Sandrine Cnudde n'écrit pas, elle marche...

© Bernard Henninger
© Bernard Henninger

Au nord de la Norvège, à la limite du cercle polaire, Sandrine Cnudde a randonné vers le plateau sauvage du Hardangervidda, là où vécut Hauge le poète. De ces courses sont nés les poèmes imprégnés de rudesse arctique qui composent « Le Vide et le reste »

Par AL/Bernard Henninger

 

Sandrine Cnudde n'écrit pas, elle marche...

 
              [... ] je ne suis pas sûre
              que le vent revient souvent
              avec les bonnes réponses
              mais j'aime l'empressement
              des jambes
              à maintenir l'impulsion
 
    Dès 2007, Sandrine Cnudde renonce à sa vocation première (paysagiste urbaniste) mais, contrairement à ce que l'on attendrait d'une apprentie poète, elle ne se lance pas à corps perdu dans l'écriture.
    Pour bâtir ce recueil, elle s'est lancée dans une randonnée depuis la maison du poète Olav Hauge en direction du plateau du Hardanger. Sa poésie s'est construite dans la marche, dans l'effort, et l'inspiration est venue au gré de la transpiration, de la solitude et de la méditation. Au gré de ses découvertes, S. Cnudde saisit des images et des impressions qui aboutissent dans ce beau recueil, « Le Vide et le reste ».

    Les éditions Tarabuste, qui se consacrent avec talent à la poésie contemporaine, livrent une somptueuse plaquette, mêlant des poèmes, brefs, scandés à la manière de la poésie scaldique, à la manière des Haïku, aussi, et des images Noir-et-Blanc.

    L'iconographie soignée, pas forcément saisissante, témoigne de la démarche entreprise par l'auteur : des photos en Noir-et-Blanc, qui ont clairement servi de support en mouvement à la poésie. De photo en poème, le livre de Sandrine Cnudde dégage un charme austère et envoûtant, où il apparaît que le livre n'est pas le but, mais une des facettes d'un vaste projet.

    Qui est Olav Håkonsson Hauge ? Né en 1908, Olav Hauge a bâti une œuvre qui a évolué du classicisme jusqu'aux formes les plus contemporaines. Vivant au pied du plateau désertique du Hardanger, Hauge, jardinier, cultivait un verger et il écrivait des poèmes. Il est également le traducteur en norvégien de poètes tels que Yeats, Browning, Mallarmé, Rimbaud ou Georg Trakl...

                Je savais ton nom
                avant d'entrer
                chez toi
                cher O deux H
                au cimetière
                introuvable ta
                pierre levée sur l'herbe
                le poète n'est pas
                dans sa tombe
                tant que son nom
                se lève sur les étagères
 
    Le Hardangervidda, plateau norvégien situé au-delà de la limite de pousse des arbres, est colonisé par une faune et une flore arctique, dominé par un glacier, paysage que le réchauffement climatique va transformer dans les années à venir.

Plateau du Hardangervidda / © Sandrine Cnudde
Plateau du Hardangervidda / © Sandrine Cnudde

    Lors de sa première randonnée, en 2007, Sandrine Cnudde se racontait ainsi : « J'ai vécu des moments d'une concentration extrême, proche de la méditation, où [...] je plongeais en moi-même dans de grands fonds silencieux, calmes et pleins. Aucune pensée, aucun manque. Je me sentais à la bonne place au bon moment. Vivante. Quand la vie se fait grinçante, je tente de retrouver cette sensation. »

    Dans ce décor sauvage, Sandrine Cnudde a puisé largement son inspiration, explorant les mille et un recoins du Hardanger, et donnant naissance à une poésie âpre et dont la saveur — à l'égal de certains alcools fort nordiques (...) — reste longtemps en mémoire après lecture :

         Par où commencer
         la route qui monte
         une vraie route
         avec son asphalte
         avec ses camions
         avec ses holocaustes d'animaux
         les pieds chauffent
         et l'oiseau une merlette
         étendue heurtée vivante
        
         par où commencer
         l'écarter du pied
         honte à moi
         je m'incline
         ses plumes crissent
         je soulève une terreur
         reposée sur le bas côté
 
         elle se quitte
         Si l'ange s'approchait
         pour me sauver
         comment savoir
         me dis-je giflée par les dernières
         feuilles de l'été
         papillons d'un seul vol


 

Sur le même sujet