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L’histoire incroyable d'Henri Ramolet, résistant et dernier déporté d’Eure-et-Loir

Henri Ramolet, 93 ans, est le dernier déporté d'Eure-et-Loir. / © Julie Postollec / France Télévisions
Henri Ramolet, 93 ans, est le dernier déporté d'Eure-et-Loir. / © Julie Postollec / France Télévisions

La résistance, la condamnation à mort, le camp de concentration… A 93 ans, Henri Ramolet s’en souvient comme si c’était hier. Cet habitant de Luisant est le dernier déporté d'Eure-et-Loir. Voici son témoignage bouleversant. Pour que personne n’oublie.

Par Julie Postollec

Son regard, ses gestes, sa voix… plus de 70 ans se sont écoulés et pourtant, Henri Ramolet revit dans chaque parcelle de son être chacune des atrocités de la Seconde Guerre mondiale.

Connu pour être le dernier déporté d’Eure-et-Loir encore en vie, il a pourtant vécu bien d’autres événements avant le camp de concentration.
 

"Quand un copain était fusillé, ça nous calmait pas"

En 1942, Henri Ramolet a 16 ans quand il voit ses parents qui commencent à cacher des communistes recherchés.

Sur la demande de ces derniers, il se met à organiser la Résistance chez les jeunes. Il distribue des tracts dans les boîtes aux lettres.

"Il fallait nourrir aussi les résistants, raconte-t-il, donc on allait dans les mairies quand c’était le moment de la distribution des tickets [de rationnement, ndlr]" pour les récupérer.

Il participe ensuite à des évasions et des sabotages. Des opérations risquées, au point que certains de ses camarades sont arrêtés et condamnés.

Quand on apprenait qu’un copain était fusillé, ça faisait drôle. Mais ça nous calmait pas, au contraire. Ça nous donnait la force de continuer plus fort.

 

Dénoncé et condamné à mort, il en réchappe

En juillet 1944, c’est au tour d’Henri Ramolet d’être dénoncé et arrêté avec 11 camarades. Ils se retrouvent tous condamnés à mort. Une issue qu’Henri acceptait alors, avec un courage et un fatalisme désarmants.
 
Intervenant : Henri Ramolet

Mais au lieu d’être fusillé, lui et ses camarades sont finalement transférés à la prison du Cherche-Midi, à Paris.

Le matin du 15 août, ils se retrouvent entassés dans des wagons. Direction : l’Allemagne.
 

Un geste d'une fraternité sans égale

Pendant le trajet en train, lors d’une pause, il aide une jeune fille à distribuer de l’eau aux femmes dénudées, amassées dans les voitures. "Et au bout d’un moment la jeune fille m’a fait voir qu’elle avait dans la main un brassard de la Croix-Rouge", souffle-t-il.

Mais il ne le prend pas, guidé par une fraternité sans égale :

Si j’avais mis le brassard je ne serais pas parti. Mais il n’était pas question que je laisse mes copains, non, ça aurait été malhonnête de ma part.

Henri achève donc la distribution d'eau et remonte dans le wagon où sont ses copains. "Eux aussi, ils étaient nus. Il a fallu que je me déshabille comme les autres, et on a été cinq jours comme ça, nus, serrés les uns contre les autres", détaille-t-il, le visage grimaçant.


Emu par le courage des femmes

Le 20 août 1944, le train s’arrête à Weimar, où les hommes descendent et se rhabillent tant bien que mal avec des vêtements jetés là en vrac.

En nous racontant ce moment, sa voix s’étrangle alors, ému par le souvenir du courage des femmes restées dans les wagons.
 
Intervenant : Henri Ramolet

Avec les autres déportés, il marche 6 km jusqu’au camp de concentration de Buchenwald. A son arrivée, on lui donne une veste rayée et on lui assigne le n° 77904.

On n’était plus des hommes, on était des numéros. On était des riens.

Henri Ramolet a conservé sa veste de déporté du camp de Buchenwald. / © Julie Postollec / France Télévisions
Henri Ramolet a conservé sa veste de déporté du camp de Buchenwald. / © Julie Postollec / France Télévisions


"Des morts, des morts, sans arrêt des morts"

Quelques jours plus tard, à la suite d’un bombardement près du camp, il est confronté pour la première fois à l’innommable.

"Il a fallu qu’on aille chercher les morts pour les emmener au four crématoire, se souvient Henri. Alors on portait un mort à deux […] On faisait plusieurs voyages dans la journée."

Des morts des morts sans arrêt des morts. Pendant 10 mois ça allait être ça : des morts.
 

"Ma pleurésie purulente m'a sauvé"

Pendant une période de trois mois, il reste dehors, à travailler le jour et dormir la nuit.

Alors que ses camarades sont transférés pour travailler dans les usines en novembre 1944, lui est envoyé au revier (dispensaire).

Henri souffre en effet d’une pleurésie purulente. Les conditions de vie étaient telles que "je ne m’en rendais pas compte".

Pour tenter de le soigner, on lui casse une côte, pour faire passer un drain.
 
Intervenant : Henri Ramolet


Mais avec le recul, il en est persuadé : "cette pleurésie purulente m’a sauvé la vie."
 

Ecrire pour ne pas oublier

Au dispensaire, Henri trouve de quoi faire un carnet, et aussi une poche pour le cacher dans sa veste. Et il écrit, pour ne pas oublier, pour ne pas être qu’un numéro.

Malgré l’horreur des camps, l’humanité survit. Il se lie d’amitié avec un prisonnier, un cuisinier prénommé Marcel avec qui il rêvait de bons petits plats quand ils seraient libérés.  

"Marcel, il m’a apprivoisé, avoue Henri. Je ne vais pas dire qu’il m’a sauvé la vie, mais on a été ensemble".
 

Les marches de la mort

Avril 1945 : les Alliés se rapprochent. Les Nazis évacuent les déportés en train puis à pied dans ce qui sera nommé après les marches de la mort. Ils ne se lavent pas, ne boivent pas, sont malades.

Sur la route, Henri aide Marcel, affaibli à marcher. Ce dernier tombe une première fois. "Il y avait là un soldat prêt à le tuer je lui ai dit 'c’est mon père', narre-t-il en répétant ces gestes comme si c'était hier. Je l’ai remis debout puis on a marché encore marché. Puis très vite il est retombé en m’entraînant".

En quelques mots laconiques, Henri nous révèle l'horreur de l'instant : "il a eu sa balle dans la tête. Je pense que j’allais prendre la mienne aussi mais je me suis relevé."


Il a été tué dans mes bras. Vous vous rendez compte de ce qu’on a dû subir.


Son père ne le reconnaît pas

Le 22 avril, les Alliés les ont enfin rattrapés."On est parti à 18.000 on s’est retrouvés 4.000 vivants… On n’était pas morts. Presque." Car les corps sont faméliques.

Pris en charge par la Croix-Rouge, Henri revient quelques temps après à Chartres. A l’arrivée à la gare, son père le reconnaît à peine.

Ses parents l’emmènent alors chez le médecin.
 
Intervenant : Henri Ramolet

Henri est alors envoyé dans une maison de repos à Luchon, puis dans une autre dans le Jura.

Peu à peu, il récupère. En 1952, il se marie avec une camarade de maternelle.

Ils sont toujours mariés et depuis quelques mois, ils ont la joie d’être arrière-grand-parents.
 

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