VIDEO. Savoie : comment l’évêque de Genève a transformé la vaisselle en bois des pauvres en argenterie des Bauges

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Écrit par AH

C’est un savoir-faire ancestral, la fabrication de la vaisselle en bois dans les Bauges date du 14ème siècle. Trois siècles plus tard, cette vaisselle des pauvres, vendue par les colporteurs, a été baptisée “argenterie des Bauges” par l’évêque de Genève. Et le nom est resté.

En Savoie, elle a été baptisée “Argenterie des Bauges” mais cela reste de la vaisselle en bois. A Thoiry, Jean-Paul Rossi s’est pris de passion pour cette vaisselle, son histoire et sa fabrication il y a plus de 60 ans. 

La vaisselle du pauvre

La vaisselle en bois, historiquement, c’est la vaisselle du pauvre. Il y a par exemple la fameuse “pôche”, une grande cuillère en bois dont le manche se termine par un crochet qui était le symbole de la maîtresse de maison. “Chaque colporteur en vendait une dans chaque ménage, chaque printemps” précise Jean-Paul Rossi. Il y a aussi les pôchettes, des cuillères plus petites, des écuelles, des mortiers… et le fameux botellon. "Il était fabriqué par dizaines de milliers, explique Jean-Paul, tous les vignerons de la Combe de Savoie en avaient un ou deux, tous les paysans des Bauges aussi. Ce sont des gourdes qui sont faites dans un seul bloc de bois en jouant sur le séchage qui emboite les fonds".

Cette vaisselle est fabriquée par des jattiers, écuelliers ou boisseliers (le nom diffère suivant la spécialité, la région et l'époque). Un métier différent de celui de tourneur sur bois puisqu'il se fait uniquement à partir de bois vert. "C’est le cahier des charges" confirme Jean-Paul. "Les pièces finies doivent être aptes à un usage intense et prolongé. Le bois qui a séché en gros bloc présente des fentes ou des microfissures invisibles, qui s'élargiront rapidement à l'usage. Le bois sec est exclu pour la fabrication de la vaisselle", explique-t-il.

Presque tous les bois peuvent convenir pour la fabrication de la vaisselle en bois. Seules deux essences doivent être écartées selon Jean-Paul. Le chêne qui pourrait convenir mais qui a du tanin donc il colore la soupe et le tremble qui rend la soupe amère.

Le bon mot de l’évêque de Genève      

Trois siècles après son apparition, la vaisselle en bois est devenue "argenterie des Bauges" en Savoie. Un peu par hasard, en 1645, quand l'évêque de Genève a décidé de fondre sa vaisselle en argent pour faire des ciboires.

A son adjoint qui lui demande : "Comment allez vous manger maintenant ?", il a cette réponse : "Allez donc dans les Bauges, là-haut on la fabrique, l'argenterie".

L'évêque de Genève a-t-il parlé sous le ton de l'humour ou du mépris ? Personne ne le sait. Toujours est-il que le nom est resté. 

L'argenterie des Bauges menacée ?

Jean-Paul ne se fait aucune illusion. Il ne trouvera pas de successeur dans les Bauges. Le métier de jattier n'intéresse personne, selon lui, car dans les Bauges, il y a une mémoire collective. "Dans les années 1850, ceux qui avaient plus de trois vaches refusaient de tourner. Ils se considéraient comme l’élite du pays. Cette image associée à la vaisselle en bois qui est la vaisselle des pauvres fait que c’est un métier qui est méprisé", explique Jean-Paul.

Heureusement, dans le reste de la France et même en Europe, des jeunes s'intéressent à l'activité. La relève est là. "J'ai tout récemment deux jeunes Allemands qui m'ont appelé parce qu'ils veulent apprendre à faire des gourdes en bois. Ils travaillent déjà au crochet donc on a échangé sur les crochets et les différents types de bois. C'est un métier tellement agréable et génial qu'il ne peut pas disparaître" conclut celui qui a passé le plus clair de son temps libre, toute sa vie, à la promotion du métier.

Il a d'ailleurs créé un tour à perche entièrement démontable et transportable qui l'a suivi dans tous ses déplacements en France et à l'étranger sur les foires et fêtes traditionnelles. "J'ai fabriqué cette machine pour montrer le métier et pour qu'il ne se perde pas car si on ne veut pas que quelque chose se perde, il faut d'abord montrer que ça existe. Pendant 20 ans, je l'ai démonté, mis dans le coffre de la Clio pour aller en Bretagne, en Alsace, dans le midi, et même au Liban".

Ce qui désole Jean-Paul aujourd'hui, c'est le désintérêt des gens du pays alors que cette tradition ancestrale pourrait, selon lui, largement participer au développement touristique des Bauges.