Puy-de-Dôme : les amours difficiles du crapaud sonneur à ventre jaune

Dans le Puy-de-Dôme, la fermeture d'un ancien centre de stockage de déchets a permis de découvrir la présence d'une espèce d'amphibien rare et menacée, le crapaud sonneur à ventre jaune. La réhabilitation d'une partie du site devrait permettre sa protection, et peut-être, sa reproduction.

Le crapaud sonneur à ventre jaune, présent en Auvergne, est une espèce rare et menacée au niveau européen.
Le crapaud sonneur à ventre jaune, présent en Auvergne, est une espèce rare et menacée au niveau européen. © CEN Auvergne

Comme son nom ne l'indique pas, le crapaud sonneur à ventre jaune brille surtout dans la nature par sa discrétion. Et bien souvent, le promeneur passe à côté de lui sans le remarquer. Car de dos, c'est un as du camouflage, avec ses teintes verdâtres, proches de celles de la boue, son milieu fétiche. Seul petit indice, sa pupille, en forme de cœur, mais il faut avoir l'oeil pour la voir ! Ce n'est que lorsqu'il se dresse qu'il offre un spectacle plus rare aux yeux des néophytes, et plus inquiétant à ceux des prédateurs : son ventre jaune, prévenant qu'il est toxique, et qu'il vaudrait mieux éviter de le dévorer.

Une espèce rare et menacée


Malgré sa couleur, qui devrait agir comme un écriteau « Attention, danger ! », cette espèce est rare à l'échelle européenne, et protégée, comme tous les amphibiens. En Auvergne, on en trouve à l'est du Puy-de Dôme et dans l'Allier, un tout petit peu dans le Cantal et en Haute-Loire, dans les gorges de la Loire. "En sachant que quand on  trouve 20 à 30 individus sur un site, on est content !", précise Samuel Esnouf, responsable du projet pour le Conservatoire d'Espaces Naturels d'Auvergne. Mais là, c'est à un endroit inattendu qu'il a été observé et entendu depuis 2015 : un ancien site de stockage de déchets du Syndicat du Bois de l'Aumône, entre Culhat et Lezoux, dans le Puy-de-Dôme.
 
Sur cet ancien centre de stockage des déchets, 1,5 hectare de zone humide a été restaurée pour permettre au crapaud sonneur à ventre jaune de se reproduire plus facilement.
Sur cet ancien centre de stockage des déchets, 1,5 hectare de zone humide a été restaurée pour permettre au crapaud sonneur à ventre jaune de se reproduire plus facilement. © CEN Auvergne


Ce site de 15 hectares est fermé aujourd'hui, et le Syndicat qui le gère a voulu le réhabiliter en centre photovoltaïque. Mais avant de commencer les travaux, un certain nombre d'études environnementales ont été menées. C'est à ce moment là que le Conservatoire s'est rendu compte qu'une petite zone d'environ 1,5 hectare, qui n'avait jamais servi à stocker des déchets, était en réalité une zone humide, et que le crapaud sonneur à ventre jaune, bien que discret, y était présent. Cette zone a donc été sortie du projet initial pour être réhabilitée en zone humide, et laisser une chance à cette espèce de s'y établir et de s'y reproduire.

Une reproduction difficile


Si le crapaud sonneur à ventre jaune peut vivre jusqu'à 8 ans, l'une de ses problématiques est la reproduction. Car si une femelle pond une centaine d'oeufs par saison, tous n'éclosent pas, et seuls 4 à 5 individus arrivent généralement à l'âge adulte. Si tout va bien. A Culhat, quelques individus ont bien été observés, mais il semble que leur reproduction soit quasi inexistante depuis 3 ou 4 ans. Jusqu'alors, les femelles pondaient surtout leurs œufs dans les ornières laissées par les camions et qui se remplissaient d'eau de pluie. Des pontes régulièrement écrasées par ces mêmes camions qui creusaient les ornières. Pour ceux qui en réchappent, d'autres obstacles doivent être franchis, ou évités, comme les prédateurs. Parmi eux, la grenouille verte qui ne fait pas bon ménage avec le crapaud sonneur, ayant la méchante habitude de se délecter des têtards de cette espèce.

Pour donner une chance à notre crapaud sonneur de se reproduire en toute sérénité, le Conservatoire d'Espaces Naturels d'Auvergne et le Syndicat du Bois de l'Aumône ont donc décidé de restaurer et de renaturer cet ancien site. La mare qui existait déjà, envahie par des typha, un roseau autochtone colonisateur, a été recreusée et curée, ses berges ont été reprofilées. Deux petites mares annexes et quelques ornières ont été créées pour apporter de nouveaux points d'eau et l'ensemble a été débroussaillé. Un milieu qui devrait plaire à notre crapaud, espèce pionnière qui préfère les zones neuves sans trop de concurrence.

Un rendez-vous retardé


La réhabilitation du site a été finie en février. En mars, avant le confinement, quelques tétards, sans doute de crapauds calamites et de grenouilles agiles, des espèces qui cohabitent bien avec le crapaud sonneur, avaient été remarqués. Depuis, aucune observation n'a pu être faite, mais cela ne devrait plus tarder. D'autant que notre sonneur à ventre jaune adore le soleil et les températures autour de 20°, qui devraient bientôt revenir. Samuel Esnouf, responsable du projet pour le Conservatoire d'Espaces Naturels d'Auvergne, croise les doigts, mais reste pragmatique : « Si ça ne marche pas pour le crapaud sonneur, ça fera au moins le bonheur d'autres amphibiens. »
 
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