Laurent Gonon : “L'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen nous rappelle la situation des verriers de Givors”

Depuis le début des années 2000, l'association des anciens verriers de Givors se battent pour faire reconnaître leurs droits / © France3 Rhône-alpes
Depuis le début des années 2000, l'association des anciens verriers de Givors se battent pour faire reconnaître leurs droits / © France3 Rhône-alpes

L'incendie qui a ravagé l'usine de produits chimiques près de Rouen le 26 septembre a fait réagir les membres de l'association des anciens verriers de Givors. Ils estiment que la vérité est loin d'être publique et qu'un préjudice d'anxiété doit être reconnu aux rouennais qui le souhaitent. 

Par Yannick Kusy

Les anciens verriers de Givors connaissent bien le sujet.
Largement victimes de cancers après avoir été exposés à des substances toxiques durant des années sur leur lieu de travail dans les années 60, ils mènent depuis le début des années 2000 un long combat pour faire reconnaître leur préjudice. 
Leur association s'est exprimée récemment dans une tribune publiée par le quotidien Libération pour alerter sur les risques à long terme courus par les personnes qui ont pu être exposées après l'incendie qui a détruit l'usine Lubrizol à Rouen. 
Explications de Laurent Gonon, leur porte-parole

Yannick Kusy : Vous lancez un appel. Vous estimez qu’il y a dans les réactions officielles à cette catastrophe une désinformation et des dissimulations. Que nous cache-t-on ?

Laurent Gonon : la situation à Rouen nous rappelle celle des verriers à Givors. C’est quasiment le même cocktail de produits hydrocarbures, amiante, etc que nous connaissons très bien.

YK : Pour vous, les termes employés du type « absence de toxicité aigüe » ou « suie » sont en fait un mensonge, voire un jeu de mots.

LG : Oui bien sûr. Depuis des années, nous avons le même discours en face de nous. Tous ces produits… que deviennent-ils à la chaleur, à haute température ? Là-dessus, nous n’avons aucun élément et, au bout du compte, des pathologies se développent, à long terme. On se « réjouit » qu’il n’y ait pas eu de morts à Rouen mais qu’adviendra-t-il dans dix, vingt ou trente ans ? C’est cela, la durée nécessaire pour voir apparaitre ces pathologies.

YK : Pour vous les dispositifs de type « Seveso » servent d’avantage à protéger les industriels contre d’éventuelles plaintes de riverains, que les victimes d’accident industriel. N’êtes-vous pas tenté d’entrer dans une théorie du complot ?

LG : Non. Il suffit de regarder les déclarations du Préfet et du Premier Ministre concernant Rouen, pour se rendre compte qu’il y a une volonté de camoufler les choses. Ecoutez : cinq mille tonnes de produits se sont volatilisés à cause de cet incendie, de la température. Sans oublier les 8000 m2 de toiture en amiante. Tout cela va laisser des traces dans les corps.

YK : Vous défendez une thèse. Vous dites que l’on devrait « avoir le droit d’avoir peur » de ces événements. Vous vous réjouissez que le « préjudice d’anxiété » commence à être retenu par la justice pour les salariés. Ça change quoi ?

LG : Dans son arrêt du mois de juillet, la cour de cassation va justement dans ce sens. Tous ceux qui ont été exposés à l’amiante, ou aux produits toxiques peuvent faire prévaloir un préjudice d’anxiété. C’est-à-dire que l’on sait que ces expositions conduisent à des développements de cancers et à la mort prématurée. Donc on a le droit d’être inquiets et de poser des questions. Les rouennais ont raison d’insister beaucoup pour savoir ce qu’on leur cache.

YK : les 14 et novembre, vous organisez un colloque à Givors, où vous souhaitez réunir les collectifs de salariés de toute la France.

LG : C’est un colloque scientifique, avec des salariés venus du monde des entreprises, mais aussi des chercheurs qui travaillent sur ces questions.
 

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