Suspension du vaccin AstraZeneca : une "catastrophe", pour ce syndicat de médecins d'Auvergne-Rhône-Alpes

Ce lundi 15 mars, le gouvernement a annoncé la suspension des injections du vaccin AstraZeneca, soupçonné d’augmenter le risque de thrombose cérébrale. Des médecins d’Auvergne-Rhône-Alpes craignent que cette décision ne mette en péril le processus vaccinal. 

La suspension de l'utilisation du vaccin AstraZeneca fait naître des inquiétudes chez certains professionnels de santé en Auvergne-Rhône-Alpes, concernant la crédibilité du processus vaccinal.
La suspension de l'utilisation du vaccin AstraZeneca fait naître des inquiétudes chez certains professionnels de santé en Auvergne-Rhône-Alpes, concernant la crédibilité du processus vaccinal. © THOMAS KIENZLE / AFP

Après plusieurs pays européens, c’est la France qui suspend "par précaution" l'utilisation du vaccin AstraZeneca, en attendant un avis de l'autorité européenne du médicament (EMA). Le verdict devrait tomber mardi 16 mars après-midi, a annoncé Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse. Le chef de l'Etat espère "reprendre vite" la vaccination avec ce sérum « si l'avis de l'autorité européenne le permet », alors que plusieurs pays européens ont eux aussi suspendu ce vaccin, dont l'Allemagne et l'Italie. A Clermont-Ferrand, des doses d’AstraZeneca étaient jusqu’alors distribuées au centre de vaccination d’Estaing. C’est là qu’Elisabeth, qui vit à proximité de Billom, a reçu le vaccin : « J’ai fait l’injection le 5 mars au matin et le soir à 21 heures j’avais les premiers symptômes. J’ai eu des tremblements, des frissons. J’ai fait des cauchemars toute la nuit et j’ai eu des maux de tête terribles », raconte cette préparatrice en pharmacie.

"J’ai peur qu’au bout de quelques temps il ne soit plus efficace"

Touchée par le COVID 19 au mois d’octobre, Elisabeth a malgré tout décidé de profiter de l’opportunité de vaccination offerte au personnel soignant : « Je suis quand même contente d’avoir fait le vaccin. Je suis comme tout le monde, j’aimerais retourner à mes activités, pouvoir aller nager, danser, recommencer mes cours d’espagnol. Ça a été ma motivation pour aller me faire vacciner. » Ses effets secondaires passés, elle craint désormais d’apprendre que le vaccin AstraZeneca ne soit pas aussi efficace qu’elle l’espère : « J’ai peur qu’au bout de quelques temps il ne soit plus efficace, contrairement à d’autres vaccins. Je crains que dans 2 ou 3 mois on doive se refaire piquer, sans bien savoir où on va. Je ne sais pas combien de temps je suis couverte ni comment on pourra savoir si jamais ce n’est plus efficace et qu’on n’est plus protégé », regrette Elisabeth.

"Quelle que soit la décision qui sera prise après, ça va être la catastrophe"

Au niveau du corps médical, c’est l’étonnement : « C’est une grande surprise parce que jusqu’à présent on nous disait qu’on pouvait continuer à utiliser ce vaccin. Il y a deux solutions : soit de nouvelles données scientifiques sont apparues et sont suffisamment importantes pour suspendre la vaccination, soit c’est un principe de précaution poussé à l’extrême », affirme Vincent Rébeillé-Borgella, médecin généraliste et secrétaire général de l’union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins libéraux en Auvergne-Rhône-Alpes. Il pratique depuis plusieurs semaines des injections d’AstraZeneca et n’a constaté que de légers effets secondaires chez ses patients, des états grippaux passagers. La suspension brutale de ce vaccin l’inquiète : « Ca va être catastrophique en termes d’image de la vaccination. On avait réussi à remonter la pente depuis le début de l’année. Les gens étaient très hostiles au vaccin en début d’année, mais on a réussi à remonter la pente et maintenant ils le réclament. D’un seul coup, on introduit un doute. Quelle que soit la décision qui sera prise après, ça va être la catastrophe. »

Un manque de communication auprès des soignants

Il craint que cette suspension n’introduise une défiance dans l’esprit des patients : « Soit on réintroduit le vaccin AstraZeneca et les gens vont se dire qu’il y a un doute, qu’on leur cache des choses, soit on ne le réintroduit pas et alors ça va être la catastrophe sur la crédibilité de l’ensemble du processus vaccinal et pas seulement sur tel ou tel vaccin de tel ou tel fabricant. » Pour Vincent Rébeillé-Borgella, cette suspension est une mesure excessive, selon les données à sa disposition : « Le COVID est une maladie mortelle qui tue environ 300 personnes chaque jour et laisse des séquelles. A côté, on a un vaccin qui provoque des effets secondaires en tout petit nombre d’après ce qu’on nous dit dans les dépêches d’agence. Peut-être que les personnes qui ont pris cette décision ont des données que nous on n’a pas. Même en tant que soignant, on n’a pas eu de communication spécifique. Je me demande comment s’en sortent les confrères qui utilisent ce soir le vaccin AstraZeneca, je ne sais pas comment on va faire pour les rendez-vous de la semaine prochaine, on est dans le flou. Peut-être qu’ils ont raison mais prendre cette décision sans préparation, sans information aux soignants, c’est très négatif », explique le médecin. Selon lui, le vaccin est soupçonné d’augmenter le risque de thrombose cérébrale.  

Pas de raison de ne pas utiliser le vaccin, selon l'OMS

"L'Autorité européenne l'EMA rendra demain après-midi un avis sur le recours à ce vaccin (...) la décision qui a été prise en conformité aussi avec notre politique européenne est de suspendre par précaution la vaccination avec AstraZeneca en espérant la reprendre vite si l'avis de l'EMA le permet", a déclaré le chef de l'Etat. Une douzaine de pays ont suspendu par précaution l'utilisation de ce vaccin malgré des campagnes de vaccination poussives, après le signalement d'effets secondaires "possibles" mais sans lien avéré à ce stade. Le groupe pharmaceutique anglo-suédois affirme qu'il n'y a "aucune preuve de risque aggravé" de caillot sanguin entraîné par son vaccin, tandis que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'il n'y a "pas de raison de ne pas utiliser" ce vaccin.

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