La "tête pensante" présumée d'un réseau de trafiquants de drogue rejugée à Lyon et condamnée à 11 ans de prison

Originaire de Rive-de-Gier, Rachid B., 48 ans, surnommé "tête d'ampoule", était rejugé les 13 et 14 septembre 2021 par la cour d'assises spéciale de Lyon pour trafic de stupéfiants en bande organisée. Sa cavale a duré 16 ans. Mardi après-midi, le verdict est tombé: 11 ans de prison.
© Christian Conxicoeur

Il était seul dans le box des accusés. Agé de 48 ans, Rachid B. était rejugé par la cour d'assises spéciale de Lyon pour "trafic de stupéfiants en bande organisée". Il était soupçonné d'avoir été, il y a une vingtaine d'années, un acteur majeur du trafic de drogue entre le Maroc, l'Espagne, la région lyonnaise et la région stéphanoise. La justice l'a reconnu coupable et l'a condamné ce mardi 14 septembre 2021. Sa peine a cependent été allégée en appel : il se voit infliger 11 ans de réclusion criminelle et 100 000 euros d'amende.

Réquisitions 

Ce mardi 14 septembre 2021, l'avocat général a requis une peine de douze ans de réclusion criminelle et 300.000 euros d'amende contre le prévenu. Rachid B. "est le pivot central du réseau, le commanditaire", a insisté l'avocat général, reprenant les termes du jugement du tribunal correctionnel de Saint-Etienne, qui l'a récemment condamnéà huit ans d'emprisonnement pour d'autres faits de trafic. Le verdict était attendu ce mardi 14 septembre, dans l'après-midi.

Une décennie en cavale 

L'homme a été condamné en 2007 par défaut, à quinze ans de réclusion criminelle à Lyon. Le natif de Rive-de-Gier, dont la cavale a duré 16 ans, faisait l’objet de plusieurs mandats d’arrêts internationaux. En fuite depuis 2003, il a été arrêté en mars 2019 dans un hôtel du petit village de la Jonquera, à la frontière avec la France. Après son interpellation,  Rachid B. a pu faire opposition au jugement, et obtenir le droit d'être rejugé. Ce nouveau procès a débuté ce lundi 13 septembre 2021, à Lyon.

Rachid B.était considéré au début des années 2000 comme un acteur majeur du trafic de cannabis entre l'Espagne et la région lyonnaise. Une réputation que ce natif du quartier populaire de la Madeleine à Rive-de-Gier, conteste. "On me voit comme porteur, ouvreur, si j'étais le patron je n'aurais pas fait ça, cette affaire ce n'est pas ce que les policiers veulent dire de moi", a déclaré l'accusé, au début de son procès ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Lyon. Il nie être "donneur d'ordre en contact avec tous les fournisseurs, la tête pensante de ce réseau" décrit par le directeur d'enquête.

Soupçonné d'être la tête pensante d'un réseau

Le quadragénaire était surnommé "Tête d'Ampoule" en raison de sa calvitie. L'accusation lui prête le rôle d'organisateur principal d'un réseau d'une vingtaine de trafiquants, déjà jugés, à qui les enquêteurs de la brigade des stupéfiants de la police judiciaire de Lyon imputent neuf convoyages de cannabis entre 2002 et 2004, générant un chiffre d'affaires de 3,5 millions d'euros. 

Selon les enquêteurs, le réseau a opéré par go-fast, puis par camions frigorifiques, pour assurer les transports présumés de cannabis. L'enquête a été marquée par la saisie de 950 kilos de cannabis en juillet 2003 dans un entrepôt de Corbas, près de Lyon. 

"C'était une époque de mutation du milieu lyonnais. Les trafiquants ont commencé par des go-fast puis ils ont utilisé des camions, moins voyants sur l'autoroute", a décrit à la barre Philippe Betton, ancien chef de groupe à la brigade des stupéfiants de Lyon.

Des investigations en Espagne et en Algérie ont révélé l'acquisition de résidences de luxe. Selon l'enquêteur de la PJ, entendu lundi matin, Rachid B. disposait "d'un palais sur quatre étages, estimé à trois millions par les autorités algériennes qui ont saisi le bien".

"je n'ai été qu'un intermédiaire"

A l'audience, le prévenu a relativisé son niveau d'implication, expliquant qu'il avait participé à des importations "pour rembourser les dettes" d'un groupe de complices, interpellés lors d'une première vague d'arrestations. "Je n'ai été qu'un intermédiaire", a également répété l'accusé aux magistrats. "C'est un nomade solitaire qui vit depuis vingt-cinq ans entre la France et l'Algérie", a plaidé en défense Me Roksana Nazersadeh. Aucun fait supplémentaire n'est apparu dans d'autres enquêtes durant sa cavale, il n'est pas en récidive, rien ne justifie une peine excessive "au-delà de dix ans", a encore estimé la pénaliste. Pour l'avocate, c'est un autre personnage non identifié, surnommé "le Patron" dans le dossier, qui a été le véritable fournisseur du réseau. 
 

 

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