Les internes en grève illimitée à partir de mardi : “On veut juste que notre travail soit respecté et valorisé”

Kristen Joseph-Delaffon, interne en pédiatrie et Valentin Maisons, interne en nephrologie au CHRU Bretonneau, membres du Syndicat des Internes de la Région Centre-Val de Loire / © Marine Rondonnier-FranceTV
Kristen Joseph-Delaffon, interne en pédiatrie et Valentin Maisons, interne en nephrologie au CHRU Bretonneau, membres du Syndicat des Internes de la Région Centre-Val de Loire / © Marine Rondonnier-FranceTV

C'est un mouvement rare qui est lancé ce mardi 10 décembre. Les internes en Médecine appellent à une grève illimitée pour l'ensemble des gardes et des astreintes dans les Centres hospitaliers en Centre-Val de Loire. Explications sur les raisons de leur mobilisation. 

Par Marine Rondonnier

Nous travaillons 65 heures par semaine en moyenne pour 1450 euros net par mois. Travailler beaucoup ne nous dérange pas car on adore ce que l'on fait mais on a l'impression d'être bafoué. 

Valentin Maisons est interne en 2ème année de nephrologie au Centre hospitalier de Bretonneau à Tours. C'est sa 8 ème année de Médecine. Sa spécialité : les maladies rénales. " C'est un crève-coeur de devoir faire grève car on a l'impression d'abandonner nos patients mais sinon personne ne nous écoute" , explique l'interne chargé de communication du Syndicat des Internes de la région Centre-Val de Loire. 


La réforme du troisième cycle : la goutte d'eau 

Que les internes fassent beaucoup d'heures et qu'ils ne soient pas beaucoup rémunérés n'est pas nouveau. Mais là, la coupe est pleine. " Le ministère a voulu réformer tous les niveaux de formation des médecins en même temps. Résultat, la réforme du troisième cycle a été faite de façon précipitée. Je ne sais même pas si je vais devoir faire 4 ou 5 ans d'internat ," s'agace Valentin Maisons. 

Ce flou dans la réforme pèse sur le moral des internes. Les internes en nephrologie, cardiologie et gastro-entérologie ne savent pas encore combien de temps va durer leur internat. " C'est inadmissible et ingérable pour notre vie professionnelle et privée.

Ce sentiment de ne jamais être considéré, les internes n'en veulent plus. C'est pourquoi ils se mettent en grève. "Tous les droits que les personnes normales ont, on ne les a pas. On voudrait plus de respect."
 

Sur son site l' Inter Syndicat national des Internes (ISNI) explique aussi que "dans le cadre de la réforme du 3ème cycle des études médicales, le gouvernement envisage, dès le premier trimestre 2020 de remettre en cause les conditions actuelles d’accès aux remplacements des internes. Concrètement, cela signifie une plus grande difficulté d’accès aux soins pour les patients car les remplaçants potentiels seront moins nombreux. Une décision qui intervient dans un contexte de tensions à l’hôpital et alors qu’un sondage BVA pour France Assos Santé révèle que plus de six Français sur dix ont déjà renoncé à voir un médecin."

Une grève des gardes et des astreintes

Aux côtés de Valentin Maisons, Kristen Joseph-Delaffon, interne en pédiatrie à Bretonneau. Il est aussi trésorier du syndicat. " Le premier contact que le public a avec l'hopital c'est l'interne. Les internes sont indispensables au bon fonctionnement de l'hôpital. On va montrer qu'on est indispensable en faisant grève des gardes et des astreintes."

Selon les spécialités, les internes réalisent en moyenne une à deux gardes par mois. Des gardes de 12 heures de nuit payées 100 euros. Dans certaines spécialités comme la pédiatrie ou la réanimation, c'est jusqu'à six gardes par mois. 
 

Les conséquences de la grève dans les services

Les deux internes assurent qu'ils n'ont pas la culture de la grève. " Les internes n'arrêtent jamais le travail. Nous soignons des gens. Nous ne réparons pas des machines qui peuvent attendre. Mais là, nous n'avons plus le choix. Ce qui ne nous empêche pas de culpabiliser", nous confie Valentin Maisons. 

Le service de l'interne en pédiatrie, Kristen Joseph-Delaffon compte 6 titulaires et 4 internes. " Si la grève est suivie, les titulaires vont devoir renoncer aux consultations prévues pour faire tourner le service. Ils vont  devoir se recentrer sur les activités les plus urgentes", prévoit l'interne en pédiatrie.  

D'après le réglement, quand un interne fait grève, le praticien titulaire doit le remplacer. S'il ne peut pas le faire, c'est un interne qui est assigné pour assurer la continuité des soins. 

Rassemblement prévu mardi 10 décembre à 14 h devant Bretonneau et Trousseau

La région Centre Val-de-Loire compte 1000 internes. La moitié en médecine générale. Ce sont les internes des autres spécialités qui risquent de se mobiliser demain pour un appel à la grève illimitée de l'Inter Syndicat national des Internes (ISNI). 

Ils se rassembleront à Tours à 14 h devant le Centre hospitalier de Trousseau et de Bretonneau. 

Le syndicat des internes appellera aussi à rejoindre le mouvement de défense de l'hôpital public le 17 décembre à Paris. 

 

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