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Des migrants du centre de rétention de Lyon dénoncent leurs conditions de vie

A l'intérieur du centre de rétention de Lyon, les migrants évoquent des "violences physiques", "des insultes répétitives" ou des "refus de soins". Ils réclament "un changement de situation" . / © Jeff Pachoud / AFP
A l'intérieur du centre de rétention de Lyon, les migrants évoquent des "violences physiques", "des insultes répétitives" ou des "refus de soins". Ils réclament "un changement de situation" . / © Jeff Pachoud / AFP

Dans une lettre ouverte datée du 2 juillet, plus de 70 personnes en situation irrégulière, retenues dans le Centre de Rétention de Lyon Saint-Exupéry, dénoncent leurs conditions de vie à l'intérieur du site. Elles affirment avoir commencé une grève de la faim.

Par Mathieu Boudet

« Ceci est un appel au secours ». Dans une lettre ouverte, datée du mardi 2 juillet, et transmise à des visiteurs bénévoles du Centre de Rétention Administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry, plusieurs dizaines de migrants dénoncent leurs conditions de vie à l'intérieur du site.

 

Ils évoquent une grève de la faim 


La lettre, signée par plus de 70 migrants, est adressée "aux policiers de la PAF", et a été transmise aux pouvoirs publics, à certains medias et organismes associatifs. Les auteurs, qui affirment s'exprimer "au nom de tous les retenus du centre de rétention administratif", veulent alerter sur leur situation. Ils évoquent des "violences physiques", disent subir "des insultes répétitives" ou des "refus de soins" et autres "saisies de matériels médicaux". Ils réclament "un changement de situation" et disent avoir commencé une grève de la faim générale. Ils appellent enfin à une visite de responsables au sein du centre, "afin de constater [leurs] dires".

 

Des refus ponctuels de "plateau-repas"?


Contactés, les services de la préfecture du Rhône reconnaissent une situation difficile dans le centre, avec des locaux mal adaptés notamment, et assurent faire en sorte "que ce soit le moins difficile possible sur place". Mais la préfecture nuance le mouvement de protestation, contestant formellement toute grève de la faim. Les personnels indiquent ainsi avoir constaté "qu'ils ont refusé de prendre leur plateau-repas" mercredi soir. 

Assane Nadaw, Directeur adjoint en charge des centres de rétention auprès de l'association Forum Réfugiés, qui intervient régulièrement sur le site, invite lui aussi à la prudence sur le sujet : "il y a clairement un mouvement de protestation, et il y a eu un mouvement général de refus de plateaux, mais dans des mouvements de masse comme celui-là, il faut être prudent sur le terme de "grève de la faim". Selon les zones du site et les moments, certains ont refusé des repas, d'autres non." 
 


Une montée des tensions


La Police Aux Frontières et les autorités indiquent par ailleurs qu'elles doivent faire face à un public particulièrement difficile, dont "la grande majorité" présenterait "un passé carcéral très lourdPour beaucoup, ce sont des personnes violentes, avec souvent des tensions inter-ethniques et une défiance vis à vis des forces de l’ordre, qui ont régulièrement des scènes d’émeutes à gérer," ajoutent les services de l'état.

Pour les associations qui interviennent sur place, la situation dans ce type de centre devient de plus en plus tendue, notamment suite à une durée de rétention allongée. Suite à la loi "Collomb" appliquée depuis le début de l'année, celle-ci est en effet passée de 45 à 90 jours. Assane Nadaw, de Forum Réfugiés, évoque des conditions de rétentions qui se dégradent largement, et un climat général de plus en plus tendu. "Même nos propres intervenants, qui étaient bien accueillis jusque-là, font parfois l'objet d'insultes", constate-t-il.


 

Informations parcellaires


A notre connaissance, aucune plainte ni aucun signalement n'ont été relevés en lien avec les faits relatés dans cette lettre ouverte. L'IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) n'a pas été saisie, en l'absence de "faits fondés" ou de démarche judiciaire lancée par des personnes retenues dans le centre. Elles peuvent théoriquement le faire par le biais d'associations ou d'avocats, auxquels elles ont accès au sein du centre de rétention.

Interrogée sur le sujet, l'association Forum Réfugié nuance : "nous n'avons pas été témoins de violences. Des retenus nous en parlent, mais ils ne veulent pas forcément porter plainte, pour diverses raisons, soit par peur, soit parce qu'il est très difficile d'aller au bout de ces procédures."


 

110 personnes retenues au CRA de Lyon


Le Centre de Rétention Administrative de Lyon Saint-Exupéry, situé à proximité de l'aéroport du même nom, est destiné à retenir des personnes avant leur expulsion du territoire français en vue d'une reconduite dans leur pays d'origine. Il assure une capacité de rétention de 110 personnes, retenues pour une durée plus ou moins longue avant leur expulsion, en fonction de l'évolution des démarches administratives qui les concernent. ​​​​​​​Ce centre, unique dans la région Auvergne Rhône-Alpes, dont les locaux sont réputés inadaptés à leur fonction, fait l'objet d'un programme de réhabilitation, et sa capacité doit atteindre 140 places d'ici à 2021.

Les personnes retenues dans de tels centres sont en situation irrégulière, notamment après avoir été déboutées d'une demande d'asile, et font l'objet d'une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), assorti d'une décision préfectorale d'éloignement. Cette mesure peut être appliquée dans différents cas, notamment après une interpellation liée à des infractions. Des personnes jugées instables, parfois sous tutelle, peuvent y être retenues également. 

En début d'année, d'autres mouvements de protestation de masse et de grèves de la faim avaient été menées par des personnes placées en rétention, dans différents centres d'ile de France. Ces mouvements n'avaient pas été suivis de changements notables dans la gestion des centres concernés. 


 

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