Jeffrey Touroute-Thomas est un cavalier au palmarès impressionnant. Mais ne lui parlez pas d'équitation classique ou de saut d'obstacles. Ce qui le fait vibrer, c'est le reining, une discipline de l'équitation western. On l'a rencontré dans un ranch de Lentilly, près de Lyon. Mémorable. #VOST.
A la simple vue du jeune cavalier, on prend une grande bouffée d'air frais. Et pourquoi pas un coup de vent venu des grandes plaines américaines. Son nom est Jeffrey Touroute-Thomas. C'est d'abord une démarche assurée qui décoiffe. Ensuite des yeux pétillants quand il parle du reining. D'un clin d'oeil, on adore replonger dans les clichés qui parlent de westerns, de hors-la-loi et de desperado. Mais ce qu'on ne soupçonnait pas en partant à la conquête de l'ouest dans le lyonnais, c'est qu'on allait tomber sur une véritable pépite.
Il était une fois dans l'ouest ... lyonnais
Jeffrey n'est pas un cowboy de pacotille ou de cinéma. A 25 ans, ce petit gars venu de Normandie est bel et bien la star montante du reining sur le vieux continent. Cette discipline de dressage fait partie de l'équitation western. Cavalier-entraîneur dans un ranch de Lentilly, sa renommée a largement dépassé les barrières de la région. Et la réputation de Jeffrey Touroute-Thomas est loin d'être usurpée. Derby, Futurity... ses nombreux trophées parlent pour lui. Le cavalier a accumulé les titres de champions de France et d'Europe. Ils valent bien une scintillante étoile de sherif. Lorsqu'on a rencontré Jeffrey, il venait tout juste de remporter un nouveau titre en Autriche mi-août. Même s'il ne se considère pas comme un champion, c'est lui qui fait régner la loi, bien au-delà de la frontière !
Ma dernière victoire : le deuxième plus gros Futurity pour les chevaux de trois ans en Europe. J'ai gagné les deux plus importants levels.
Tout a commencé pour le Kid dans l'élevage de chevaux américains de ses parents. Il avait 12 ans lorsqu'il a découvert le reining grâce à un entraîneur venu travailler dans le centre d'équitation américaine crée par ses parents. En selle, l'adolescent a fait l'apprentissage d'autres sensations que celles procurées par l'équitation classique. Le jeune homme a préféré prendre ses distances avec une pratique aux codes plus académiques et surtout centrée sur le saut d'obstacles. "Le reining, ça m'a tout de suite plu. J'ai préféré l'équitation américaine avec ses figures imposées," explique simplement Jeffrey.
Maîtrise, puissance et élégance
Mais ne vous risquez surtout pas à dire que le reining, c'est de l'équitation de manège. Le contrôle, la puissance et l'élégance en sont les trois piliers. "Peu importe le type d'équitation, ce qui compte finalement c'est le lien que l'on crée avec le cheval. Equitation classique ou reining, c'est exactement le même," assure le jeune homme.
Et le décorum, façon western, ce n'est pas un peu exagéré? "On a le chapeau de cowboy revisité, la ceinture avec la boucle, la chemise manches longues bien attachée et les chaps qui donnent un peu le côté cowboy et folklorique. C'est ce qui fait le charme de la compétition," explique Jeffrey, nullement désarçonné par l'impertinence de la question.
Aiguillonné par des sensations fortes ...
Hameçonné par des victoires précoces en compétitions, Jeffrey a très vite compris que le reining allait devenir plus qu'un loisir pour lui. Ses victoires ont été le déclic. Ce qui le fait vibrer depuis toujours dans le reining : "quand le travail paye", la liesse dans les tribunes et sutout le ressenti en selle.
J'aime sentir le vent et la vitesse... Le sentiment de contrôle quand on demande au cheval de ralentir fort, c'est très impressionnant.
Bien droit dans ses bottes, Jeffrey est intarissable quand il évoque sa passion. "Dans les figures comme les Spins (les rotations sur les postérieurs), on ressent les quatre jambes du cheval". Sa figure préférée est incontestablement le sliding stop. "On se sent un peu comme à la patinoire, ça glisse!". Développer la glisse du cheval, lui donner de l’assurance et de la confiance, le cavalier doit faire corps avec sa monture. Privilège, on a le droit à une petite démonstration : un spectaculaire arrêt-glissé sur les postérieurs qui fait voler la poussière autour du cavalier et de sa monture.
Pour parvenir à ces figures millimétrées, le reining exige un cavalier calme et une monture placide. Le cheval de prédilection est le quarter horse, un cheval américain, "à l'origine, le plus rapide sur une course d'un quart de miles", d'où son nom. "C'est un cheval qui a énormément de puissance à l'arrière-main et qui lui permet de faire ces figures," précise le garçon aux éperons. On n'en doute pas. Si le reining nécessite une monture calme, il en va nécessairement de même pour le cavalier. Derrière son visage tranquille, le jeune homme avoue en riant être un peu "tête brûlée", avec même une pointe d'esprit de contradiction.
Le rêve américain
L'équitation est une passion dévorante mais aussi un travail à temps plein. Le cavalier entraîneur passe le plus clair de son temps à s'occuper d'une dizaine de chevaux par jour : il faut les préparer, les soigner, les panser, les monter. "Honnêtement, je ne fais pas grand-chose à part monter à cheval. Pas de vélo, pas de foot. J'aimerais aller à la pêche plus souvent mais malheureusement, je n'ai pas le temps. Et quand j'ai le temps, il pleut!" explique-t-il fataliste. Ne l'appelez pas Lucky Jeffrey !
Le rêve de Jeffrey Touroute-Thomais serait aujourd'hui de partir à la conquête de l'Ouest. En clair : participer au Futurity qui se déroule aux Etats-Unis. "C'est le plus gros concours qui se déroule aux Etats-Unis avec des jeunes chevaux. C'est la compétition la plus attendue de l'année, c'est notre Graal à nous," résume le jeune cavalier. Outre les montants remportés, les enjeux sont énormes : la compétition consacre le meilleur entraîneur de jeunes chevaux. Se faire prêter une monture sur place avec le risque de manquer de temps pour s'entraîner ou acheminer son cheval sur le territoire de l'Oncle Sam, la participation a un coût. "Mais un rêve n'a pas de prix", conclut le jeune homme.
L'équipe de #VOST a rencontré Jeffrey Touroute-thomas, un grand cavalier modeste... quelque part dans l'ouest Lyonnais.