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Grève de la surveillance du bac : les syndicats de professeurs du Centre-Val de Loire favorables

© France 3 Centre
© France 3 Centre

Plusieurs syndicats d'enseignants appellent à la grève de la surveillance du baccalauréat le 17 juin. Ils manifestent contre les réformes Blanquer. En Centre-Val de Loire, les organisations espèrent que ce mouvement sera suivi, alors que le ministre a assuré qu’aucune épreuve ne sera annulée.

Par Julie Postollec

On voit régulièrement les professeurs descendre dans la rue pour manifester, beaucoup moins faire la grève de la surveillance des examens. La dernière fois qu’un tel mouvement avait eu lieu, c’était en 2003.

Cette fois-ci, une intersyndicale soutenue par des collectifs de professeurs a lancé un appel à la grève reconductible pour le 17 juin prochain, premier jour des examens du baccalauréat. Les élèves de terminale doivent en effet plancher sur la composition de philosophie, et les premières sur l’écrit anticipé de français.

Au niveau régional, ce mouvement est notamment mené par la CGT Educ’Action, Sud Education et le SNES FSU. Même si personne ne peut prédire l'ampleur de la mobilisation, les syndicats espèrent que la grève sera suivie.
 

Un moratoire sur la réforme


"Nous ne faisons pas cela de gaieté de cœur", souffle Manuel Félix, représentant CGT Educ’Action de l'Indre. Il précise d’ailleurs que le préavis de grève a été déposé tôt à la direction académique de l’Indre, le 28 mai dernier.

"L'administration a largement le temps de nous recevoir et de trouver des solutions. Pour l’instant, nous n’avons pas eu de réponse", assène-t-il.

"J’aimerais que le 17 juin, on arrête la grève, renchérit Olivier Lelarge, co-secrétaire académique du SNES-FSU de l’académie Orléans-Tours, mais pour cela il faudrait que M. Blanquer se retire les bouchons d’oreille et mette un moratoire sur la réforme".
 

"Aucune épreuve ne sera annulée"

Mais visiblement Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, ne compte pas changer de trajectoire. Il avait adressé un premier tweet pour rassurer les élèves et leurs parents le 30 mai.
 


Le ministre a également réagi sur Europe 1 en affirmant que le bac et en particulier l'épreuve de philosophie "se passera bien. Elle se passera avec le personnel adéquat, je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de grévistes, de toutes façons."

Aucune épreuve ne sera annulée, et les parents et les élèves ne doivent pas se laisser troubler par cela.

"Je connais les professeurs de mon pays, a-t-ajouté, je sais qu’ils ont le sens des responsabilités et ils savent bien qu’on ne prend pas les élèves en otage. Donc je suis serein sur ce point, nous organiserons le bac de façon normale, et c’est dommage qu’il y ait des appels de ce type."
 

"On n'est pas des terroristes"

"J’étais particulièrement agacé par le langage irresponsable de Blanquer, on n’est pas des terroristes" s’indigne Manuel Félix.

Au-delà de la forme, quel est ce personnel adéquat dont parle le ministre ? Dans Le Parisien, Philippe Vincent, le secrétaire général du SNPDEN, le principal syndical des chefs d’établissements, avance des hypothèses.

"On peut faire composer des élèves dans des grandes salles plutôt que dans des petites afin d’économiser en personnel" ; des proviseurs vont peut-être convoquer des professeurs "qui habituellement ne sont pas grévistes".

"Cela s’appelle de la discrimination, fustige Manuel Félix. Cela voudrait dire que certains ont une étiquette." "Quant à la réquisition, souligne Olivier Lelarge, elle ne peut être faite que sur ordre de la rectrice ou du préfet."
 

Le corps professoral partagé, les parents inquiets

Mais la grève de la surveillance des examens ne fait pas l’unanimité au sein du corps professoral.

"Certains professeurs sont réticents", admettent les deux représentants syndicaux car ils pensent que cela peut nuire à la bonne tenue des examens.

Les plus préoccupés sont bien entendus les parents et élèves. La fédération de parents d’élèves Peep et l’association d’élèves Avenir Lycéen demandent aux enseignants de ne pas "entraver le droit des élèves d’étudier".
 

 

2650 postes supprimés dont 91 en région Centre

Olivier Lelarge insiste : "on se bat pour tous les élèves de France. Je comprends l’inquiétude des parents par rapport au bac de cette année. Mais je leur demande de regarder dans la globalité cette réforme que leurs plus jeunes enfants prendront de plein fouet." 

D’après les syndicats, ces réformes vont entraîner entre autres un bac au rabais d’une valeur inégale selon les lycées, des difficultés d’accès aux études supérieures notamment via Parcoursup, et la suppression de postes.

"Le nombre d’élèves augmente d’année en année, révèle le co-secrétaire académique du SNES-FSU. Comment on les absorbe alors qu’on continue à baisser le nombre de professeurs ? 2650 postes seront supprimés au niveau national, 91 au niveau régional."


Une exaspération "jamais vue" contre un ministre

Le malaise au sein des enseignants dépasse la question de la suppression de postes et de la réforme du lycée et du bac. Olivier Lelarge avoue qu’il n’a "jamais vu une telle exaspération contre un ministre".

"Les professeurs accompagnent leurs élèves depuis trois ans, décrypte-t-il, ils accordent beaucoup d’importance à la réussite des lycéens. Alors qu’ils puissent envisager de ne pas surveiller le bac, cela révèle un vrai ras-le-bol".

Notre métier perd son sens. Nous voulons faire notre travail dans des conditions dignes et ce n'est pas le cas aujourd’hui.

Manuel Félix, représentant de la CGT Educ’Action dans l’Indre, renchérit : "c’est la dernière cartouche qui nous reste" face "à un gouvernement qui ne nous a pas entendus" sur les suppressions de postes mais aussi sur les salaires et la loi Blanquer.


Un salaire net qui baisse d'année en année

Sur la question des salaires, "nous sommes énervés car le point d’indice n’a jamais été revalorisé depuis 2010, détaille Olivier Lelarge. Avec l’augmentation de la cotisation des retraites, nous en arrivons à voir notre salaire net baisser d’année en année."

Pourtant, le ministre s'est dit "un peu surpris par cet appel" à la grève, car il estime répondre déjà à des revendications, "notamment sur les rémunérations des professeurs".

"Ce monsieur est un menteur patenté", rétorque le co-secrétaire académique du SNES-FSU. "Il affirme qu’il répond à la question du pouvoir d'achat en ajoutant une 2e heure supplémentaire obligatoire. Jamais les syndicats n’ont demandé une 2e heure supplémentaire.

"Travailler plus pour gagner plus ? Il oublie que certains n’ont pas le droit aux heures supplémentaires. Comment on gagne plus ?" 
s'insurge-t-il.
 

Le devoir de se taire

L'un des aspects de la loi Blanquer qui exaspère les enseignants, c'est aussi le "devoir d’exemplarité et de se taire", détaille Olivier Lelarge.

"L’administration est fébrile, les collègues sont convoqués dès qu’ils manifestent leur désaccord. Les professeurs ressentent un sentiment très fort de mépris de la part du ministère."

En attendant le début du baccalauréat, une assemblée générale est organisée le 6 juin dans l'Indre pour interpeler l’inspecteur d’académie et les médias et décider des modalités de la grève le 17 juin. Une réunion du SNES-FSU est également prévue mercredi prochain. 
 

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