"Comme des lionnes", les filles de l'Olympique Lyonnais retracent l'histoire du foot féminin

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Et si le foot était aussi un sport de gonzesses ? Un vrai sport de vraies gonzesses. De celles qui portent des valeurs, de celles qui ont autant le souci de l'autre que celui de la gagne. C'est tout le propos de "Comme des lionnes". Le film de Farid Haroud retrace l'histoire du foot féminin né à Lyon dans les années 70. Remarquable.

C'est une histoire de femmes. De femmes remarquables. Elles ne sont ni astronautes, ni prix Nobel. Leur combat à elles, c'est le ballon rond. Celui que les hommes leur a interdit si longtemps : le ballon de foot.

Aujourd'hui, quand on parle des filles de l'OL, on parle des meilleures joueuses du monde comme d'une évidence. Mais personne ne se doute de la ténacité qu'il a fallu à des générations de femmes pour en arriver là. Et encore moins que le foot féminin est né dans un bistrot lyonnais. Celui de Madame Toutain, entraîneuse et dirigeante du club de foot des filles de Sainte-Foy-les-Lyon. Son bar était le siège de l'Olympique Lyonnais. S'y retrouvaient les dirigeants, les joueurs, les contrats y étaient signés et comme le dit Stéphane Benas, le conservateur du musée de l'OL : " Madame Toutain faisait partie du comité directeur du club sans en avoir le titre".  En février 1970, la patronne impose son équipe, la première équipe féminine, en lever de rideau d'un match de l'OL.

C'est parti comme ça et ça aurait pu aller aussi vite que pour les garçons. Mais c'était des filles. Alors ça a pris un peu de plus de temps. Des décennies en fait avant qu'on ne les prenne au sérieux.

" On nous avait refilé un vieux jeu de maillots, on s'entraînait sur un parking pas goudronné... C'est sûr, on ne coûtait pas cher ! "

Dominique Rinaudo,

première licenciée du FC Lyon

Les anciennes se souviennent : " On nous a donné un vieux jeu de maillots de minimes délavés et dépareillés, les ballons dont les seniors ne servaient plus. On aurait dit des poires. On s'entraînait sur le parking qui n'était pas goudronné et on a eu un entraîneur que les seniors ne voulaient plus. On ne coûtait vraiment pas cher ! "

À cela, il faut ajouter l'incertitude. Les filles devaient se battre sur le terrain et dans le club pour être sûres d'être encore présentes l'année suivante. Dans le foot, elles avaient la même place que dans la société : des seconds rôles sur fond de misogynie. Celle des commentateurs sportifs, comme Thierry Roland, qui dans une émission télévisée déclare : " Je suis contre le foot féminin sauf si dans le reportage, on les voit sous la douche...".

Voilà dans quel monde s'est développé le foot féminin. " Je n'aime pas l'expression " foot féminin", dit le réalisateur Farid Haroud. Quand on parle de tennis par exemple, on ne précise pas le genre. On donne juste les noms. Et si le foot est un sport universel, comme on aime à le clamer, il ne peut écarter de ses terrains un groupe qui représente plus de la moitié de l'humanité. "

Quand Stéphanie Lambert, joueuse du FC Lyon, est en 1991 la meilleure buteuse du Championnat de France, la Fédération Française de Football lui fait parvenir ses félicitations, un pin's et un maillot. 

" Elles ont été fortes mentalement. Bien plus que des garçons ne l'auraient été. "

Selma Bacha, footballeuse à l'Olympique Lyonnais

Selma Bacha est défenseur à l'OL. Quatre titres en ligue des champions, quatre en championnat de France, un en coupe de France. Avec ses yeux de jeune femme, elle découvre, un peu effarée, l'histoire du club auquel elle appartient : " Elles en ont bavé. Elles ont été très fortes mentalement. Sûrement bien plus que des garçons."

Et en même temps, Wendy Renard, l'actuelle capitaine de l'OL et de l'équipe de France, raconte que lorsqu'elle est arrivée à Lyon : " On n'avait pas de maillots de l'OL pour s'entraîner. Chacune venait avec ce qu'elle avait. On se serait cru dans un club de district ! "

Le club est pourtant déjà titré, mais il faudra le premier titre de championne d'Europe en 2011, pour que les joueuses gagnent le respect qu'elles méritent et l'intérêt des médias. Les mentalités commencent à changer. Le patron de l'OL, Jean-Michel Aulas sera, par son action, un précurseur dans la prise en compte des équipes féminines : " Quand il a fallu développer les terrains d'entraînement, moi, j'ai voulu que les filles et les garçons soient traités de la même façon. Pareil pour le centre de formation.

" Ça a bien fait grincer quelques dents quand on a donné le même budget aux filles qu'aux garçons, raconte Camille Abily, entraîneur adjoint de l'OL. Au niveau des terrains, on a ce qui se fait de mieux. Quand on discute avec les autres staffs, on est presque gênées".

De l'autre côté de l'Atlantique, près de Seattle, il est d'autres joueuses de l'Olympique Lyonnais. En 2020, Jean-Michel Aulas s'offre, pour 3 millions d'euros, le club de Tacoma. Une porte d'entrée au pays du foot féminin où, pour les joueuses, la référence, c'est Lyon.

" De toute évidence, l'OL représente l'engagement vers l'excellence " déclare Megan Rapinoe dans le film. Et pour la capitaine de l'équipe de l'OL Reign et de l'équipe des USA, l'engagement n'est pas un vain mot. C'est elle qui, en 2022, a obtenu l'égalité des salaires hommes-femmes dans le monde du foot américain. " L'Olympique Lyonnais, c'est le meilleur club du monde, renchérit Jessica Fischlock, milieu de terrain. Si l'on considère l'histoire du club et son palmarès, c'est ce que l'on fait de mieux ."

À Lyon, les joueuses savent ce qu'elles doivent à celles qui les ont précédées. Tout comme elles savent ce qu'elles sont en train de transmettre à celles qui suivront : l'excellence, l'esprit d'équipe, la solidarité, la sororité. Il y a une réelle conscience de l'autre chez toutes les femmes qui témoignent dans ce film. Sans frime, avec sincérité et fierté.

" Je fais des films pour qu'un maximum de gens puissent mieux comprendre, mieux se comprendre."

Farid Haroud, réalisateur

" Comme des lionnes ", un film féministe ?  : " Je me vois mal ou plutôt, je m'entends mal dire que ce film est féministe. C'est à ceux qui le regarderont de le dire. Et s'ils le disent, je n'en prendrai pas ombrage, précise Farid Haroud. Je fais des films pour qu'à la fin un maximum de gens puissent mieux comprendre, mieux se comprendre. Je suis juste un traducteur de situations que je pense avoir comprises. C'est un film qui souligne encore une fois une injustice et là, c'est une injustice qui touche d'abord les femmes."

" Comme des lionnes" parle de foot, de maillots mal ajustés, de combats, de solidarité et de sororité. Un film sur la transmission aussi. Et pas besoin d'aimer le foot pour le regarder.

"Comme des lionnes " de Farid Haroud, une coproduction La Casquette Productions/Francetv sera diffusé le jeudi 8 juin à 23H45 sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes dans la case documentaire La France en Vrai et déjà disponible sur france.tv

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