Coupures électriques : comment Lyon se prépare à d'éventuelles difficultés

Publié le
Écrit par Mathieu Boudet .

Comme tous les départements de France, la préfecture du Rhône est mobilisée pour se préparer à une coupure possible du réseau électrique, en cas de pics de consommations cet hiver. Qui pourrait se retrouver en difficulté? il faut anticiper.

Gouverner, c'est prévoir. Dans les locaux de la préfecture du Rhône, à Lyon comme dans toutes les autres préfectures de France, une équipe est chargée de préparer le département aux éventuelles coupures programmées d'électricité qui menacent le pays.

"On travaillait déjà dessus"

Le gouvernement a adressé, mercredi 30 novembre, une circulaire aux préfectures pour préciser les modalités des possibles coupures auxquelles les pouvoirs publics doivent se préparer. "Mais on travaillait déjà dessus depuis plusieurs mois", explique-t-on au sein de la préfecture du Rhône. Ainsi, en cas de crise énergétique aiguë, les hôpitaux, services d'urgences, infrastructures de transport, sites liés à la défense, les entreprises stratégiques et de télécommunications notamment, doivent pouvoir continuer à être alimentés en électricité.

Le casse-tête est rendu plus complexe encore par les cas particuliers à Lyon. Les autorités ont dû recenser les personnes hospitalisées à domicile, qui se réalise avec l'appui des Agences régionales de santé. L'équipe dédiée de la préfecture a aussi répertorié les nombreux sites prioritaires, mais reste discrète sur le sujet : "il y a des informations sensibles que nous ne communiquons pas", précise-t-on. 

Selon une autre source proche du dossier, il est demandé aux préfets de présenter des schémas de délestage (vers des sites prioritaires) permettant de réduire à 38% la consommation dans les zones concernées. La cellule interministérielle de crise travaille sur l'hypothèse que six à dix délestages seront nécessaires sur la période, et des délestages de deux heures touchant six millions de personnes en même temps.  

Directives gouvernementales

En tout en France, 14 000 sites seraient définis comme prioritaires.  Les coupures pourraient concerner 60% de la population, mais ne doivent donc toucher aucun site critique ou client prioritaire. L'exécutif annonce par ailleurs réfléchir avec le ministère de l'Éducation nationale à fermer le matin les écoles qui seraient dans des zones concernées par les coupures. Les collèges et lycées pourront également être touchés par des coupures en soirée. Le gouvernement ne veut pas que les écoles soient ouvertes sans lumière, sans chauffage et sans dispositif d'alarme.

Le texte, qui concerne le territoire métropolitain sauf la Corse, reliée à l'Italie et qui dispose de sa propre production électrique, sert à "finaliser la préparation du pays" même si des délestages tournants, de maximum deux heures, restent à ce stade une hypothèse, notamment en janvier si l'approvisionnement en électricité vient à poser problème. 

          

Des coupures lors des pics

Dans la pratique, une partie de la population ne sera jamais délestée car prioritaire, ou raccordée par chance à une ligne prioritaire, "ce qui concerne 40% des gens", selon le gouvernement, ajoutant que les délestages ressembleront aux taches d'une "peau de léopard". Il n'y aura aucun département délesté en entier, mais seulement des parties minoritaires du territoire, jamais deux fois les mêmes personnes et aucun des quelque 3 800 patients à haut risque dépendants d'un équipement médical à domicile branché sur le secteur. Dans tous les cas, les coupures auraient lieu aux moments des pics de consommation, entre 8H et 13H le matin, et entre 18H et 20H le soir.

Un signal EcoWatt rouge serait émis trois jours à l'avance, permettant de savoir ensuite avec un jour d'avance quels départements seraient concernés, puis de savoir à 17H00 la veille qui est concerné par les coupures en renseignant son adresse sur un site internet d'Enedis et de RTE, qui gèrent le réseau français de transport et de distribution de l'électricité: "L'idée est que personne ne soit surpris", souligne la source gouvernementale.

        

Incertitudes

Au gouvernement, une cellule interministérielle travaille aussi sur un scénario de black-out plus large, mais sans y croire. Reste que des incertitudes demeurent, selon l'intensité du froid hivernal, et le comportement de la Russie. La France est exposée à des risques de coupures suite à des besoins électriques européens exceptionnels, alors que la Russie a réduit ces livraisons de gaz à l'Europe depuis plusieurs mois, dans le contexte de guerre qu'elle livre en Ukraine. Dans le même temps, le niveau de production d'électricité nucléaire française est au plus bas. La moitié de son parc de réacteurs est indisponible en raison de maintenances programmées mais parfois prolongées, ou de problèmes de corrosion.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité