Questions pour un champion : j’ai tenté la sélection !

Dans le hall de la salle de Montission à Saint-Jean-le-Blanc / © France 3 Centre
Dans le hall de la salle de Montission à Saint-Jean-le-Blanc / © France 3 Centre

Journaliste à la rédaction de France 3 Centre, j’ai testé la sélection Questions pour un champion qui s’est déroulée hier à Saint-Jean-le-Blanc dans le Loiret. Je vous raconte TOUT !

Par V.H

« Regarde ! On pourrait y aller en immersion ! ». Ma rédactrice en chef me tend l’article. Je pensais à une farce pour ma dernière semaine à ses côtés.
« Voir la sélection de l’intérieur, montrer à nos internautes... » Plus elle m’en parlait, plus je comprenais qu’elle était sincère. Et plus du coup, je tentais de prouver (avec du mal) que ce n'était pas une bonne idée. Et puis, j'ai pensé à vous, je vous devais bien ça : vous immerger dans cette sphère grâce à moi, grâce à mon métier. N'écoutant que mon courage, je finis par répondre : « Ok, j’y vais ! ».

A partir de là, je m’interroge sur la manière dont j’allais mener mon immersion : je joue le jeu et j’y vais en tant que candidate ? Ou je dis d’emblée qui je suis et pourquoi je suis là? Finalement pour des contraintes techniques (prises de photos, interviews des participants) il fallait qu’à un moment donné je révèle mon identité.

Avant de quitter notre rédaction, je fouille sur Internet à la recherche de témoignages. Avoir quelques billes pour ensuite comparer, orienter mes investigations sur le terrain.

L’idée me vient de contacter un ami qui a participé à l’émission l’an dernier. J'avais surtout envie de blaguer avec lui sur le fait que MOI AUSSI j'allais participer à l'élection! Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir me dire, vous dire?

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Mon départ

De la Place Anatole France à Orléans où se situe France 3 Centre, à la salle de Montission, avenue Jacques Douffiagues à Saint-Jean-le-Blanc, où avait lieu la sélection, il y a 8,5 kilomètres. Quatorze minutes durant lesquelles je tentais de me remémorer mes fiches de cultures générales rédigées pour les concours d’entrée aux écoles de journalisme (déjà bien loin !) : Andorre, Andorre-la-Vieille, Ethiopie-Addis-Abeba, Bélize?? Bélize?? Bélize?? "ah "punaise", c'est loin!"  Zeux, Athéna, oesphage, la Mer noire, la Rouge, Hugo, Renoir, La Chartreuse de Parme... des mots comme ça venaient hanter mon esprit non préparé... des mots pour lesquels je n'arrivais pas à donner de définition, je n'arrivais même pas à les situer... c'était un chaos intellectuel (j'ai toussé). 

Arrivée sur les lieux, je me gare sur le parking qui jouxte la salle polyvalente. J’avais de la place. Je scrute les personnes qui attendent patiemment dans leur voiture et celles qui en sortent. Tous me paraissent plus ou moins âgées. Je me dis que vu mon jeune âge, je vais vite me faire repérer. Que très vite deux bras musclés allaient m'éjecter de la salle d'examen et que l'entreprise que nous nous étions fixée ma chef et moi allait tourner court! Cette idée vite chassée de mon esprit, je sors à mon tour de mon véhicule.

Tous les participants ont une pochette à la main. Intriguée, je m’approche d’une dame. Elle s’appelle Jani.
- « Ce sont vos fiches de révisions que vous dissimulez dans votre pochette ? »
- « Non, pas du tout, il fallait apporter un support rigide ».

Dans le hall d’entrée, je m’approche d’un homme, Francis. Deuxième tentative :
- « Vous cachez vos fiches de révisions dans votre pochette ? »
- « Ah non, nous, on ne fait pas de fiches, nous sommes adhérents du club de Saran ! »
- « ?@*§ un club ?? »
- « Oui, le club de questions pour un champion de Saran ».

 / © France 3 Centre
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Le Club de Questions pour un champion (QPUC) de Saran

Francis, vice-président du club m’apprend alors qu’il existe 170 clubs Questions pour un champion (QPUC) en France, où se réunissent des passionnés de l’émission. Il ne sait toujours pas qui je suis et croit sans doute que je vais très vite adhérer à son club. Il m'offre même un stylo "QP1C-SARAN-2012"! Peine perdu Francis, le mardi et le samedi, je travaille! Peut-être dans 30 ans!

En région Centre, on compte 11 clubs QPUC. A celui de Saran, on se réunit 2 fois par semaine, le mardi et le samedi, de 14 à 17h. Les adhérents répondent à des questionnaires envoyés par les autres clubs de France et de l’étranger : Papeete, Nouméa, Genève, Dunkerque, Toulouse, Grenoble…Des questionnaires qui voyagent bien plus que moi, qui font le tour du monde à l’instar des candidats qui sont en général des globe-trotters. Les buzzers du club, les fameux  « champipi », sont homologués par une entreprise  toulousaine. Ce sont les mêmes que ceux de l’émission. 1200 euros le buzzer, pupitre compris. A ce prix là, vaut mieux feinter en mettant un chamallow sur un ressort à stylo!

Dans ce monde fermé, les passionnés deviennent des habitués. Des habitués de la sélection, des règles, des appels à la dernière minute pour participer au jeu, des habitués du plateau TV, de Julien Lepers… Ils connaissent l’historique de l’émission "première émission en 1988". Même moi qui travaille à France 3, je ne connaissais pas la date exacte. Ils connaissent les gens de la prod, les appellent par leur prénom. Ils savent qu’une sélection a lieu environ tous les 1 an et demi à Orléans, ils me décrivent les épreuves, les 40 questions, le pas de danse à la fin… Ils savent tout sur tout.


Avant le top !

Dans le Hall, je retourne vers Jani, la dame rencontrée sur le parking.
- « Vous venez de loin ? »
- « De Blois, à 1h30 d’ici, j’ai pris mon après-midi »
- « Vous avez révisé avant de venir ? »
- « Non, pas du tout, mais j’ai pris un calmant ».
- « Vous avez déjà participé à l’émission ? »
- « Oui, une fois, il y a 20 ans mais j’ai perdu aux 4 à la suite »
- « Pourquoi avoir attendu si longtemps ? »
- « Je n’étais pas prête et puis là, je me suis dit que c’était l’occasion ».

Je retourne vers Francis.
- « Vous êtes beaucoup au club ? »
- « Là, on est …ah, bonjour, comment tu vas ?... Un autre du club ! » me dit-il.
Ils étaient en tout une dizaine du club à venir tenter leur chance.


Une autre dame s’était déplacée pour « assister à l’enregistrement de l’émission et voir Julien Lepers ». Je l’informe alors que l’émission ne se tourne pas ici et que Julien Lepers n’est pas à Orléans mais très certainement à Paris. Je crois qu’elle ne m’a pas cru. Pourtant Jani aussi l’avait prévenue. Elle est finalement restée.

Je continue à scruter. Des participants continuaient à arriver, toujours avec une pochette sous le bras. Aujourd’hui encore je n’arrive pas à dire si je me sentais à  l’examen du code de conduite : diversité des participants (majorité de retraités certes, mais quelques personnes d’une petite trentaine d’années également), ces fameuses pochettes qui sont souvent synonymes de « papiers à garder », ou à un partiel, un concours : des participants se connaissent, d’autres restent seuls dans leur coin. On se regarde, on s’interroge : est-il meilleur que moi ? Est-il là pour le « fun » ou pour gagner ? On se regarde comme des concurrents.

A force d'examiner les personnes, de faire des "interrogatoires", j'allais me faire démasquer. C'est sûr. On cherchait du coup à en savoir un peu plus sur moi aussi. "Je suis... je suis professeure des écoles", "je suis mariée"... Rien n'est vrai! 

Top départ !

17h45, on est appelés à entrer dans la salle. Deux jeunes filles de la production, bien habillées, coquettes, souriantes, nous accueillent à la porte avec une « feuille d’examen », une double page. Au moment où je touche la copie, j’ai un pincement au cœur. Je me sens dotée d’un certain défi à relever.
Je m’installe dans la salle, je continue à jouer à la professeure des écoles, commence à prendre connaissance de ma fiche : nom, prénom, âge, profession, nombre d’enfants, de petits-enfants, mail, numéro de téléphone, activités culturelles.

 / © France 3 Centre
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18h, c’est parti ! Première question, énoncée une fois, puis aussitôt une seconde fois. Des questions assez longues, truffées de mots difficiles ou qu’on ne rencontre jamais comme « polatouche » (est un nom vernaculaire qui désigne en français plusieurs espèces différentes d'écureuils volants ). On passe très vite à la suivante. Les commentaires vont bon train derrière moi « oh », « oh », « je ne sais pas », « oh »… Leurs réactions me faisaient sourire, elles témoignaient de leurs intérêts profonds à participer à cette sélection. J'étais vraiment impressionnée.

Les 40 questions sont passées. La correction peut commencer.J'entends des "ah oui", "aaaahhhh mais ouiiiii" "ah fallait le savoir" "ah bon?" et des "ouais" "ouais, ouais". J’aperçois aussi les résultats de mes voisins de devant : 22, 23, 24/ 40. Ceux qui ont moins de 20/40 doivent malheureusement nous quitter. J'en faisais partie. Jani aussi. « Sur certaines questions, je n’avais pas eu le réflexe, après ça allait trop vite, tant pis … ». Je vous rappelle que Jani avait attendu 20 ans avant de revenir tenter sa chance. 20 ans.

A partir de là, je décide enfin de tomber le masque. D'abord auprès de la production : "Bienvenue" m'a répondu Fleury. Un des membres du club de Saran, un certain Jean-Louis, me fait un signe de la main, qui voulait dire en langage soutenu "bon, ben va-t'en" et continue son chemin pour rejoindre ses amis. Quant à Francis le vice-président "ah c'est vous l'espionne!". 

Voici la réaction de Lucien à l'annonce des réponses au deuxième questionnaire.

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QPUC
Réaction de Lucien à la correction de la deuxième partie du questionnaire.


18h30, deuxième partie

Même procédé : 40 questions, lues deux fois, et plus vite encore. J'ai tenté d'en écrire quelques unes pour vous les transmettre. Les mots étaient compliqués, compliqués à retenir que je n'ai pas réussi. Faille d'une journaliste. Et deuxième vague de départ. Sur 105 participants du début, nous étions plus que 30. Visiblement bien préparés, les membres du Club de Saran sont toujours là !

Dernière épreuve : le passage devant une petite caméra. On sent les participants tendus, pas à l'aise. Ils tiennent un morceau de leur pull ou le fil du micro. Pas facile, je le reconnais. Devant cette petite bête noire qui impressionne il faut de nouveau décliner son identité, le temps que la personne de la production regarde votre feuille et vous interroge sur vos passions, vos voyages… Un petit tour sur vous-même, un pas de danse et c’est fini !  « On vous rappellera » ! Il était 20 heures.

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 / © France 3 Centre
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Quelques réactions

Florence, agent aux impôts
« J’appartiens au club de Châteauroux et je m’y prépare depuis 8 jours. J’ai tapé dans la mythologie pour les nuls, le cinéma…J’ai obtenu 26/40 au premier questionnaire puis 27/40 au deuxième. J’ai trouvé la deuxième partie plus éprouvante que la première. Je pense que c’est un peu une bouteille à la mer mais bon »

Lucie, 26 ans, employée à la personne. Aime les jeux de cultures générales. Là, le pas de danse de la fin, elle a trouvé ça étrange mais « c’est rigolo! ».

Martine, professeure
« Au club de Saran c’est plus relaxe mais là, c’est un défi, on se met en danger, il y a toujours le risque de ne pas marquer de points parce que il y a les connaissances mais il y a aussi une part de chance »

Jean-Louis
Il aimerait vraiment être sélectionné. Du haut de ses 74 ans il a fait sa première sélection en 96. Il n’avait jamais été appelé pour participer à l’émission alors qu’il réussi les sélections. « Avant j’avais 38/40 maintenant je décline. Il faudrait que je lise plus, que je lise en moyenne un magazine par jour… mais je suis obligé de lire avec la loupe ».

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