"Une période d'incertitude" : Mélenchon, Hollande, Attal, Tondelier... ces personnalités vont-elles peser dans le choix du prochain gouvernement ?

Les 577 députés de l'Assemblée nationale viennent d'être élus, au 2e tour des législatives 2024. Place désormais à la formation du nouveau gouvernement. Quelles personnalités politiques pourraient y avoir leur place ? Pierre-Nicolas Baudot, docteur en science politique, partage son analyse.

Le Nouveau front populaire en tête, la majorité présidentielle ensuite et le Rassemblement national en troisième position. Les résultats du 2e tour des législatives 2024, ce dimanche 7 juillet, ont créé la surprise. “Si l’on regarde le panorama d’ensemble, on retrouve bien les trois blocs : gauche, centre-droit et droite nationaliste. Cette tripolarisation était une constante de l’analyse politique de ces derniers temps. La grande information est que Jordan Bardella n’est pas Premier ministre et que l’extrême droite n’a pas gagné”, réagit Pierre-Nicolas Baudot, docteur en science politique à l'Université Clermont Auvergne et à Paris-Panthéon-Assas.

"On entre dans une période d'incertitude"

La défaite aux législatives du Rassemblement national s'accompagne néanmoins d'un "succès", poursuit le spécialiste. Le parti double son nombre de députés siégeant à l'Assemblée nationale, avec 134 à 152 sièges, selon notre estimation Ipsos-Talan. "Ce qui est important à retenir, c’est qu’elle va doubler ses financements donc se renforcer. Elle perd aujourd’hui mais se renforce pour l’avenir et cela signifie que cela peut potentiellement la rapprocher du pouvoir.”

Le bloc macroniste disposerait quant à lui de 152 à 163 sièges, selon notre estimation Ipsos-Talan. "Il a bien résisté, notamment parce qu’il y a eu cette logique de front républicain avec des candidats de gauche qui se sont désistés dans les circonscriptions favorables aux macronistes. De fait, c’est un groupe qui résiste mais perd aussi sa majorité relative”, rappelle Pierre-Nicolas Baudot. 

Le NFP devient le premier groupe à l’Assemblée nationale mais n’a pas de majorité absolue non plus (171 à 187 sièges, ndlr). On entre dans une grande période d’incertitude parce qu’il va falloir calculer auprès des uns et des autres pour savoir si cette assemblée va être gouvernable.

Pierre-Nicolas Baudot

docteur en science politique à l'Université Clermont Auvergne et à Paris-Panthéon-Assas

Pour le spécialiste, "une bataille de récits" s’est installée, "entre la gauche qui dit “Nous avons gagné, on va faire un gouvernement et on demande aux macronistes de ne pas voter de motion de censure” et des voix du centre ou de la droite, comme celle d’Edouard Philippe par exemple, qui disent “On va faire un gouvernement avec toutes ces forces qui vont de LR à la gauche, sans LFI”, détaille Pierre-Nicolas Baudot. 

Cette dernière option est difficilement envisageable, selon l’expert. “Mathématiquement, ce serait possible mais politiquement, c’est plus compliqué. Cela voudrait dire qu’une partie du Nouveau front populaire accepte de gouverner avec Macron. Ce qui serait une grosse erreur stratégique parce que le NFP risquerait de se compromettre”, commente-t-il. 

Tous les leaders du Nouveau front populaire ont d’emblée écarté la piste de cette fameuse coalition centrale sans LFI. La question est : vont-ils être en mesure de le faire ? Les résultats définitifs vont permettre de savoir très précisément de combien de sièges chacun dispose et combien sont nécessaires pour gouverner.

Pierre-Nicolas Baudot

docteur en science politique à l'Université Clermont Auvergne et à Paris-Panthéon-Assas

Un Premier ministre dans les semaines à venir 

Le président de la République, Emmanuel Macron, va devoir nommer un Premier ministre dans les semaines à venir. La Constitution ne fixe pas de délai. “On a aucune certitude que cela se fasse à court-terme. Gabriel Attal a dit qu’il était prêt à assurer l’intérim pendant les JO, donc on ne sait pas quand le nouveau gouvernement arrivera. Une fois que la question se posera, ce qui va être le plus compliqué, c’est la question du rapport de force : quel parti pèse quoi ? Quel parti peut négocier et obtenir tel ou tel poste ?”, questionne Pierre-Nicolat Baudot. 

Pour l’instant, aucun nom n’émerge réellement pour prendre le fauteuil de Premier ministre. “On a beaucoup parlé de Marine Tondelier (EELV / NFP) ces derniers temps en disant que c’était une figure qui avait pris de la hauteur. Mais le problème est qu’elle a un parti qui est très faible. Alors que dans ce type de négociation, si l’on n’a pas un parti fort derrière soi, on a plus de mal à négocier”, continue le chercheur. 

Pour le poste de Premier ministre, l’hypothèse la plus grande est que ce soit une personnalité pas trop marquée politiquement. Quelqu’un qui n’a pas été candidat aux élections européennes, voire qui n’a pas des responsabilités au sein de son parti. Ce qui disqualifie pas mal de gens.

Pierre-Nicolat Baudot

Docteur en science politique à l'Université Clermont Auvergne et à Paris-Panthéon-Assas

Le retour de François Hollande élu en Corrèze, comme celui de Laurent Wauquiez élu en Haute-Loire, traduit une “reparlementarisation de la vie politique”, selon Pierre-Nicolas Baudot. “Le Parlement est redevenu central donc il intéresse des personnes qui ont des velléités plus importantes qu’elles soient ministérielles ou présidentielles. Elles reviennent dans le jeu politique par le Parlement.” Mais l’ancien président de la République, est une “figure très disqualifiée à gauche”, rappelle le chercheur. “L’essentiel de la gauche a fait campagne dans les années précédentes contre le bilan de François Hollande, y compris au sein de son propre parti. On ne peut pas raisonnablement imaginer qu’il soit un premier ministre potentiel.”

Laurent Wauquiez, quant à lui, “était un président de Région installé", estime Pierre-Nicolas Baudot. "Il s’est lancé dans une campagne dont on ne voit pas vraiment à quoi ça va mener. Il va avoir du poids au sein du groupe Les Républicains mais le groupe lui-même aura peu de poids au sein de l’Assemblée. LR devient marginal alors qu’il avait un rôle pivot lors de la précédente législature, qui lui a donné plus d’importance que ce que l’on pouvait attendre.”

François Ruffin a sauvé sa circonscription, dans la Somme, avec 52,9% des voix dans un duel face au Rassemblement national. “Il y a chez lui une logique de court-terme qui fait qu’il a eu peur de perdre de sa circonscription et a donc accéléré un processus de plus long terme. Il s’est désolidarisé de Jean-Luc Mélenchon et s’est éloigné de La France Insoumise. LFI est un mouvement très vertical. Les gens qui ne sont pas d’accord, soit ils restent en ne disant rien, soit ils s’en vont. La tendance pour Ruffin c’était de s’en aller.”

Au sein de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon garde “un rôle central”, selon Pierre-Nicolas Baudot. “C’est quelqu’un qui, dans des circonscriptions, peut faire perdre des voix mais il en fait gagner beaucoup ailleurs. C’est le seul à avoir fait 22% à l’élection présidentielle. Quand on regarde ses résultats dans les élections, il progresse plutôt. Mais il y a fort à parier que les autres formations politiques vont lui demander de se mettre de côté. Il ne sera pas Premier ministre, c’est une certitude et ne sera pas ministre non plus.”

Du côté de Gabriel Attal, l'actuel Premier ministre a annoncé qu'il remettrait sa démission ce lundi 8 juillet à Emmanuel Macron. “Cela m’étonnerait qu'il ait une place dans le nouveau gouvernement. Beaucoup de personnalités ont fait campagne contre lui. La gauche n’a aucun intérêt à obéir aux volontés de Gabriel Attal. Cela serait donner l’image à l’opinion publique qu’elle se range avec les macronistes et le meilleur moyen de dérouler un tapis rouge à l’extrême droite pour 2027.” 

Première séance plénière de l'Assemblée nationale le 18 juillet

À l’issue du premier tour, 76 des 577 nouveaux occupants du Palais-Bourbon avaient déjà été élus : 39 du Rassemblement National et ses alliés, 32 du Nouveau Front Populaire et 2 de la majorité présidentielle. Théoriquement, ces députés sont élus pour une durée de cinq, donc jusqu'en 2029... À condition qu'il n'y ait pas de nouvelle dissolution d'ici là. Selon l'article 12 de la Constitution, aucune dissolution ne peut être prononcée dans les 12 mois qui suivent cette élection.

Les 577 députés élus se réuniront pour leur première séance plénière "le deuxième jeudi qui suit l'élection", comme le veut la Constitution, soit le 18 juillet. Les différentes formations politiques ont donc une dizaine de jours pour constituer des groupes parlementaires, qui doivent être composés d'au moins 15 députés. Le président ou la présidente de l'Assemblée nationale sera élu(e) ce jour-là. Les autres postes clés de l'hémicycle seront attribués le lendemain, le vendredi 19 juillet. 

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