Intelligence artificielle : deux chercheurs au CNRS de Lyon ont adapté la reconnaissance faciale... pour les girafes

Un chercheur et un ingénieur lyonnais ont adapté un procédé, utilisé notamment par Facebook, pour faciliter la reconnaissance de l'identité des girafes, sans avoir à les capturer. Leur système sait tout simplement reconnaître les pelages des animaux.

Un algorithme mis au point par deux scientifiques lyonnais sait distinguer les girafes et les reconnaître automatiquement
Un algorithme mis au point par deux scientifiques lyonnais sait distinguer les girafes et les reconnaître automatiquement © Lilia Khelfaoui / FTV

Deux laboratoires du CNRS Rhône-Auvergne, basés à Lyon et Montpellier, participent depuis plusieurs années au suivi écologique du parc d'Hwange, au Zimbabwé. Leur travail, en collaboration avec plusieurs institutions internationales, comme l'université d'Oxford, consiste à suivre la démographie, le comportement des animaux qui évoluent dans cette partie de l'Afrique.

"On utilise plusieurs techniques" raconte Vincent Miele, ingénieur de recherche au laboratoire lyonnais de biométrie et biologie évolutive. "On peut essayer, par exemple, de marquer les animaux comme les girafes, les hyènes ou aussi des lions avec des colliers ou des puces. Mais on peut aussi avoir recours à un marquage photographique. Tout cela permet, par exemple, d'observer les temps de survie, ou les déplacements. Cela peut aussi concerner l'observation de groupes sociaux, ou de leur occupation des espaces" précise-t-il.

Une histoire de taches

Mais revenons à nos... girafes. Afin de pouvoir savoir ce que devient une girafe au bout de plusieurs années, avec qui elle vit, etc... Il est nécessaire de les identifier. "Pour y parvenir, on se base tout simplement sur le pelage. Vous pouvez faire l'essai dans un zoo. Il est possible de remarquer une ou plusieurs taches spécifiques sur le pelage d'une girafe, et donc de la reconnaître après plusieurs années. C'est très fastidieux, et assez long, surtout lorsque vous observez plusieurs dizaines d'entre elles sur des photos" reconnaît Vincent, qui a développé ce procédé avec un autre lyonnais, Christophe Bonenfant, chercheur au CNRS. 

"D'une girafe à l'autre, le pelage est forcément différent. Dès que vous avez des dizaines de spécimen, il devient impossible de toutes les mémoriser." Pour simplifier cette démarche, et permettre de reconnaître ces girafes sans être intrusif, les deux scientifiques du CNRS de Lyon ont donc développé une technique, à l'aide de l'intelligence artificielle, permettant à un ordinateur d'identifier les marques naturelles qui apparaissent sur les animaux.

Un algorithme capable de reconnaître une girafe

Le principe est simple : sur le terrain, des chercheurs prennent de nombreuses photos des girafes. "Lorsque ces milliers de photos arrivent au laboratoire à Lyon, on les soumet à un ordinateur capable d'identifier certains éléments dans les pelages, après en avoir enregistré plusieurs provenant d'un même animal. C'est une forme d'apprentissage. Au final, l'algorithme sera capable de déterminer s'il reconnaît une même girafe dans deux lieux ou deux époques différents. " explique l'ingénieur. 

C'est la première fois que cette reconnaissance adaptée au pelage des girafes est mise au point à grande échelle. Ce qui ouvre des perspectives: "Cela pourra être utilisé pour d'autres animaux. D'autres laboratoires envisagent déjà de reproduire le concept sur des zèbres. Chaque année, on pourra ainsi récupérer plusieurs milliers de photos, et les soumettre à l'intelligence artificielle, pour enrichir nos bases de données."

Un procédé déjà utilisé... par Google et Facebook

Les mêmes techniques d'intelligence artificielle sont déjà utilisées pour la reconnaissance des objets et de l'humain, notamment par les grands mastodontes du numérique comme Google ou Facebook. Elles ont simplement été adaptées pour être efficaces sur le pelage animal. Le principe vient d'être publié dans une revue scientifique "Methods in Ecologie and Evolution" qui fait référence au niveau mondial. C'est donc, on peut le reconnaître, un joli... cou(p). 

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