Depuis 5 ans, le Vercors est présent au Salon de l'agriculture, sur un stand qui s'étoffe d'année en année. A chaque salon, les éleveurs viennent avec la Villarde, symbole de ce massif. Cette race de vache a pourtant bien faillit disparaître de nos paysages il y a 60 ans.
De grands yeux, des naseaux bien roses et une robe froment, la villard-de-lans ou villarde a longtemps servie aux travaux agricoles. La race est mentionnée pour la première fois en 1832, par un vétérinaire de Grenoble qui observe plusieurs bovins aux caractéristiques semblables regroupés notamment sur le canton de Villard-de-Lans. Une demande pour que la race soit officiellement reconnue est effectuée en 1862. Elle aboutira en 1846.
La création de la race villard-de-lans correspond au développement de la ville de Grenoble. La population toujours plus nombreuse de la ville consomme la viande et les produits laitiers issus des cantons ruraux avoisinant comme celui de Villard-de-Lans. C'est pourquoi la production bovine prend un essor important sur ce canton, supplantant les ovins et les caprins qui ont la réputation d'être à l'origine de l'érosion et de la disparition des forêts. Des fruitières sont créées pour en transformer la production laitière.
La race entame pourtant un déclin à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Victime de la répression allemande face aux maquisards du Vercors durant l'été 1944, les villardes sont dérobées. Un quart du cheptel de la région a disparu durant cette période.
Lorsque les bêtes échappaient au rapt, les agriculteurs étaient contraints par la destruction de leurs stocks et de leurs récoltes.
L'arrivée des tracteurs dans les années 1960 pose un nouveau problème. Le déclin de cette race pourtant bien adaptée à la production de viande comme de lait est lié à la spécialisation des races bovines des années 1960. La race ne dispose alors plus d'aides et ses taureaux ne sont plus agréés pour l'insémination artificielle, ce qui entraîne son déclin rapide.
La loi sur l'élevage de 1966 mentionne pour la première fois l'intérêt de la protection et la sauvegarde des races animales locales. En 1976, alors qu'il ne restait qu'une cinquantaine d'animaux, l’Institut technique de l'élevage bovin recense les villardes et met en place un programme de conservation pour tenter de sauver la race.
La sauvegarde de la race est entreprise à partir de la fin des années 1970, et, aujourd'hui, les effectifs augmentent à nouveau lentement. Elle est principalement utilisée pour sa production laitière et fait partie des races autorisées pour la production du fromage AOC Bleu du Vercors-Sassenage.