Elle avait refusé le huis clos à ses violeurs en 1984 : Claudine Cordani raconte son histoire dans son premier livre

Claudine Cordani, pour la couverture de son livre. / © Taha Gueffaf
Claudine Cordani, pour la couverture de son livre. / © Taha Gueffaf

Claudine Cordani, victime d'un viol collectif en 1984, sort ce 9 janvier "La Justice dans la peau". En racontant son histoire, elle fait entendre sa voix sur ce sujet jamais apaisé des violences sexuelles faites aux femmes. 

Par Yacha Hajzler

"En février 2020, le viol que j’ai subi remontera à trente-sept ans". Ce 9 janvier sort la version papier du livre de Claudine Cordani, La Justice dans la peau. Son histoire, celle d'une jeune femme de 17 ans qui entre en enfer en sortant du métro, un soir de 1984. Elle est enlevée, puis violée et torturée par trois hommes. Seule, elle refuse le huis clos normalement réservé aux affaires qui mènent les mineurs aux assises. Une première en France. 
 

Avec ce livre, elle boucle le récit de ce traumatisme. "C'est un sentiment étrange, inconnu. Je me sens libérée, je suis allée jusqu'au bout de quelque chose qui devait sortir. Pendant l'écriture, j'ai été malade, vraiment. Je vomissais au réveil, ça m'a travaillée de l'intérieur, mais je suis contente d'avoir mené ce travail à bout"  raconte Claudine Cordani.

Son ouvrage tient de l'autobiographie, mais pas seulement. Claudine Cordani a convié Jean-Pierre Getti, le juge d'instruction en charge de l'affaire et son avocat de l'époque, Alain Mikowski. L'ancienne journaliste donne aussi la parole à Anne Lorient, qui raconte dans "Mes années barbares" la violence vécue d'abord au sein de sa propre famille, puis dans la rue. Le livre contient également des entretiens avec Yaël Mellule, coordinatrice juridique du pôle d’aide aux victimes de violences du Centre Monceau à Paris et Françoise Noël-Jothy, "directrice du seul lycée d’adultes de l’Hexagone"
 

"La société accepte que ce ne soit pas un crime" 


Associées à un style sans fioritures, ces voix donnent à l'ouvrage un aspect informatif, où le viol est un interrogé comme une monstruosité sociale, une noirceur qui n'est pas sortie de nulle part. Et, surtout, ce choeur donne des pistes pour avancer dans la bonne direction.

Dans l'ouvrage, Claudine Cordani se montre par exemple très critique sur la tendance à "correctionnaliser" les viols, c'est-à-dire à les juger en correctionnelle, comme des délits et non comme des crimes. "Il ne faut pas revenir sur cet acquis. L'avocate Gisèle Halimi a permis de faire reconnaître le viol comme un crime, elle s'est battue, elle a fait un travail extraordinaire, comme beaucoup de femmes avant et de femmes après. ça voudrait dire que la société accepte que ce ne soit pas un crime, c'est vachement grave" alerte l'écrivaine. 

Elle fustige la dérive avec un système "à l'américaine, où ceux qui ont de l'argent pourront réaliser des accords financiers" comme ça a été le cas avec plusieurs victimes du producteur Harvey Weinstein, actuellement en procès pour des viols et agressions sexuelles. "Un crime ne s'achète pas", dit-elle gravement. 

Avec La Justice dans la peau, Claudine Cordani commence une série de six livres, où elle va "répondre à Colette", l'écrivaine qui racontait sa mère et sa famille dans Sido. "Mais ce sera du roman. Je pense que je n'aurais jamais fini d'avoir envie de dire des choses, je n'aurais jamais fini d'écrire."
 

En exclusivité, un extrait de La Justice dans la peau

 

< "Mauvaises herbes" : un chapitre de "La Justice dans la peau" >


La Justice dans la peau, Claudine Cordani - Paru chez Bookelis, 14,90e / en version numérique sur Bookelis et Rakuten, 9.90e. 

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