Puy-de-Dôme : FNSEA et Jeunes Agriculteurs veulent une application rapide de la loi EGAlim 2

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Écrit par Cyrille Genet

Pour protéger la rémunération des agriculteurs, et particulièrement pour les producteurs de bovins, deux syndicats du Puy-de-Dôme appellent à une mise en œuvre rapide de la loi EGAlim 2 déterminant le prix de vente des animaux.

C’est devant une rangée de jeunes bovins de race Limousine du Gaec du Puy Giroux à Romagnat dans le Puy-de-Dôme, intrigués par une telle affluence, que les sections départementales de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont tenu une conférence de presse lundi 17 janvier. Accompagné par un froid vif, le brouillard ne permettait pas de distinguer l’horizon... Pourtant la loi EGALim 2 du 18 octobre 2021, issue des Etats Généraux de l’Alimentation, donne de nouvelles perspectives aux agriculteurs. Pour les producteurs de bovins, depuis le 1er janvier 2022 « il n’est plus possible désormais de vendre un animal sans un contrat » rappellent les responsables syndicaux, « et surtout le prix doit être fixé par l’éleveur en tenant compte de ses coûts incompressibles tels qu’ils ont été définis », c’est lui et lui seul qui a l’initiative de la proposition du prix et du nombre d’animaux qu’il doit matérialiser par l’envoi d’un courrier recommandé avant de signer un contrat qui se déroulera sur 3 ans.

Pour Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63 « La matière première agricole ne sera plus négociable si le contrat entre l’éleveur et le premier acheteur est bien appliqué tout au long de la filière. C’est un sacré droit qu’on nous offre, c’est maintenant aux agriculteurs d’aller proposer cet outil de contractualisation ». Car dans les campagnes, les habitudes sont tenaces, et en cette période de négociation des prix avec la grande distribution, certains acheteurs feraient encore pression pour éviter de s’engager pour 3 ans sur des prix, même s’ils sont révisables en fonction de l’évolution de la conjoncture.

Les éleveurs doivent tenir tête

C’est le message délivré par Quentin Baumont, président des Jeunes Agriculteurs 63. L’enjeu, c’est de « trouver des jeunes pour renouveler le métier, un métier intéressant : on travaille dans la nature, c’est concret et réel, certes il y a de la charge de travail, mais le problème c’est la rémunération. On demande donc de la valeur : quand on sort une bonne production, il faut que ça paye. La loi EGAlim 2 va dans le bon sens, il y a enfin  une chance de ramener de la valeur ajoutée ». Il invite donc les éleveurs à entrer dans ce mécanisme.

Une priorité pour le gouvernement

S’il n’est pas fréquent qu’un Préfet assiste aux conférences de presse de syndicats agricoles, Philippe Chopin l’explique par la relation de confiance qui règne ici avec les organisations professionnelles. Et il appuie leurs propos : « Le Ministre de l’agriculture Julien Denormandie est venu 3 fois dans le département et à chaque fois il a reparlé de cette loi ; c’est une priorité pour le gouvernement, certes une loi très technique mais qui repose sur 4 idées : la contractualisation qui impose de changer de mentalités, la transparence vis-à-vis du consommateur pour qu’il connaisse les coûts de production alors que jusqu’à présent on imposait le prix à l’agriculteur, le contrôle qui va s’opérer dans les magasins pour vérifier notamment l’affichage des prix de production et enfin l’aide qui sera apportée aux agriculteurs pour la rédaction des premiers contrats ». 

Un changement radical

Pour David Chauve, le président de la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme, « On était jusqu’à présent dans un système de liberté avec l’offre et la demande comme régulateur, mais le jeu était inégal entre les producteurs et les grands groupes qui imposaient leurs prix. Avec le temps, les gens ont eu le sentiment de ne plus pouvoir discuter le prix. Il faut répartir la valeur entre tous les acteurs de la filière sans que les prix n’augmentent pour les consommateurs, les intermédiaires doivent faire leur part. Maintenant on a besoin de rassurer les agriculteurs car on est à une bascule. Il y a une vraie responsabilité de la profession où les producteurs doivent s’affirmer comme des chefs d’entreprise, l’affaire se joue dans les 6 prochains mois pour sécuriser les revenus des agriculteurs ».