Tours: sans cantine depuis des années, la situation ubuesque des élèves du collège Lamartine s'invite dans les élections

A cause de l'absence de cantine dans leur établissement, 150 demi-pensionnaires du collège Lamartine doivent aller au lycée professionnel Albert-Bayet pour se restaurer. "Certains n'ont que 10 min pour manger !" Les parents d'élèves se mobilisent.

Les parents d'élèves ont défilé jusqu'au lycéé Albert-Bayet ce jeudi 27 mai, pour exprimer leur mécontentement
Les parents d'élèves ont défilé jusqu'au lycéé Albert-Bayet ce jeudi 27 mai, pour exprimer leur mécontentement © F. Barbault

C'est un dossier qui traîne depuis des années, mais qui est en train de prendre une tournure éminemment politique à l'approche des élections départementales.

Situé à l'ouest de Tours, tout près de la ville de La Riche, le collège Lamartine, 370 élèves, ne dispose pas de cantine scolaire. Les 150 demi-pensionnaires de l'établissement doivent se rendre, 4 jours par semaine, jusqu'au lycée professionnel Albert-Bayet pour se restaurer. 500 mètres à parcourir, pas une très grande distance, mais une source d'inquiétude pour les parents et les surveillants, puisque des routes à forte circulation doivent être traversées et que les ados ont parfois du mal avec la discipline...

On ne veut pas être dans cette logique, attendre l'accident qui finira forcément par arriver, avec 150 collégiens qui font l'aller-retour tous les jours, c'est totalement inacceptable

 explique Frédéric Chassagnette, représentant de parents d'élèves.

Une pression maximale pendant la pause-déjeuner

150 collégiens, c'est le maximum que peut aujourd'hui accueillir le lycée Albert-Bayet. Et les conditions ne sont guère satisfaisantes :

"Les cours démarrent à 7h45, et avec la crise sanitaire, c'est encore pire. Nos collégiens sont accueillis à Albert-Bayet à 11h15! Dans les derniers services, certains ont 5 à 10 minutes pour manger. Ce n'est pas possible, cette tension qui règne dans une pause méridienne où les jeunes sont censés redescendre en pression, prendre l'air. Tout se fait au pas de charge, la pression est maximale sur le service de surveillance. Au moins un à deux jours par semaine, c'est carrément la direction du collège qui vient renforcer l'équipe de surveillance", poursuit M. Chassagnette.

A cause de ce système, dénoncent les parents d'élèves, certains enfants n'ont qu'un repas par jour, et ceux qui sont handicapés ou à mobilité réduite suite à un accident doivent se contenter, au mieux, d'un sandwich dans les couloirs de l'administration.

Evoquée depuis près de 15 ans, la construction in situ d'une cantine scolaire n'a pas été réalisée. La mairie de Tours, qui dispose de terrains sur place, et le Conseil Départemental, qui est en charge des collèges, n'ont visiblement jamais réussi à s'entendre.

"On aimerait bien que nos élus soient capables de se retrouver autour d'une table avec les usagers, reprend Frédéric Chassagnette. Histoire d'arrêter un peu ce double discours. C'est désagréable, en tant que citoyen, ce renvoi de balle permanent. Le dernier qui a parlé met en cause le précédent...Nous, dans notre quartier populaire, on a un réel sentiment de relégation."

Au Conseil Départemental, Thomas Gelfi est l'élu de ce canton de Tours Ouest (et candidat à la réelection). Il se dit effectivement persuadé qu'une cantine accolée au collège serait la meilleure solution :

"Avec mon collègue Judicael Osmond, Vice-Président en charge des collèges, on a tout de suite pris le dossier en main, en essayant de relancer les discussions avec la mairie pour une reconstruction sur site d'une demi-pension. L'étude a été  faite, on a même les plans. Mais aucune solution n'a été trouvée, donc on a pris le parti à la rentrée 2018, de faire manger les collégiens au Lycée Albert Bayet. Une solution temporaire, dont on connait tous les inconvénients."

Une solution envisageable, mais dans combien de temps ?

En novembre 2019, la Région, en charge des lycées, a demandé au Conseil Départemental de s'associer à un vaste projet de restructuration d' Albert-Bayet, incluant notamment une demi-pension plus adaptée au nombre d'élèves.

"Nous n'avons pas répondu tout de suite, reprend M. Gelfi. On voulait d'abord s'assurer avec la mairie qu'il n'y avait pas de meilleure solution envisageable, c'est-à-dire la construction au collège d'une demi-pension. Le Maire de Tours ne s'est pas opposé à cette idée, mais a précisé que cela pourrait se faire plutôt en fin de mandat, vers 2025-2026. Même chose lors d'une rencontre en octobre 2020 avec M. Franck Gagnaire."

Franck Gagnaire est l'adjoint au Maire de Tours en charge de l'Education. Il faut préciser qu'il est aussi candidat aux départementales sur le même canton, opposé notamment à Thomas Gelfi...

"Il faut bien comprendre que si l'on disait non à la Région et qu'on attendait 2025 ou 2026 pour récupérer le terrain de la ville, il n'y aurait plus de demi-pension pour les collégiens de Lamartine, reprend M. Gelfi."

Le Conseil Départemental a donc finalement décidé de s'associer à la Région, à hauteur de 500 000 €, pour les travaux d'agrandissement du lycée Albert-Bayet.

Franck Gagnaire, lui, supporte mal d'être mis en cause dans ce dossier :

"Les gens sont élus depuis 6 ans, moi je suis élu depuis moins d'un an... Mes prédécesseurs étaient aussi conseillers départementaux, pendant toutes ces années, ils n'ont pas été capables de s'entendre. Le seul qui a mis une option sur la table, c'est moi, je leur ai proposé de déménager la cantine de l'école élémentaire afin de libérer le terrain. Nous pourrions aggrandir la cantine de l'école maternelle pour accueillir tous les élèves et vendre le terrain au Conseil Départemental. Mais pour ça, il faut bien compter 4 ou 5 ans de travaux!"

Selon l'adjoint, cette solution n'était même pas envisagée par le Conseil Départemental :

"Ils nous demandaient d'accueillir les collégiens dans la cantine de l'école élémentaire, ce qui n'était pas une option envisageable."

Que de temps perdu, en tout cas, dans ce dossier! les parents d'élèves eux-mêmes sont conscients de se battre pour les prochaines générations de collégiens et pas pour leurs propres enfants. Même ceux qui sont aujourd'hui en sixième ne connaitront sans doute pas un collège doté d'une cantine. Peut-être le résultat des élections changera-t-il la donne, mais il n'y aura pas de toutes façons de situation satisfaisante avant plusieurs années. Il  ne reste plus qu'à croiser les doigts pour qu'il n'y ait pas d'accident... 

 

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