#labellochallenge : un jeu qui dégénère jusqu'à la mutilation chez les jeunes

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Le Labello Challenge prend une ampleur inquiétante sur Tik Tok. Les variantes les plus extrêmes peuvent pousser les adolescents à se blesser très gravement. Vendredi 6 mai dernier, les directeurs et directrices des écoles du département du Rhône ont reçu un courrier de l’inspecteur d’académie les mettant en garde sur les dangers de ce défi.

Ils ont envahi Tik Tok à une vitesse grand V... Les hashtags #labellochallenge et #JeuDuLabello sont en train de devenir viraux sur le réseau social très prisé par les jeunes. Il n'y aurait aucune victime dans le Rhône pour le moment mais le phénomène a de quoi inquiéter. D'après les vidéos Tik Tok, les premiers concernés par ce challenge sont les collégiens. 

Au départ, un jeu d'enfant 

 A l’origine, les participants devaient se recouvrir le visage de stick à lèvres et faire deviner le goût du baume à un autre joueur. Le défi a néanmoins rapidement dégénéré. Le jeu consiste désormais à se scarifier et de recouvrir la blessure de stick. Une version encore plus grave pousse les adolescents à couper un bout du baume à lèvres à chaque fois qu’ils ne se sentent pas bien. Lorsqu’ils arrivent au bout du tube, les jeunes doivent se mutiler ou, pire, se suicider. 

Miser sur la prévention 

L’heure semble pour le moment être à la prévention. Contactée par mail, l'Inspection académique du Rhône indique qu'"à ce jour, aucun fait avéré lié à ce défi n'a été signalé (...)". L'institution dit avoir été "préalertée de l'émergence du défi Labello Challenge en Fance". Elle ajoute avoir "communiqué rapidement auprès de chaque équipe de direction des établissements scolaires afin d'alerter et de permettre aux équipes de rester vigilantes face à des potentielles situations liées à ce défi". 

Rares sont les enseignants et les professeurs qui ont entendu parler des hashtags. La directrice d’une école élémentaire de Rillieux-la-Pape dit n’avoir eu aucune autre information venant de l’Education Nationale ou des familles, en dehors de la circulaire.

Les associations de parents d’élèves du Rhône, la FCPE et l’APEL, ont été averties. Elles n’ont cependant reçu aucun signalement inquiétant. "On a ouï dire du phénomène, confie le vice-président de la FCPE Rhône et métropole de Lyon, "On attend de voir si ça prend ou si ça reste un effet de mode." La FCPE envisage tout de même de "lancer une campagne de prévention la semaine prochaine en alertant par mail tous les comités locaux". "On devrait peut-être publier un communiqué de presse la semaine prochaine", ajoute le vice-président de l’association. Ce dernier compare le #labellochallenge aux jeux dangereux apparus dans les cours de récréation après la sortie de la série Netflix Squid Game : "Il n’y avait rien eu de particulièrement important dans le Rhône".

Freiner ces pratiques dangereuses 

Pour cette psychologue scolaire qui a souhaité garder l'anonymat et qui exerce dans plusieurs écoles élémentaires du Rhône, ce genre de jeu dangereux est inédit. Comment expliquer qu'un jeu enfantin se transforme en danger de mort à la vitesse de l'éclair ? "Au collège, c’est l’âge où il faut être comme les autres (…) donc on suit", explique-t-elle. 

Selon elle, il faut d'abord mettre en cause les réseaux sociaux et surtout l'utilisation qu'en font les adolescents. "Quand on like quelque chose, on active dans le cerveau la même fonction que les addictions", poursuit cette psychologue. Plus les adolescents likent des publications, plus ils développent une addiction aux réseaux sociaux. L'utilisation excessive des réseaux sociaux chez les jeunes engendre "une espèce de transe qui est proche de la transe provoquée par la cocaïne où on perd cette notion de la réalité". Les jeunes qui participent au challenge ne mesurent pas le danger auquel ils s'exposent. "L’objectif, ce n’est pas la mort, l’objectif, c’est la vidéo et combien de vues elle peut faire", indique cette psychologue.  

La famille, l'école et l'Etat ont chacun leur rôle à jouer pour enrayer ces jeux. "Il faut accompagner l'enfant avec l'image", insiste cette experte. Cet accompagnement vaut également pour les collégiens car "les fonctions neuronales se développent quasiment jusqu'à 18 ans (...) Bien souvent, les parents ne le savent pas". Elle prône la mise en place par l'Etat d'une grande campagne de prévention sur les dangers des réseaux sociaux.