Le 20 novembre, France 3 Auvergne-Rhône-Alpes diffuse le documentaire "Allons enfants !" consacré à la classe défense du lycée des métiers Japy de Lyon. L'occasion d'évoquer avec le lieutenant-colonel Cochet, délégué militaire adjoint à la défense du Rhône, son rôle éducatif et d'encadrement auprès des 17 élèves en CAP qu'il a acompagnés pendant un an.

La classe défense du lycée des Métiers Japy de Lyon

À la rentrée 2015, en partenariat avec le Ministère de la Défense, le lycée des Métiers Japy a ouvert une classe "Défense et sécurité globale". Au cours de l'année scolaire 2016/2017, 17 élèves ont ajouté volontairement cette option à raison de deux heures par semaine en après-midi. La mise en place de ce projet pédagogique s'inscrit dans le cadre de la promotion de l'égalité des chances, un plan qui vise à favoriser l’insertion sociale et à participer à l’éducation à la citoyenneté. 

La caméra de Sylvie Perrin a suivi pendant près d'une année la promotion "Roland Garros", constituée d'élèves en 1ère année de CAP. Le documentaire témoigne de leur sentiment d'appartenance ou non à la France, de leur adhésion ou non aux lois qui régissent le pays, de leur rapport à la citoyenneté, aux valeurs de la République et à ses principes fondamentaux. On rencontre d'abord des jeunes en manque de repères, en froid avec l'autorité, des "enfants" qui jouent les gros durs... "Avec le temps, on découvre des personnages extrêmement complexes avec leurs failles mais aussi leurs grandes forces", explique le lieutenant-colonel Cochet, délégué militaire adjoint à la défense du Rhône, qui les a encadrés. 
Allons Enfants - Pourquoi l'armée ?

 

On ne peut pas déserter ce combat des idées, de la citoyenneté.

Le lieutenant-colonel Denis Cochet a derrière lui une carrière militaire de presque 30 années. Son parcours l'a vu occuper différents postes, que ce soit en commandement direct dans des unités opérationnelles ou au sein d'états-majors. Il a également été instructeur, avec notamment 5 années à l’école de cavalerie de Saumur. "J’ai toujours eu ce goût et cette appétence un peu particulière pour l’instruction", reconnait-il.
 
En qualité de délégué départemental adjoint à la Défense du Rhône, il a accompagné durant une année les 17 élèves du lycée professionnel Japy. C'est une expérience tout aussi inédite qu'instructive pour le gradé qui assume avoir abordé cette troupe originale "comme des enfants". "Je ne sais pas si c’est le mot qu’il faut employer mais il faut les aimer, j’en suis persuadé !", explique-t-il, "je ne dis pas qu’il faut les aimer comme ses propres enfants, c’est un peu compliqué, mais si on n'a pas une vraie et saine affection vis à vis d’eux, on ne peut pas les rejoindre".
Allons Enfants - Des trésors

 

Fracture sociale dans nos banlieues, chômage endémique, crise de l’apprentissage, décrochage scolaire, crise de l’autorité, rejets des institutions, l’enseignement est au centre du dispositif républicain, au centre des critiques aussi. Face aux difficultés rencontrées par les jeunes générations, pour répondre à cette incapacité, parfois, de s'inscrire dans un projet collectif, pour les aider à trouver leur place dans la société, il n'existe pas de solution miracle. La Classe Défense est une réponse parmi d'autres.

Il y a une soif de redéfinir ce que nous sommes.

 
"Le visage porté par la France, la lueur que représente la France, elle existe encore aujourd’hui", poursuit le lieutenant-colonel Cochet, "si on peut arriver à faire comprendre à ces enfants qu’ils sont des fils de France, qu’ils la portent désormais cette lueur, on peut les aider à découvrir en eux-mêmes ces richesses-là". 
Allons Enfants - Faire nation

 

La relation entre le militaire et les élèves de la classe Défense a évolué sous l'égide d'un respect mutuel qui s'est instauré au fil de l'année. Chacune des parties découvrant comment elle pouvait apprendre de l'autre. "À titre plus personnel, j’aime beaucoup le contact avec les adolescents", raconte le gradé, "plus c’est compliqué, plus c’est intéressant".

Chacun a une flamme au fond des yeux qui est une flamme d’ados qui vivent.


Au gré des discussions, des visites, des expériences de cohésion, les certitudes tombent. "Quand on fait cet effort d’aller les chercher un par un, on découvre des trésors. Ils ont tous quelque chose de magnifique, parfois d’un peu enfoui, volontairement enfoui J’imagine…", ajoute Denis Cochet, "Il y a un besoin de se protéger, de protéger ce qu’on a au plus profond, protéger sa sensibilité, de protéger ses faiblesses… Donc, on protège tout ça par des attitudes  excessives, par des comportements excessifs, par des tenues excessives… Mais chacun a une flamme au fond des yeux qui est une flamme d’ados qui vivent".
Allons Enfants - L'éducation

 

Pour redonner de l'espoir à ces enfants de la nation, la présentation et l'explication des valeurs de la République sont un passage évident. "En fait, Liberté, Égalité, ce sont deux piliers, et Fraternité c’est le chapeau", présente simplement le lieutenant-colonel Cochet, un chapeau "qui permet à la Liberté et à l’Égalité de se déployer correctement". Le recours aux symboles permet d'avancer sur le chemin de l'intégration à condition de contextualiser leur signification par leur origine.

En fait, Liberté, Égalité, ce sont deux piliers, et Fraternité c’est le chapeau.

 
Ainsi, La Marseillaise, de prime abord, peut heurter et "si on ne prend pas le temps de l’explication on est à côté de la plaque ! Il y a un besoin de lecture historique des paroles qui étaient chantées par des hommes incarnés, ce n’était pas des idées", rappelle-t-il. Avant de devenir hymne national, c'était un chant pour des hommes qui allaient au combat, "ils avaient besoin d’un chant pour les galvaniser ! Les paroles sont très datées, si on n'explique pas aujourd’hui les paroles d’il y’a 200 ans, on les comprend mal". 
Allons Enfants - La Marseillaise

 

À l'issue de cette année scolaire, le lieutenant-colonel Denis Cochet affiche un sentiment de satisfaction. "Je ne sais pas ce qu’il en restera mais je trouve que l'urgence de la transmission me paraît absolument indispensable et, en menant ces actions, je sais bien que c’est tout petit, que ça va toucher 15, 20 élèves, je n’ai pas l’impression qu’on est à côté de la plaque", constate-t-il.
 
Pour l'officier, il est "extrêmement important" que l'armée apporte son soutien à l’Éducation nationale dans ce combat particulier qu'est celui des idées, de la citoyenneté, un combat qu'on "ne peut pas déserter". Il termine : "à ces jeunes qui ne se sentent pas toujours Français, je pense que le vrai défi c’est de leur dire - mais vous l’êtes !"