Puy-de-Dôme : pourquoi l’Ehpad de Tauves est menacé de fermeture

L'Ehpad de Tauves dans le Puy-de-Dôme. / © C Da Silva / France 3 Auvergne
L'Ehpad de Tauves dans le Puy-de-Dôme. / © C Da Silva / France 3 Auvergne

L’Agence Régionale de Santé et le Département du Puy-de-Dôme envisagent de fermer l’Ehpad de Tauves. Le projet de cessation d’activité a été notifié au maire par courrier vendredi 5 avril.

Par SM avec C. Da Silva

L’Ehpad ( Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Tauves, dans le Puy-de-Dôme, se savait déjà sur la sellette. Vendredi 5 avril, un pas de plus semble fait vers l’issue redoutée de la fermeture. Le maire de la commune Christophe Serre a reçu une lettre co-signée par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et le Département, dans laquelle il se voit notifier le projet de cessation d’activité de l’établissement, dont il préside le conseil d’administration.  

Cette maison de retraite pour personnes âgées dépendantes accueille 31 résidents et emploie 37 salariés. L’inquiétude est de mise parmi le personnel comme parmi les résidents qui s’interrogent sur leur devenir.

"Je vois pas pourquoi on nous fout dehors"

« Je le vis très mal, j’ai peur de partir ailleurs, je suis habitué à ici et je ne voudrais pas m’en aller seulement c’est pas moi qui décide », confie Antoine, un résident de 82 ans accueilli depuis plus de 6 ans dans cet Ehpad. « Je suis de Tauves, je pensais finir ma vie ici, eh ben je crois que ça va être raté (…) je vois pas pourquoi on nous fout dehors ! » poursuit le vieil homme avec ses mots à lui.
« Depuis juillet 2018, plus aucun patient n’est admis dans cet établissement. Donc plus de patients, plus de rentrée financière, le déficit ne peut que s’accroître », estime Jacques Cocheux, représentant CGT au conseil d'administration de l'ARS. « La mort de l’établissement est programmée. Le personnel est en grande difficulté, ils savent que leur avenir est programmé ailleurs, à des kilomètres, à la Tour d’Auvergne, à Rochefort-Montagne, voire le Mont Dore », poursuit-il.
 

Des problèmes financiers mais pas seulement

 
L'établissement, qui a bénéficié d’une rallonge budgétaire de 450 000 euros de l’Agence Régionale de Santé fin 2018, serait en grande difficulté financière avec 1 million d'euros de déficit cumulé depuis 2013. L’une des raisons pour lesquelles son avenir semble fortement compromis, mais pas la seule. Un rapport d’inspection en 2018 pointe une série de « dysfonctionnements » comme des « carences dans la gouvernance avec un turn over important des directeurs et un défaut global d’encadrement (absence de médecin coordonnateur et de cadre de santé) », « des risques pour la sécurité des résidents sur le circuit du médicament et au regard de l’état des locaux et des équipements », ou encore « une continuité des soins et de la prise en charge par du personnel qualifié non garantie ».

Dans la lettre adressée vendredi 5 mars au maire de Tauves, ARS et Département, s'appuyant sur les constats de l'administrateur provisoire, estiment que « l’établissement ne sera pas en mesure de corriger les dysfonctionnements relevés, ce qui entraîne l’existence d’un risque inacceptable pour la sécurité des résidents pris en charge, ainsi que l’existence d’un risque de rupture de trésorerie rapide qui viendrait amplifier et accélérer les mêmes effets ».

"Un drame pour le village"

Un coup dur pour la commune de moins de 800 habitants.
« La mairie, ça fait plusieurs années qu’elle se bat pour empêcher cette fermeture. C’est le maire en particulier qui a géré ce dossier, il a fait plusieurs propositions, des rapprochements avec la Tour d’Auvergne, le Mont Dore. Il avait proposé notamment un projet de mutualisation avec l’Ehpad du Mont Dore pour partager l’administratif ou la lingerie. Mais comme c’est l’ARS et le Conseil Départemental qui décident, toutes les propositions autres que la fermeture ont été refusées. On a essayé de trouver des solutions mais on n’a pas la main. C’est un drame pour les résidents, pour les salariés et pour le village », réagit Christophe Vergnol, adjoint au maire.

A l'issue de cette notification du projet de cessation d’activité de l’établissement, le maire de Tauves dispose désormais de 15 jours pour « faire part » de ses « observations ». Sans quoi, « nous serons amenés à vous notifier notre décision », conclut les signataires de la lettre, ARS et Département.
 

Sur le même sujet

Swincar

Les + Lus