Automobile : malgré le plan Macron pour soutenir le secteur, en Centre-Val de Loire les professionnels s’inquiètent

A l'heure où Renault annonce 4600 suppressions de postes en France, de nombreux professionnels de l'automobile s'interrogent. Le plan de soutien de 8 milliards d'euros annoncé mardi par Emmanuel Macron sera-t-il suffisant pour relancer la production mise à l'arrêt pendant le confinement ? 

Illustration chaîne production automobile
Illustration chaîne production automobile © Lionel VADAM/PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
L'annonce a fait l'effet d'une bombe ce vendredi 29 mai. Le constructeur français Renault prévoit la suppression de 4600 postes en France malgré le plan de soutien de 8 milliards d'euros accordé par l'Etat pour soutenir l'industrie automobile.

En région Centre-Val de Loire, plusieurs équipementiers s'inquiètent de cette situation de crise, conséquence de deux mois de confinement pendant lesquels le marché de l'automobile s'est écroulé.

A Diors dans l'Indre, le dernier fabricant de jantes en aluminium de France, Liberty Wheels, est toujours à l'arrêt. L'entreprise ne reçoit pas assez de commandes de ses clients, les constructeurs Renault et Peugeot.

La direction nous annonce qu’on ne reprendra pas la production si on a pas 50 000 roues par mois. Mais selon nous, il faudrait un minimum de 150 000 roues pour pouvoir travailler et que l'entreprise soit rentable,

explique Claude Biaunier, délégué syndical CGT chez Liberty Wheels.
 
Le syndicaliste se dit aujourd'hui "dégouté", les 287 salariés du site sont dans leur grande majorité au chômage partiel depuis le début du confinement. La direction n'a annoncé aucune date de reprise. "Renault veut l'arrêt de la Micra et de la Zoé à Flins, mais nous on travaille justement pour ces voitures ! Ils veulent nous faire crever ? Si Liberty n’investit pas, ce sera la fermeture", se lamente Claude Biaunier.


40 000 salariés travaillent dans l'industrie automobile en Centre-Val de Loire

Avec Liberty Wheels, la région Centre-Val de Loire compte de nombreuses entreprises de l'industrie automobile. Selon l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), on dénombre environ 40 000 salariés qui travaillent dans le secteur, c'est-à-dire un peu moins d’un tiers de l’industrie manufacturière de la région. Parmi les entreprises : Faurecia, Delphi, Cayau ou encore Valeo.

"Pour elles, l’arrêt a été extrêmement violent. L’automobile a essuyé une perte d’activité de l’ordre de 80 à 90%. Aujourd'hui, les entreprises sont focalisées sur leur trésorerie. On ne parle même plus d’équilibrer les comptes, on cherche surtout à préserver la trésorerie de manière à préserver l’emploi. Il est important d’accélérer la reprise pour éviter la catastrophe", analyse Frédéric du Laurens, président de l'UIMM Centre-Val de Loire.

Frédéric du Laurens craint tout de même des plans de licenciement économique au mois de juillet ou à la rentrée, en septembre ou en octobre. Mi-juin, beaucoup d’entreprises devront choisir entre la reconduction du chômage partiel pour trois mois supplémentaires ou une reprise sans la garantie d'une activité suffisante. 

"Nous sommes dans une crise inédite et très violente, le choc n’a pas été amorti. Le chômage partiel que la majorité des entreprises a enclenché fin mars a été salutaire, mais son son indemnisation va être rabotée de 14% à partir du 1er juin. Cela va forcer les entreprises à une reprise sous pression."


Le gouvernement veut un écoulement rapide des stocks de véhicules invendus

Dans ce contexte, le plan de soutien de 8 milliards d'euros en faveur du secteur automobile annoncé par Emmanuel Macron mardi 26 mai va-t-il permettre aux entreprises de passer la crise ? Le gouvernement souhaite d'abord s'assurer de l'écoulement de tous les véhicules invendus durant le confinement, un stock estimé à environ 500 000 en France. Le président de la République a ainsi annoncé un système de bonus qui permettrait également de renouveler le parc automobile français par des véhicules plus propres.

"Il faut que nous les concessionnaires, nous puissions vendre nos voitures. Si l'on prend bien l’ensemble de la chaîne de production, tant que nous n'aurons pas vendu nos stocks, nous ne recommanderons pas aux constructeurs, et les constructeurs ne fabriqueront pas de véhicules, et si il n’y a plus de fabrication l’emploi n’est pas relancé", explique Patrick Perier, concessionnaire dans l'Indre et président régional du Conseil National des Professions Automobiles (CNPA).

Parmi les autres mesures annoncées, un plan d’investissement pour les véhicules autonomes et électriques et un soutien à l’apprentissage pour aider les jeunes à accéder à l’emploi. Emmanuel Macron demande aussi aux constructeurs "des engagements pour relocaliser en France" afin d'assurer une meilleure souveraineté de l’industrie automobile.

"C’est indispensable, les gens qui nous gouvernent ont bien conscience qu’en France le tissu industriel qu’il nous reste c’est de l’automobile ou de l’aéronautique principalement. Si on veut maintenir l’économie il faut agir sur ces deux secteurs. Il faut relocaliser car on a un vrai savoir-faire automobile en France", ajoute Patrick Perier.


 
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