A Lyon, danser encore et toujours comme un acte de résistance du ballet de l’opéra

Le ballet de l'opéra de Lyon frappe fort pour la réouverture de la grande scène. La nouvelle directrice, Julie Guibert propose 7 solos pour 7 danseurs par 7 chorégraphes différents. Le chiffre parfait pour une rentrée pleine de talents. Courez vous recharger en énergie.

en haut : Azul de Kylie Walters avec Anna Romanova, 
en bas de gauche à droite : Deepstaria de Mercedes Dassy avec Maeva Lassère, Period Piece de Jan Martens avec Kristina Bentz et Terrone de Yuval Pick avec Marco Merenda
en haut : Azul de Kylie Walters avec Anna Romanova, en bas de gauche à droite : Deepstaria de Mercedes Dassy avec Maeva Lassère, Period Piece de Jan Martens avec Kristina Bentz et Terrone de Yuval Pick avec Marco Merenda © Charlène Bergeat
7 solos pour 7 visages de la danse. Pour un premier lever de rideau sur la rentrée, les danseurs du ballet de l’opéra de Lyon montrent que la danse est bien vivante. La soirée s’intitule « Danser Encore », comme une nécessité, un besoin irrépressible d’exercer son art. On peut comprendre cet appétit du mouvement pour des danseurs après le confinement des corps, à l’instar des sportifs de haut niveau.

7/7

Ce programme composé de 7 solos de danse imaginés par 7 chorégraphes différents est aussi une façon pour la nouvelle directrice du ballet de l’opéra de Lyon de signer sa rentrée. Julie Guibert a ainsi donné l’occasion à sept des danseurs de sa compagnie de montrer toute leur personnalité en travaillant de façon très particulière avec de jeunes chorégraphes. Une première soirée qui devrait en comporter d’autres au fil des saisons pour offrir aux trente danseurs de la compagnie l’occasion de ces moments singuliers.
En ces temps où la distanciation physique est de rigueur, comment aborder la danse ? Le solo s’est imposé mais au-delà du procédé, les rencontres se sont vraiment nouées. D’échanges en visio-conférence, aux répétitions à distance puis sur le plateau, des complicités entre danseurs et chorégraphes ont fait naitre de très grands moments de danse.

7 moments de danse inédites

    Le premier solo pour Kristina Bentz imaginé par Jan Martens est composé en trois parties musicales : vite, lent, vite, comme un concerto. Le troisième mouvement emporte littéralement la danseuse dans un univers plongé dans une couleur orange solaire.

    2e séquence imaginée par le directeur du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick. Il a fait émerger chez son interprète, Marco Merendo, ses racines italiennes profondes. Sa danse englobe toutes les évocations de gestes de danses folkloriques du sud de l’Italie. Ni tout à fait folklorique, ni tout à fait contemporain. On en oublie l’absence d’autres danseurs pour un plaisir bien réel et bien visible de ces danses festives.

    3e solo que j’intitulerai bien volontiers magie noire et bleue. Noir car les mouvements proposés par Bintou Dembélé à Merel van Heeswijk ont un air africain. La danseuse ajoute aux mouvements circulaires  très amples de ses bras ceux de sa longue chevelure, comme un accessoire proche d’un masque rituel. Quant au bleu je vous laisserais découvrir pourquoi sur scène.

    Le 4e moment dégage un pur bonheur de danser de la part de Yan Leiva guidé par Ioannis Mandafounis. Sur l’immense scène dégagée de tout accessoire et rideau il arrive par une porte de service en fond de scène, tenue de répétition, jogging, tee shirt, tout en sueur, donnant l’impression qu’il a déjà beaucoup dansé dans une autre salle du bâtiment en attendant. Il embrasse avec gourmandise l’immense espace qui lui est offert. Quelle joie de voir ainsi un artiste heureux d’exercer tout son art.

    Le 5e solo marque une rupture plus radicale. La chorégraphe Mercedes Dassy présente la danseuse Maeva Lassère comme un être post apocalyptique. Et c’est vrai que ce corps un peu disloqué au sol devant un miroir garni de barres de néons horizontales est agité de soubresauts, de mouvements lents qui rappellent la danse Buto née après la bombe d’Hiroshima. Etre étrange et danse inquiétante.

    La 6e interprète, Julia Carnicer guidée par Jone San Martin nous fait vivre avec drôlerie une sorte d’accouchement sur fond d’attitudes de danse classique. Le public est directement interpelé. Très nature.

    Enfin pour conclure,  Anna Romanova campe une silhouette tout droit sortie d’un générique d’un film de James Bond mâtinée d’imagerie rock. Kylie Walters a imaginé un personnage au corps en partie dénudé et peint de bleu électrique, guitare basse en bandoulière. Danseuse sur pointe virtuose un peu dans l’esprit des danses imaginées par William Forsythe.

Energie puissance 7

Comme dans les films à sketches, on pourrait tomber dans le piège de vouloir comparer les différentes parties. Inutiles. Toutes présentent de fortes personnalités de la danse, abouties ou en devenir. Un vrai bonheur de retrouver des danseurs sur une scène. Courez vous recharger en énergie auprès de ces très beaux interprètes. On  a hâte de voir le reste de la compagnie sur la scène pour cette saison un peu inédite..

« Danser Encore, 7 chorégraphes, 7 danseurs » jusqu’au 27 septembre à l’opéra de Lyon.
Rite de passage de Bintou Bembélé avec Merel van Heeswijk
Rite de passage de Bintou Bembélé avec Merel van Heeswijk © Charlène Bergeat


 
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