Indre-et-Loire : les masques chirurgicaux ont permis à AIM France de retrouver un second souffle

AIM pour Applications Industrielles Mécaniques. Aucun lien entre cette entreprise et la production de masques chirurgicaux. Et pourtant c’est le pari en apparence insensé qu’une entreprise située à la Ville-aux-Dames a su relever, boostée par la crise sanitaire. Il fallait y penser.

Nicolas Robin a quelque chose du caméléon. Son parcours de chef d’entreprise a souvent été cabossée mais l’homme a toujours su s’en extraire et négocier des virages serrés. En 2020, sa société fait face à une baisse d’activité. Les commandes sont en berne. La crise sanitaire l’asphyxie et ses emplois sont menacés.

La France connait une sévère pénurie de masques chirurgicaux. Du jour au lendemain, ce chef d’entreprise va investir plusieurs centaines de milliers d’euros dans des machines pour assembler des masques chirurgicaux.

A ce jour, il est toujours le premier et le seul à produire des masques chirurgicaux en Région-Centre Val de Loire. Un pari osé. Six de ces dix-huit salariés vont aussitôt être formés pour travailler sur ces nouvelles machines. L’aventure commence.

Nous sommes montés jusqu’à 90.000 masques par jour. Maintenant, on est à 15.000 par jour. Les masques chinois ont cassé les prix.

"En janvier et février nous étions à 110% de nos capacités. Puis en mars, ça a chuté. On est désormais au ralenti. Mais ce n’est pas le seul problème. Il y a tous ces gens qui alimentent les grandes surfaces. C’est dur. Et puis, il y a eu aussi l’affaire de Châteauroux. C’est un illuminé qui importait des masques chinois. Il faisait de la remballe.

Une dizaine de personnes remballaient cette marchandise dans des boîtes françaises. Ce monsieur a été dénoncé par l’un de ses employés. Total, il a disparu avec la caisse. Cette remballe se chiffrerait à 6 millions de masques en six mois. Or Châteauroux était un gros fief pour nous…".

Autant dire une concurrence très déloyale et un sérieux manque à gagner.

"Des masques fabriqués en Chine et insérés dans des boîtes estampillées Made in France"

Cette escroquerie a défrayé la chronique des faits divers. C’était en Avril 2021. Coveix, installée Avenue de Coubertin à Châteauroux ne jouait pas franc jeu. Plutôt une fausse partition. Officiellement, cette société était engagée dans un partenariat avec l’Etat. Ce tour de passe-passe a été éventé par les salariés.

"Des masques qui n’étaient soumis à aucun contrôle qualité et on ignore s’ils répondaient aux normes françaises…" Nicolas Robin est amer même si une enquête est ouverte contre Coveix pour "escroquerie aggravée au préjudice de l’Etat…" Cette affaire de remballe comme il la nomme a mis un coup d’arrêt sur les masques. Les clients ont pris peur.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

"Deux enquêteurs de la Direction départementale de la concurrence et de la répression des fraudes (DDCRA) sont venus chez nous. Le contrôle a duré trois heures avec des prélèvements d’échantillons sur la ligne de production. Des scellés ont été posés. Je dois leur remettre une tonne de documents. Des factures de fournisseurs, des certificats de conformité. Une enquête approfondie. Le scandale de Châteauroux ne nous a pas aidé.. Je l’ai mal vécu."

"Un million de masques.. Une très grosse commande…"

A la Ville-aux-Dames, le début de l’année avait commencé en fanfare chez AIM France. Un groupe d’Assurance avait conclu un méga contrat. Une bouffée d’oxygène.

"Il a fallu deux mois de travail à flux tendu pour honorer ce contrat tout en continuant à travailler pour d’autres clients. C’était bien. Il aurait fallu que ça dure…"

Mais l’effervescence est retombée. Le chef d’entreprise a dû se séparer des intérimaires. Désormais, trois personnes travaillent sur l’emballage des masques. "On est treize salariés à présent. Les masques nous ont aidés. Le pari, on l’a gagné. On a produit des masques chirurgicaux pendant presqu’un an. C’est déjà pas si mal. Evidemment, j’aurais aimé continuer à produire un peu plus. Un peu plus longtemps. On a un stock d’environ 200.000 masques qui nous permet de répondre aux attentes de nos clients…"

La pénurie de maques ne fait plus rage dans les débats. Le marché s’est inversé. Le produit s’est banalisé. Les prix sont devenus très compétitifs. Les lieux de vente se sont démultipliés. Ce qui était un marché de niche pour AIM France, lui a permis de diversifier ses activités et de tirer son épingle du jeu. Le déconfinement est annoncé.

La réouverture des bars, des restaurants et des terrasses n’exclura pas le port du masque. La prudence sanitaire reste de mise. A la Ville-aux-Dames, ce sont des courbes et des indicateurs que scrute Nicolas Robin avec attention. L’avenir reste à écrire.

 

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