Usines ACC à Clermont-Ferrand : les salariés attendent un repreneur

270 salariés travaillent dans les usines ACC de Clermont-Ferrand. Ils attendent qu'un éventuel repreneur sauvent leur entreprise. / © MVO
270 salariés travaillent dans les usines ACC de Clermont-Ferrand. Ils attendent qu'un éventuel repreneur sauvent leur entreprise. / © MVO

Malgré un carnet de commandes plein et de nombreux soutiens privés et publics, ACC Ingénierie et Maintenance, à Clermont-Ferrand, ne parvient pas à sortir la tête de l’eau. En manque de trésorerie, l’entreprise espère trouver un repreneur pour renflouer ses caisses.

Par MVO

ACC Ingénierie et Maintenance ne parvient pas à sortir de la tourmente. Après des années de lutte pour sauver l’entreprise, les comptes de l'entreprise de Clermont-Ferrand, sont toujours dans le rouge. Pourtant, le carnet est plein : 100 millions d’euros de commandes ont été signés avec différents clients. Les ACC assurent la maintenance ou la rénovation des rames des lignes 7 et 8 du métro parisien, de 16 TER de la région Auvergne-Rhône-Alpes, du tramway de Strasbourg ou encore des voitures de l’Orient Express. L’entreprise est viable à en croire les syndicats et les employés. Mais son manque de trésorerie la rend fragile.
 

Coup dur en 2015

La faute à une longue période creuse. Après la fin en 2015 d’un contrat de rénovation de 61 rames de RER avec la RATP, le chiffre d’affaires d’ACC Ingénierie et Maintenance s’effondre et passe de 32 à 15 millions d’euros. « Il fallait garder les compétences donc on s’est battu et la direction a joué le jeu. Elle a pris le risque de cramer la trésorerie pour garder toutes les compétences en interne » explique Anthony Vedeau, délégué CGT. Les licenciements ont pu être limités en recourant à des périodes de chômage partiel, mais le capital a été entamé. Aujourd’hui, les comptes de l’entreprise en garde les stigmates. Il n’y a pas assez d’argent pour investir et assurer un fond de roulement. « Pour commander des pièces (pour assurer un chantier, NDLR) il faut de la trésorerie. Il faut payer les fournisseurs à la commande », justifie Anthony Vedeau. La facturation au client, elle, n’intervient qu’à la livraison du produit fini.
 

Les collectivités à la rescousse

Pour éviter le dépôt de bilan, les pouvoirs publics se sont relayés au chevet des ACC. En 2016, la ville de Clermont-Ferrand rachète bâtiments et foncier pour alléger les charges de l’entreprise. En 2018, Clermont Auvergne Métropole lui octroie 1 million d’euro de prêt. Le Conseil Régional propose le double. Au total, les ACC obtiennent donc 3 millions d’euros d’avance de trésorerie, remboursables sur 3 ans. Les élus font aussi le forcing auprès de la RATP et de la SNCF pour que de nouveaux contrats soient signés avec l’entreprise clermontoise. Et ça marche. Mais ce n’est pas suffisant. Il manque encore 2 millions d’euros. Malgré des soutiens jusqu’au Ministère de l’économie, les banques n’ont pas voulu prendre le risque de prêter des fonds à une entreprise fragile révèle la CGT. Clermont Auvergne Métropole pourrait donner un nouveau coup de pouce. « Aujourd’hui, on est un créancier puisqu’il y a une dette d’environ un million d’euros. S’il faut on va regarder ça si ça peut aider à sauver de l’emploi », s’avance Olivier Bianchi, président de la métropole clermontoise. L’annulation de dette pourrait donner un peu d’air aux ACC, mais il lui faut surtout trouver du cash.
 

Des projets de reprises

Seule solution envisagée aujourd’hui, l’arrivée d’un nouveau pourvoyeur de fonds. L’idée d’une reprise a fait son chemin parmi les salariés. Elle donne de l’espoir et inquiète à la fois. « On est un peu dans l’inconnu. On ne sait pas trop ce qui nous attend. On ne sait rien en fait », reconnait Carlos Goncalves, câbleur aux ACC. « On veut bien un repreneur, mais qui soit de bonne intention » résume Anthony Vedeau.
Deux dossiers de reprise seraient sur la table. Mais aucune information officielle ne circule. Les discussions sont en cours. Pourtant, des noms circulent déjà dans les ateliers. Des rumeurs. Alstom d’un côté. Bombardier de l’autre. C’est ce qu’il se raconte entre ouvriers. Aucun proche du dossier ne veut confirmer. L’affaire est sensible.


Des perspectives d’avenir

En tout cas, nombreux sont ceux à vouloir y croire. ACC Ingénierie et Maintenance dispose d’un savoir-faire unique en France dans la rénovation et la maintenance des rames ferroviaires (dans le privée). « Aujourd’hui c’est une vieille industrie mais qui va revenir au goût du jour. On parle beaucoup d’écologie et quoi de plus écologique que de renouveler de l’ancien pour faire du neuf ? », interroge Anthony Vedeau. Une question rhétorique qu’appuie volontiers Jean-Louis Borie, le conseil des salariés. « A terme, il y a la concurrence qui va s’ouvrir sur le ferroviaire. Donc d’autres opérateurs qui vont intervenir. Donc d’autres nécessités de rénovations de matériels ferroviaires donc il y a des marchés potentiels à l’échéance de deux ans », démontre l’avocat.
Reste à savoir si l’entreprise réussira à tenir jusque-là.
 

Journée de grève solidaire

Pour attirer l’attention sur la situation des ACC, ils sont 300 environ ce mercredi 18 septembre à faire le piquet de grève devant l’usine de la rue Pré la reine à Clermont-Ferrand. La majorité des 270 salariés d’ACC ingénierie et maintenance sont soutenus par quelques poignées de Luxfer (Gerzat), de Dietal (Riom), de Valeo (Issoire) ou encore de Constellium (Issoire). Tous travaillent dans le secteur de la métallurgie et comprennent les inquiétudes des ouvriers Clermontois. Certains ont déjà vu leurs entreprises mourir. D’autres ont connu les licenciements des PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) s’abattre sur leur outil de travail. Alors il y a eu un mouvement de solidarité. Philippe Poutou, syndicaliste CGT et double candidat à la présidence de la République en 2012 et 2017 pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a fait le déplacement depuis son usine Ford de Blanquefort près de Bordeaux, elle aussi dans la tourmente : elle est sous le coup d’une fermeture pour motif économique contestée par le syndicat CGT. « Chacun dans son coin, on perd. On pense qu’il faut faire converger toutes ses luttes là de manière à réussir à imposer l’arrêt des licenciements. Il faut qu’on trouve des solutions ensemble pour empêcher ça. Donc on est solidaire » explique le Cégétiste.
La journée de mobilisation avait pour but de « montrer l’attachement des salariés à leur usine » pour faire passer le message à un futur repreneur : il faudra garder tout le monde.

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