzat, près de Clermont-Ferrand, passeront en conciliation aux prud'hommes. Ils contestent notamment leurs licenciements pour motif économique et dénoncent aussi une mise en danger volontaire des salariés.

Depuis la fermeture du site de Luxfer à Gerzat, près de Clermont-Ferrand, des salariés se battent pour la reprise de l'activité, comme ici, en décembre 2018.
Depuis la fermeture du site de Luxfer à Gerzat, près de Clermont-Ferrand, des salariés se battent pour la reprise de l'activité, comme ici, en décembre 2018. © Thierry LINDAUER/MAXPPP
Il y a plus d'un an, l'usine de production de bouteilles de gaz à haute-pression Luxfer, basée à Gerzat, non loin de Clermont-Ferrand, fermait ses portes. Les 136 salariés se retrouvaient alors au chômage. Ils ne cessent depuis de lutter pour faire redémarrer leur outil de travail. Mercredi 30 septembre, les dossiers de 97 d’entre eux passeront en conciliation aux prud’hommes. Avant l'audience devant le tribunal, certains reviennent sur cette année de combat.

Un savoir-faire perdu

Les mois ont beau s'écouler, l'amertume de Bruno, Axel, David et les autres ne s'estompe pas. C'est à travers des grilles fermées qu'ils voient désormais leur ancienne usine, en tristes spectateurs d'un abandon orchestré. Luxfer a tenté de rapatrier sa production de Gerzat en Angleterre, pour rien, selon eux. « On a jeté un savoir-faire, en disant "On va être capables de faire comme eux et aussi bien qu’eux", et finalement ils ont enlevé des gammes de bouteilles dans leur catalogue parce qu’ils ne savent pas faire. Maintenant, on va faire des bouteilles plus lourdes, avec une qualité moindre et qu’on veut vendre plus cher bien sûr », dénonce David Bongiraud, ex-salarié de Luxfer.

Transmettre des compétences

Impossible pourtant de se résigner à voir un tel gâchis. Alors depuis des mois, les ex-Luxfer se battent pour sauver leur outil de travail. Occupation de l'usine pendant 50 jours, manifestation avec le soutien d'élus nationaux, rien n'y fait. Leur ancien employeur a rejeté toute proposition de reprise jusqu'ici. Ce refus de vendre est vécu comme un affront, comme si les salariés n'étaient que des consommables : « M’entendre dire que j’abuse, que j’ai de la chance d’avoir le chômage, comme dirait Luxfer, alors que j’avais un vrai travail, des vraies compétences, un compagnonnage, tout ce que je sais, je dois le transmettre à des jeunes aujourd’hui et ça, ils ne pourront pas me l’enlever », déclare Bruno Bousset, ex-salarié de Luxfer.

Une forte demande en bouteilles d'oxygène

Transmettre des techniques, garder un savoir-faire, relancer une usine, ce n’est pas juste pour sauver des emplois, mais aussi parce que l'Histoire ces derniers mois leur chuchote qu'ils ont un rôle à jouer, selon David Bongiraud : « On a envoyé des bouteilles un peu partout dans le monde et on voit aujourd’hui que, les bouteilles d’oxygène, on en manque partout, que ce soit en Amérique Latine, en Afrique ou en Europe. Il est important de relancer cette société pour les bouteilles d’oxygène. »

Des difficultés à revenir à l'emploi

Alors, les ex-Luxfer refusent de baisser les bras. Ils s'appellent, se réunissent, travaillent ensemble pour tenter de faire repartir leur usine. Beaucoup voient là leur seul salut face à un marché de l'emploi qui les rejette. « Le plus dur, c’est de se demander aujourd’hui si on est encore bons, parce qu’on a un doute au bout d’un moment. On fait des tas de demandes, on n’a pas de réponse, on fait des entretiens pour des gens qui nous font comprendre qu’on est trop vieux, ou trop qualifié », se désole David Bongiraud.

On aura perdu toute une vie.


Cela fait presque un an et demi déjà que Bruno, David, et tant d'autres ne travaillent plus. Les allocations chômages, les indemnités de licenciements permettent de vivre pour le moment. Mais ce ne sera pas éternel, alors seule compte l'usine pour retrouver la vie d'avant. « J’ai déjà préparé ma famille à ce qu’on soit obligé de vendre la maison en juin ou en juillet parce que je n’aurai pas d’emploi. On aura perdu toute une vie. Tout ce qu’on a construit, on va le perdre, parce que quelqu’un chez Luxfer a décidé de fermer une société qui était rentable », affirme David Bongiraud. Un seul espoir pour éviter cela, que Luxfer accepte enfin de vendre cette usine à l’arrêt.

 
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