Lyon : entre 4 et 7 ans de prison requis pour l'arnaque à la Madoff de 23 millions d'euros

Après 7 ans d'enquête, c'est un procès hors-norme d'escroquerie "à la Madoff", qui se déroule en ce début 2021 à Lyon. Plus de 500 victimes d'Exelyum sont parties civiles. Face à elles, une vingtaine de prévenus poursuivis pour escroquerie ou complicité. Montant de l'arnaque : 23 millions d'euros.

Plus de 500 parties civiles dans un procès pour "escroquerie en bande organisée" qui se tient jusqu'à la fin de la semaine à Lyon - janvier 2021
Plus de 500 parties civiles dans un procès pour "escroquerie en bande organisée" qui se tient jusqu'à la fin de la semaine à Lyon - janvier 2021 © Yaëlle Marie

Derrière la présidente de la 17ème chambre correctionnelle du TGI de Lyon : un mur de dossiers. Ce sont ceux des victimes d'une vaste escroquerie financière, de type chaîne de Ponzi, estimée à 23 millions d'euros. En tout, 542 personnes se sont constituées parties civiles, abusées entre 2010 et 2013. Face à elle, une vingtaine de prévenus. Parmi eux : Jean-Pierre N, considéré comme le "cerveau" de l'arnaque pyramidale, via sa société Exelyum, déjà condamné à Monaco. Marc-Antoine A.D.V., un jeune trader renommé et au nom de famille connu. Et puis, il y a Stéphane B., gérant d'une société basée à Dardilly, dans le Rhône, et qui a attiré l'attention de l'Autorité des Marchés Financiers, entraînant toute l'enquête aboutissant à la tenue de ce procès à Lyon.

Mercredi 13 janvier, au huitième jour d'audience, le procureur de la République a requis des peines de prison allant de 4 à 7 ans pour les six principaux instigateurs présumés de l'arnaque. 7 ans d’emprisonnement et une amende de 12.500 € ont été requis à l'encontre du "cerveau" présumé, Jean-Pierre N. Pour le trader Marc-Antoine A.D.V., 6 ans d'emprisonnement. Et pour Stéphane B, le gérant de la société basée dans la métropole de Lyon, la peine réclamée est de 5 ans. Le jugement sera rendu le 12 mars 2021.

"Des économies de toute une vie, envolées"

Le procès qui s'est ouvert le 4 janvier 2021 est d'une ampleur assez inédite, singulière par son nombre de victimes et l'ampleur des sommes en jeu. "C'est colossal, ce n'est pas du jamais-vu, mais ça ne se présente pas toutes les semaines devant les chambres correctionnelles, et à ce titre-là, il y a beaucoup d'enjeu, notamment pour les victimes que je représente", indique Me Jean Antony.

Comment fonctionnait l'arnaque ? Des conseillers financiers, des chargés de gestion de patrimoine, proposaient un placement "Exelyum", du nom d'une société créée aux Seychelles par Jean-Pierre N. L'investissement se veut prometteur, avec un taux mirobolant de 3% d'intérêts mensuels. En guise de garantie, l'argent placé est supposé sous séquestre. Mais l'affaire est en fait basée sur un schéma de type Ponzi. "Cela fonctionne sur la base d'un montage attractif, avec un certain nombre de garanties qui sont proposées. Et ensuite, les investissements de ceux qui rentrent servent à payer les intérêts de ceux qui sont déjà là", nous décrit l'avocat du barreau de Lyon. 

Parmi les dossiers, il y a des personnes retraitées, isolées, seules, qui ont investi 20.000 euros, ce qui représentait l'intégralité de ce qu'ils avaient mis de côté. Et à ce titre là, ça fait huit ans qu'ils attendent que les 20.000 euros puissent être restitués, tout ou partie.

Me Jean Antony, avocat de près de 300 parties civiles

Pour certaines victimes, ce sont les économies d'une vie qui se sont envolées. Certains ont tout perdu, "leurs économies de 20, 30, 40 ans de labeur". D'autres étaient des épargnants plus aguerris, mais qui ont, malgré tout, été dupés par un système bien huilé. Si bien organisé même, que l'escroquerie, l'arnaque était "indétectable" disent certains prévenus pour se défendre.

Des prévenus qui se présentent aussi en victimes

L'affaire aux ramifications internationales a commencé aux portes de Lyon. À Dardilly, où est basée une société qui fait essentiellement dans l'immobilier, mais qui s'était aussi diversifiée dans la finance. L'entreprise est gérée par Stéphane B. Celui-ci est aujourd'hui poursuivi pour escroquerie en bande organisée, comme 15 autres prévenus. L'homme avait attiré l'attention de l'Autorité des Marchés Financiers, qui l'avait sanctionné en 2015, pour avoir proposé le produit "Exelyum", alors que celui-ci était déjà dans le collimateur pour "des incohérences".

Stéphane B., est considéré comme "un apporteur d'affaires". Selon l'ordonnance de son renvoi devant le tribunal correctionnel, il a collecté plus de 7 millions d'euros auprès de 113 investisseurs. Selon l'instruction, il "s'est tacitement associé à l'escroquerie", et a été placé sous contrôle judiciaire dans l'attente de ce procès et du jugement.

Me David-Olivier Kaminski, qui assure sa défense, présente une toute autre version. L'entrepreneur a commercialisé le produit financier courant 2013, trois ans après l'apparition d'Exelyum, souligne l'avocat. "On n'est donc absolument pas sur l'initiateur, le concepteur et le premier diffuseur du produit". Stéphane B. base également sa défense sur des investissements réalisés dans des conseils juridiques pour mener des vérifications sur le système de placement.

Il n'a jamais perçu la moindre euro de commission, il ne s'est pas enrichi. Il a été malgré lui, et sans le savoir, un des acteurs de ce système. Mais un acteur passif, qui n'a pas eu la conscience qu'il pouvait participer à une telle escroquerie. Il en est lui-même la victime et s'est d'ailleurs constitué partie civile.

Me David-Olivier Kaminski, avocat d'un prévenu lyonnais

Autre prévenu, se posant en victime d'un employeur peu scrupuleux : Marc-Antoine A.D.V est trader. Son activité : placer des fonds qui sont mis à sa disposition. Il est approché par le principal prévenu dans cette affaire, alors qu'il s'attèle essentiellement à la formation. Jean-Pierre N. l'embauche. "Il n'a eu à aucun moment de contact direct avec des investisseurs. Il s'est contenté de son rôle de trader, et ça s'arrêtait là", dit pour sa défense, Me Jean-Denis Flori. L'avocat va d'ailleurs plaider la relaxe pour son client, sur la base de sa renommée et d'un nom réputé.

Mon client, il est tout, sauf bête. C'est le petit-fils d'un grand écrivain. S'il avait su qu'il s'agissait réellement d'une escroquerie, il n'aurait pas mis en avant son nom et risqué de salir éventuellement la réputation de sa famille !

Me Jean-Denis Flori, avocat d'un trader

Après l'incarcération de son patron de l'époque à Monaco, le trader avait fini par quitter son poste en juillet 2013, précise l'avocat niçois. Mais un mois plus tard, le parquet de Lyon ouvrait à son tour une enquête. Le trader était mis en examen, et même placé un temps en détention provisoire.

Le Madoff français

Jean-Pierre N. est considéré comme le cerveau de cette escroquerie menée un peu partout en France. Il est le PDG d'Exelyum, enregistrée aux Seychelles, une société aux ramifications internationales. Dans cette affaire, les comptes en banque sont nombreux, à l'étranger, passent par l'Angleterre, Chypre, les Iles Vierges, la Lettonie, les Etats-Unis, ou encore le Panama. 

Jean-Pierre N. avait été épinglé par la justice en 2012, à Monaco. Pour avoir implanté une salle de marché illégale dans la principauté, il est alors inculpé pour "activité de gestion de portefeuilles sans agrément", et incarcéré en novembre 2012.
Le voici de nouveau sur le banc des prévenus, à Lyon. L'escroquerie est estimée à 23 millions d'euros, et compte 542 victimes dans toute la France. Après les réquisitions prévues à partir de mercredi, le procès devrait se terminer le vendredi 15 janvier, après 10 jours d'audience. Les prévenus encourent jusqu'à 10 ans de prison.

 

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