Les députés de la majorité en Centre-Val de Loire confrontés au mouvement des "gilets jaunes"

Alors que le mouvement des "gilets jaunes" se prépare pour une nouvelle journée de mobilisation ce samedi, les députés de la majorité de la région cherchent à entretenir un dialogue avec ceux dont ils affirment comprendre la "colère". Sans désavouer pour autant la politique du gouvernement. 

Des "gilets jaunes" tractent, le 14 novembre (image d'illustration).
Des "gilets jaunes" tractent, le 14 novembre (image d'illustration). © PHOTOPQR/JOURNAL DU CENTRE/MAXPPP
Daniel Labaronne reconnaît se sentir « démuni ». Des échanges avec des « gilets jaunes » à Amboise samedi dernier, le député LREM d’Indre-et-Loire retient avoir entendu « beaucoup de colère, de propos véhéments. Les gens étaient plus là pour exprimer quelque chose que pour écouter. » A la veille d’une nouvelle journée de mobilisation du mouvement - plusieurs milliers de personnes se déclarent sur les réseaux sociaux prêtes à participer à une manifestation parisienne -, de nombreux députés de la majorité cherchent encore la réponse à apporter à cet élan de protestation. Avec, pour premier obstacle, la difficulté à appréhender une grogne née dans l’opposition à la taxation des carburants, mais dont la liste de revendications est aussi longue que diverse. 

Qu’ils la désignent comme une « colère », une « inquiétude » ou encore une « convergence des souffrances », les élus interrogés disent reconnaître l’exaspération exprimée par les manifestations. Tous n’ont pas fait le choix de se rendre sur les barrages : que ce soit pour protester contre leur caractère non déclaré, parce qu’ils préfèrent recevoir à leur permanence ou parce que des menaces reçues sur les réseaux sociaux les ont dissuadés. « Il y a un sentiment d’abandon et de mépris des zones rurales, qui se cristallise maintenant, mais qui exprime des choses très anciennes », soutient Loïc Kervran, député (LREM) du Cher. « On est arrivés aux responsabilités parce que les Français voulaient mettre un coup de pied dans la fourmilière, abonde Guillaume Kasbarian, député (LREM) d’Eure-et-Loir. C’est une rupture de confiance qui n’est pas nouvelle. »
 

Un dialogue difficile



Une défiance qui traduirait notamment une incompréhension de la politique menée par le gouvernement. « Entre ce qu’on essaye de faire, ce qu’on a fait et ce qui est perçu il y a de grosses différences, constate Philippe Chalumeau, élu (LREM) en Indre-et-Loire. Soit on explique mal, soit les gens comprennent mal. » « Ce qui me frappe, c’est le décalage entre une perception que les gens ont de leur situation et une réalité que j’observe, assure Daniel Labaronne. Et d’ajouter : « Il y a des indicateurs qui montrent que, d’un point de vue macroéconomique ou microéconomique, ça ne va pas si mal ».
 
A l'instar du gouvernement, qui a réaffirmé sa volonté de « tenir le cap », aucun de ces députés ne désavoue l’augmentation de la taxation sur les carburants. « Ce qu’il ne faut pas faire, c’est revenir en arrière et annuler la politique pour laquelle on a été élus, assène Guillaume Kasbarian. Si on fait ça, on ne résout aucun problème et on reporte sur les générations futures la responsabilité de la transition. » Dépendance énergétique, pollution aux particules fines… Le fondement écologique de la mesure ne fait l’objet d’aucune critique. « On n’échappera pas à une façon différente de se déplacer, ça passera aussi par un système de taxation », résume Loïc Kervran qui souligne toutefois l’importance de prendre en compte les inégalités entre les régions.
 

Mot d'ordre : communication


L’autocritique porte plutôt sur la manière dont la mesure a été conduite. « Certainement, il y a une erreur de communication et dans l’ordre des réformes, admet Nadia Essayan, députée (Modem) du Cher. Par exemple sur les carburants, il aurait fallu réfléchir aux primes et aux aides avant la taxation. […] Quand on a un niveau de vie trop bas, on ne peut pas supporter ce type d’annonce-choc. » « On avait réellement besoin de plus d’accompagnement sur cette transition, abonde Stéphanie Rist, élue (LREM) dans le Loiret. Pour toute une population, cette transition doit se faire, ils peuvent l’accepter mais ils n’ont pas les moyens. »
 
Les annonces d’Emmanuel Macron prévues ce mardi sont donc attendues de pied ferme. Le président de la République s’exprimera devant le Conseil national de la transition écologique (CNTE), une structure composée d’élus, de syndicats et d’associations. Une allocution qui devrait dévoiler notamment de nouvelles mesures d'aides. Le 14 novembre dernier, Edouard Philippe avait déjà annoncé le déblocage de 500 millions d’euros destinés notamment à accompagner l'acquisition de véhicules moins polluants.
 
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