Dans le Berry, on déconnecte en gesticulant

Au sein de l’éclectique programme artistique des rencontres de la velouse de Charly où se mêlent, musique, poésie, théâtre, arts de rue et bien d’autres choses encore, il y aura aussi des moments plus politiques. Dont la conférence gesticulée "Capitalisme 2.0" de Cédric Lepage.

"Depuis qu’on a publié notre programme, beaucoup de gens me demandent ce qu’est une conférence gesticulée, raconte le co-organisateur des rencontres de la Velouse, Philippe Orblin. Alors, je leur réponds qu’il faut venir voir."

Pour ceux qui n’auraient pas l’occasion de venir voir Cédric Lepage à Charly le dimanche 20 août, voici tout de même quelques explications.

Au croisement du militantisme, du discours savant, de l’autobiographie et du spectacle comique, la conférence gesticulée s’est imposée comme une nouvelle forme d’expression permettant de donner la parole à ceux qu’on n’a pas l’habitude d’entendre et qui n’ont pas vocation à se retrouver sur une scène.

Dans le monde militant, on dit souvent : ne raconte pas ta vie, ça ne nous intéresse pas, ce qui compte, c'est ta ligne politique. Et à la fin, avec cette logique, on écrit des tracts et les tracts, on finit toujours par les balancer à la poubelle. Nous nous pratiquons quelque chose d’incarné

explique Franck Lepage de l’association L’Ardeur, qui organise des stages d’écriture, de conférences gesticulées. 

Au début des années 2000, Franck Lepage — dont les conférences gesticulées cumulent des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux —  a été le premier à utiliser cette expression pour définir un genre qui s’est ensuite structuré et développé grâce au travail de plusieurs structures d’éducation populaire. Ils sont aujourd’hui plus de 600 en France, mais aussi en Belgique et en Suisse, à se produire sur les scènes de festivals, de bars associatifs ou de MJC.

Les gesticulants partagent des orientations communes anticapitalistes, antiracistes et antipatriarcales mais les thèmes qu’ils abordent sont aussi variés que le nombre de pratiquants. On y vient pour apprendre ce qu’est le quotidien d’une aide-soignante, d’un éducateur spécialisé, d’un agriculteur, mais avec un souci de la mise en scène qui évite l’écueil des longs et indigestes discours trop savants.

"Une théorie incarnée"

Cédric Lepage (pour savoir s’il y a lien quelconque avec Franck Lepage, lisez Gala plutôt que le site de France 3), lui s’intéresse en particulier dans "Capitalisme 2.0" à l’aliénation numérique. "Je trouvais qu’il y avait une urgence à réfléchir sur ce sujet. L’évolution technologique devient alarmante. Comme si on était emporté par une vague à toute vitesse sans savoir où on va," explique-t-il. 

Créée en 2018, sa conférence s’appuie sur le travail qu’il menait avec l’association "Culture et liberté" où il organise des ateliers pour adultes. "Ce qui est en train de se passer est insidieux. Progressivement, ça change notre rapport à l’autre. Et il y a un risque de dérive totalitaire et de mise en place d’un système de contrôle."

Comme souvent lors des conférences gesticulées, celle de Cédric Lepage sera suivie d’un atelier pour approfondir le sujet. C’est dans ce genre d’échanges que naissent les vocations. Si les gesticulants sont aussi nombreux aujourd’hui, c’est parce qu’il se trouve régulièrement, côté public, des gens qui se disent qu’il s’agit d’une pratique à leur portée, parce qu’elle ne nécessite pas de qualités théâtrales et qu’il suffit d’être soi-même.

Tout le travail des militants de l’éducation populaire est de permettre à chacun de trouver une légitimité à prendre la parole publique pour échanger des savoirs. Pour reprendre la formule du pédagogue brésilien Paulo Freire, assez courante dans le milieu de l’éducation populaire : "Personne n’éduque personne. Personne ne s’éduque seul. Les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde."