Y aura-t-il des chauffeurs pour conduire les cars scolaires à la rentrée ?

Il manque 8000 chauffeurs de car scolaire en France. En Auvergne, la situation est tendue. Les entreprises n'arrivent plus à recruter ou à garder leurs salariés. La région AURA a lancé une campagne de recrutement.

Au téléphone, la voix est lasse, épuisée. Marie-Christine Nénot l’avoue, elle est désabusée. « Nous nous évertuons à trouver des clients, à faire des devis et au final, il faut rappeler pour annuler, parce que nous ne pouvons pas assurer la prestation. »

Cela fait 40 ans que l’entreprise Nénot Intertourisme existe près de Clermont-Ferrand et il n’a jamais été aussi difficile de trouver des chauffeurs pour conduire les cars de tourisme et de transport scolaire. Depuis le début de l’année, trois ont démissionné et quatre sont en arrêt maladie sur un effectif total de 42 personnes. « Depuis ce matin, depuis hier, tous les jours en fait, nous ne savons pas ce qui va nous tomber dessus. Et je ne suis pas la seule », continue la cheffe d’entreprise qui a reçu le matin même un nouvel arrêt maladie. «  Hier, nous avions des sorties de tourisme, il a fallu se débrouiller, j’ai appelé tous mes collègues et eux non plus, ils n’ont personne pour travailler. »

L’entreprise Nénot Intertourisme a cinq postes à pourvoir. Difficile aujourd’hui de trouver des volontaires. Travailler le week-end avec des horaires décalés, le métier de chauffeur de car n’attire plus. La Fédération nationale des transports de voyageurs annonce qu’il manquera 8000 chauffeurs pour le transport scolaire en France à la rentrée prochaine.

« Nous avons la chance dans notre entreprise que les chauffeurs de tourisme et de services réguliers qui sont là depuis longtemps et qui eux, s’accrochent, viennent faire en plus nos services scolaires », confie Marie-Christine Nénot. «  Mais le travail pèse sur ceux qui restent et ces derniers sont fatigués. » L’entreprise a même dû réembaucher quatre retraités.

C’est le cas d’Alain Besseyre, 61 ans. Il a fait valoir ses droits à la retraite en août 2021. Il a aussitôt repris du service. Sur du transport scolaire et du service ouvrier qui l’occupent le matin et le soir mais le laissent tranquille en journée. Par goût de la conduite, par besoin de rester actif. Et puis il y a tant de manque dans la profession. « La situation dans les entreprises d’autocars est similaire au milieu hospitalier et à la restauration », explique-t-il. «  Ce sont des métiers qui ont été dévalorisés et qui ne sont pas assez rémunérés. Maintenant, il y a une pénurie. C’est aux politiques de prendre en main les choses. »

Tension

Le salaire moyen à temps plein d’un chauffeur de car est de 1850 euros par mois selon la Fédération nationale des transports de voyageurs. Pour Marie-Christine Nénot, la rémunération n’est même plus la raison : « Tous nos chauffeurs ont été augmentés depuis le début de l’année ! » En 2022, les salariés de l’entreprise toucheront 5 % de plus.

« Pour être franc, il faut faire un peu moins d’assistanat et mieux rémunérer ces métiers en tension », atteste Alain Besseyre, le retraité-actif. «  Mais il y a eu trop de retard pris ces 10 ou 15 dernières années. Même si des mesures étaient prises dans l’instant, cela prendrait 12 à 18 mois pour rétablir la situation. C’est trop tard », lâche-t-il, défaitiste.

Formation

Il faudrait 12 à 18 mois pour trouver du personnel car se pose le problème de la formation. C’est ce qui inquiète le plus David Lavergne. Il dirige une entreprise d’autocars à Aurillac dans le Cantal. Une quarantaine de chauffeurs et une trentaine de lignes de transport scolaire. Pour le moment, il ne manque pas de salariés mais il sait que les années futures risquent d’être problématiques. « Les gens qui ont entre 60 et 70 ans ont passé le permis poids-lourds à une époque où on leur donnait automatiquement le permis autocars. Depuis les années 2000, la loi a changé », indique-t-il.

Désormais, il faut passer un permis spécifique et suivre ce qui s’appelle la formation minimum obligatoire. « Pour les nouveaux chauffeurs, cela veut dire dépenser 2500 euros pour le permis et 2500 euros pour la formation pour être rémunérés ensuite quatre heures de travail par jour, c’est compliqué ! » Une formation qui durera  deux mois. Difficile de se laisser convaincre quand derrière, les contrats sont souvent à temps partiel.

Consciente de cette pénurie, la Région AURA, en charge du transport scolaire, a lancé en avril dernier une campagne de recrutement, nommée « 1000 conducteurs » en partenariat avec les entreprises de transport. « La Région s’engage ainsi à accompagner les potentiels candidats grâce à un suivi personnalisé : un numéro de téléphone dédié a été mis en place, un formulaire est aussi en ligne sur le site de la Région. Tous les candidats sont ainsi contactés et suivis par la Région, qui finance les éventuelles formations professionnelles nécessaires à l’embauche », indique-t-on au Conseil régional.

La collectivité cible notamment les agriculteurs qui pourraient être intéressés par un complément de revenus. Car il y a urgence. Selon la Fédération nationale des transports de voyageurs, 20 % des élèves pourraient se retrouver sans ramassage scolaire à la rentrée prochaine.  

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