A Lyon, les activistes écologistes d'Extinction Rebellion envahissent le siège de Bayer contre les néonicotinoïdes

Une action coup de poing a été menée par des activistes d'Extinction Rebellion à Lyon au siège social de Bayer dans le 9e arrondissement, vendredi 19 mars : les manifestants ont recouvert de tags l'intérieur des bureaux du groupe pour protester contre les insecticides néonicotinoïdes.

Près de 200 militants activistes d'Extinction Rebellion ont organisé une action coup de poing, vendredi 19 mars, pour protester contre le géant de l'agrochimie Bayer, dans le 9e arrondissement de Lyon.
Près de 200 militants activistes d'Extinction Rebellion ont organisé une action coup de poing, vendredi 19 mars, pour protester contre le géant de l'agrochimie Bayer, dans le 9e arrondissement de Lyon. © Extinction Rebellion / DR

Des activistes écologistes du mouvement "Extinction Rebellion" ont organisé une action coup de poing à Lyon au siège social de Bayer, dans le 9e arrondissement, vendredi 19 mars. Le bâtiment a été occupé un moment et les murs des bureaux tagués.

Les manifestants étaient près de 200 selon les organisateurs.

"85% des populations d'insectes ont disparu"

Un porte-parole du mouvement nous a expliqué cette action: "on voulait marquer le coup par rapport au printemps silencieux qui commence demain. On n'entend plus les oiseaux comme avant. 85% des populations d'insectes ont disparu ces dernières années en France." Selon les activistes, plus de 1.200 études scientifiques indépendantes "ont déjà prouvé que les néonicotinoïdes sont un désastre pour l'environnement. Ils attaquent les écosystèmes, les oiseaux et les pollinisateurs. Ce sont des sols morts après cela, sans agriculture naturelle possible. Sans insecte, sans ver de terre, sans champignon, on ne peut rien cultiver."

Les murs du siège de Bayer à Lyon, tagués par des activistes du mouvement écologiste "Extinction Rebellion" vendredi 19 mars.
Les murs du siège de Bayer à Lyon, tagués par des activistes du mouvement écologiste "Extinction Rebellion" vendredi 19 mars. © Extinction Rebellion

Selon les militants, les tags dans les bureaux de Bayer étaient "à visée informative". Les projections de faux sang symbolisent "ces milliards de vies animales, végétales et humaines sacrifiées sur l’autel de l’argent et du pouvoir que représente Bayer." Sur les tags étaient notamment inscrits: "Bayer assassin" et "les insectes meurent, nous mourrons". 

Le dialogue impossible ?

Sur les réseaux sociaux, le groupe Bayer a réagi et protesté contre ces "dégradations", en affirmant être "prêt à discuter de nos activités avec les représentants de Extinction Rebellion Lyon de manière constructive, cela dans un cadre non-violent."

Interrogés ce soir, les militants rejettent cette proposition de dialogue: "c'est une stratégie bien connue maintenant et bien documentée depuis les années 70. Ils se posent en victime. On va voter à la fin autour d'une table pour savoir s'il faut arrêter les néonicotinoïdes?  Qu'est-ce qu'on pourrait y gagner franchement? Ce n'est pas comme ça que le capitalisme fonctionne. Les rencontrer ne servirait à rien. Ils ont une culture du doute, avec des commerciaux qui vous expliquent que tout va bien si le produit est utilisé comme il faut. "

Dans son message Bayer explique travailler sur des solutions alternatives, de quoi faire bondir les militants: "Mais d'autres solutions existent depuis des dizaines d'années. Les solutions alternatives se nomment agro-foresterie, agro-écologie, et avec du rendement. Il y a un moyen de vivre et travailler sans Bayer."  Il ne devrait pas y avoir de dialogue tout de suite donc.

L'insecticide interdit, mais autorisé pour les betteraves

Les néonicotinoïdes sont une classe d'insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. Ces substances sont utilisées principalement en agriculture pour la protection des plantes (produits phytosanitaires) et par les particuliers ou les entreprises pour lutter contre les insectes nuisibles à la santé humaine et animale (produits biocides). De nombreux apiculteurs mettent en cause ces molécules pour expliquer le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles.

Cette famille d'insecticides a été interdite en France en 2018. Mais la filière de la betterave sucrière, sinistrée par des invasions de pucerons, pourra bien utiliser provisoirement les insecticides néonicotinoïdes, au grand dam des ONG et apiculteurs qui dénoncent la réintroduction de ces "tueurs d'abeille", interdits dans un premier temps. Le Conseil d'Etat a validé lundi dernier les modalités d'une dérogation très contestée décidée par le gouvernement.

L'action des militants du mouvement Extinction Rebellion au siège de Bayer, à Lyon, vendredi 19 mars.
L'action des militants du mouvement Extinction Rebellion au siège de Bayer, à Lyon, vendredi 19 mars. © Extinction Rebellion / DR

A la demande des betteraviers, qui évaluent à 280 millions d'euros leurs pertes l'an dernier suite à une épidémie de "jaunisse" propagée par un puceron que d'autres traitements n'ont pas permis d'éliminer, le gouvernement a fait adopter en décembre une loi permettant la réintroduction, par dérogations annuelles jusqu'à 2023, de semences de betteraves sucrières enrobées de néonicotinoïdes. Dérogation prévue et encadrée par la réglementation européenne sur l'interdiction générale de ces insecticides, dont la dangerosité pour la biodiversité est reconnue.

La loi avait été validée par le Conseil constitutionnel, saisi par des parlementaires opposés à cette réintroduction. Mais plusieurs ONG, le Syndicat national des apiculteurs et la Confédération paysanne, avaient attaqué en procédure d'urgence devant le Conseil d'Etat, l'arrêté du gouvernement précisant les modalités pour 2021 de cette utilisation. Alors que la période des semis doit débuter dans quelques semaines, elles estimaient notamment qu'il ne répondait pas aux obligations d'un usage "limité et contrôlé" et que toutes les solutions alternatives n'avaient pas été explorées. Mais la plus haute juridiction administrative de France a tranché lundi en leur défaveur, jugeant cet arrêté contraire ni à la Constitution ni au droit européen. Le groupe Extinction Rebellion continue donc lui-aussi, à sa manière, de demander leur interdiction définitive. 

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