80 ans après, des radio-amateurs reconstituent la 1ère liaison radio entre la France occupée et l’Angleterre

Pour commémorer le 80e anniversaire de la toute première liaison radio clandestine établie avec l’Angleterre depuis Châteauroux, en mai 1941, un groupe de radio-amateurs prévoit d’établir de nouvelles émissions avec du matériel d’époque.

Une valise radio de la Résistance type 3MK2, fabriquée dans les ateliers anglais du SOE
Une valise radio de la Résistance type 3MK2, fabriquée dans les ateliers anglais du SOE © Bernard Verbrugghe

En ce printemps 1941, une partie de la France est occupée par les Allemands. La lune éclaire faiblement cette nuit du 5 au 6 mai. Vers 1h30, un homme est largué en parachute depuis un avion Whitley venu d'Angleterre. Il atterrit dans un champ, à quelques kilomètres de Vatan, dans l’Indre. Il emporte avec lui une lourde valise. Arrivé en mode « blind », c’est-à-dire sans comité de réception, il devra effectuer une longue marche nocturne pour rejoindre Valençay où il doit rencontrer dès le lendemain Max Hymans, député et figure politique locale.

Ce parachutiste, c’est Georges Bégué, un ingénieur français devenu agent de la section française du SOE, un service secret créé par Wilson Churchill pour soutenir les mouvements de Résistance et réaliser des opérations de sabotage dans l’Europe occupée. Sa mission : organiser avec lui les premiers réseaux de Résistance, et également établir une liaison radio fiable avec l’Angleterre.

Georges Bégué est le premier agent agent Français du SOE à avoir été parachuté en France.
Georges Bégué est le premier agent agent Français du SOE à avoir été parachuté en France. © Famille Bégué

Inventeur des « messages personnels » de la BBC

« Bien atterri. Pris contact avec Frédéric. (…)  Renan sera ma boîte aux lettres. » Il s’agit de son tout premier message, qu’il émettra trois jours plus tard avec son appareil de radio-télégraphie depuis une maison située 14 rue des Pavillons à Châteauroux. Une plaque installée sur la façade de cette maison témoigne aujourd’hui de cet événement.

Sur la façade de la maison située 14 rue des Pavillons à Châteauroux, une plaque témoigne aujourd'hui de la 1ère liaison radio avec l'Angleterre.
Sur la façade de la maison située 14 rue des Pavillons à Châteauroux, une plaque témoigne aujourd'hui de la 1ère liaison radio avec l'Angleterre. © Croquant / Wikimedia Commons

Pendant les mois qui suivent, il organise des opérations aériennes : des atterrissages d’avions Lysander ou encore des parachutages. Il assurera également de nombreuses transmissions radios. Arrêté à Marseille en octobre de la même année, il est incarcéré à Périgueux puis au camp de Mauzac en Dordogne d’où il parvient à s’évader avant d’être de nouveau détenu en Espagne pour rejoindre enfin la Grande-Bretagne en octobre 1942. Il devient alors responsable de l’ensemble des transmissions de la section française du SOE. C’est également à lui que l’on doit l’invention des « messages personnels » de la BBC, ces messages codés destinés aux groupes de résistants.

Un matériel de conception exceptionnelle

Pour commémorer le 80e anniversaire de cette liaison radio, un groupe de radio-amateurs de l’Union française des télégraphistes va tenter de reconstituer cette liaison avec des valises-radio qu’ utilisait la Résistance. « Ce matériel, qui emprunte les mêmes fréquences que les radio-amateurs d’aujourd’hui, était de conception exceptionnelle pour l’époque » explique Bernard Verbrugghe, membre du Radio-club de Bourges. Ces émetteurs-récepteurs étaient en effet spécialement fabriqués en Angleterre par des ateliers du SOE pour les besoins de la Résistance. « Les faire tenir dans de simples valises pour qu’ils y soient cachés était une petite prouesse » précise le radio-amateur. 

A quelques centaines de mètres du parachutage

La reconstitution est prévue pour les 6 et 7 mai 2021, à quelques centaines de mètres du lieu où s’est déroulé le parachutage, dans une dépendance du château de l’Abeaupinière prêtée par son propriétaire pour cette occasion. Plusieurs liaisons seront ainsi tentées, notamment avec le musée du Bletchley Park, un domaine situé dans le centre de l’Angleterre qui abrite aujourd’hui un musée de l’informatique et qui fut, durant la seconde guerre mondiale, le principal site de décryptage du Royaume-Uni.

 

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