Municipales à Lyon : David Kimelfeld rejette la proposition de Gérard Collomb

Alors que les élections municipales se rapprochent chaque jour un peu plus, la bataille pour la présidence de la métropole s'intensifie entre les deux rivaux. / © Joel Philippon / Maxppp
Alors que les élections municipales se rapprochent chaque jour un peu plus, la bataille pour la présidence de la métropole s'intensifie entre les deux rivaux. / © Joel Philippon / Maxppp

L'actuel président de la métropole de Lyon, David Kimelfeld, a rejeté mercredi 10 juillet une proposition de son rival Gérard Collomb en vue de trouver un compromis pour la prochaine élection municipale. Les deux candidats à la présidence de la métropole s'écharpent par médias interposés.
 

Par Avec AFP

Alors que les élections se rapprochent chaque jour un peu plus, et après des mois de tensions latentes, ils se battent désormais sur la place publique. Le maire sortant de Lyon, Gérard Collomb, et son ancien dauphin et rival David Kimelfeld parlent et se répondent désormais dans les médias nationaux. Dernier épisode, mercredi 10 juillet, avec la fin de non recevoir qu'a adressée David Kimelfeld à Gérard Collomb. Il juge sa proposition de former un "ticket" en vue des élections municipales et métropolitaines de Lyon de 2020, "irrespectueuse" et "illisible"

 

Une proposition "irrespectueuse du président de la République"


Alors que LREM vient de trancher l'épineux cas parisien avec l'investiture de Benjamin Griveaux, le parti espérait régler à l'amiable le cas de Lyon, bastion du macronisme et enjeu de poids pour le parti présidentiel. En vain. Dans une interview au Parisien, David Kimelfeld a fustigé mercredi soir une proposition "pour le moins étonnante" de son ancien mentor. "Elle est irrespectueuse du président de la République, qu'il fait parler alors que je ne l'ai pas entendu s'exprimer, irrespectueuse du mandat, irrespectueuse du mouvement", tonne-t-il également auprès du journal Le Progrès.

 

Emmanuel Macron en première ligne


Réponse cette fois de Gérard Collomb, joint dans la soirée par nos confrères du Progrès. Il conteste être "irrespectueux du président de la République", avec qui, au contraire, il affirme avoir évoqué l'hypothèse lors du récent passage d'Emmanuel Macron à Lyon, et indique échanger avec lui des SMS réguliers sur le sujet. La décision de proposer une "ticket", faisant apparaître "en même temps" les 2 rivaux pour se partager le mandat, semble donc soutenue par le président.

"C'est une histoire de fous," conclut Gérard Collomb selon le Progrès.  Selon les informations de nos confrères, une réunion à trois serait prévue en fin de semaine prochaine à l'Elysée. Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation de cette information auprès de la présidence de la République ce jour.


 

Gérard Collomb proposait un "passage de témoin"


Invité par CNews plus tôt dans la journée, Gérard Collomb, 72 ans, avait pour la première fois avancé une proposition concrète : "Ce sur quoi on discute actuellement avec le président de la République et avec la Commission d'investiture, c'est plutôt un engagement dans le temps où je commencerais le mandat à la métropole de Lyon et nous irions en ticket pour pouvoir préparer la gouvernance de cette ville et faire, comme c'est normal, une succession". "Il se peut qu'à un moment donné il y ait un passage de témoin", a-t-il dit sans préciser à quel moment, avant d'assurer: "Je ne suis pas un homme qui aime le pouvoir pour le pouvoir... moi j'aime ma ville".  Avant tout de même d'ajouter: "l'arbitre suprême c'est l'électeur".

 

Macron échoue à les réconcilier


Pour M. Kimelfeld, ce scénario est "illisible, incompréhensible, inefficace". "À la fin de ce mandat, j'aurai été président de la Métropole pendant trois ans. Gérard Collomb souhaite être de nouveau président de la Métropole pendant trois ans. Pour qu'ensuite je le redevienne pendant trois ans", constate-t-il, fustigeant ces "petits arrangements" qui selon lui créent "les conditions d'un échec". La tentative de conciliation d'Emmanuel Macron, qui avait pris soin en marge de sa visite à Villeurbanne lundi de dîner avec l'un et de petit-déjeuner avec l'autre et les avait exhortés à "agir ensemble", n'y aura rien fait.

 

A Lyon, la bataille du dauphin



David Kimelfeld avait hérité du siège de président de la métropole de Lyon lorsque Gérard Collomb était parti au gouvernement. Depuis le retour du maire, il affirmait qu'il souhaitait y rester en vue des prochaines municipales et métropolitaines de 2020. Mais Gérard Collomb, qui avait retrouvé la mairie de Lyon après avoir démissionné du ministère de l'Intérieur à l'automne, n'a jamais caché son ambition de revenir à la métropole. D'abord parce qu'il ne sera plus possible de cumuler les deux fonctions mais aussi parce que le Grand Lyon est le vrai cœur du pouvoir lyonnais. Le Grand Lyon est la seule métropole à être une collectivité à part entière, forte de toutes les compétences du département sur ses 59 communes. Et la seule où se tiendront des élections métropolitaines au suffrage universel.

 

Un fauteuil pour deux


Ces ambitions contraires tranchent avec l'habituelle méthode lyonnaise de consensus, déjà mise à mal par le cas délicat de Caroline Collomb. L'épouse du maire, référente LREM dans le Rhône depuis octobre 2017 et contestée par une partie des troupes pour sa gouvernance supposément sans partage, a finalement été écartée début juillet. Un camouflet qui a dû peser dans le scénario proposé par M. Collomb.

Ancien chef d'entreprise de 58 ans, David Kimelfeld défend une ligne plus sociale et écologiste que son ex-mentor. Lundi, après la visite du président de la République, il était apparu tout sourire sur BFMTV. "Il n'y a pas un fauteuil pour deux, mais deux fauteuils", avait-il assuré réitérant sa volonté de briguer la métropole.

 

Droit vers le mur


Cette crise intervient alors que la droite vient de révéler son propre ticket lyonnais : le sénateur Les Républicains François-Noël Buffet à la métropole pour accompagner le candidat à la mairie Étienne Blanc, bras droit de Laurent Wauquiez à la région Auvergne-Rhône-Alpes. "La division entraîne forcément la perte d'une ville", a reconnu mercredi Gérard Collomb avant la réaction de son dauphin. Il en sait quelque chose puisqu'en 2001, il avait réussi à arracher la troisième ville de France à la droite déchirée entre Michel Mercier et Charles Millon.
 

Sur le même sujet

14 miliards pour le Fonds Mondial : le compte est bon !

Les + Lus