Ces jeunes femmes de l'Indre ont créé leur entreprise grâce au micro-crédit de l'ADIE

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Océane, 20 ans et Alexia, 29 ans, viennent de créer leur entreprise dans l’Indre. Décoration d’intérieur pour l’une, élevage de chiens pour l’autre. Pour lancer leur activité, elles ont fait appel à l’ADIE, association pour le droit à l’initiative économique et à une Prime jeunes.

Alexia Petit a créé son élevage de chiens en février 2020 à Sarzay dans l’Indre. "J’ai toujours voulu travailler avec des chiens. C’était mon rêve et j’en ai fait mon métier". Mais en arriver là n’était pas gagné d’avance. Quand elle a présenté son projet aux banques, Alexia s’est vue opposer un refus catégorique.

"Les banques n’ont pas cherché à comprendre. Ils ont juste vu que j’avais eu des problèmes de surendettement avec mon compagnon. Et ils se sont arrêtés à ça. Si on s’est surendetté, c’était une question de survie mais une fois qu'on est fiché...", explique la jeune femme. Alors elle se tourne vers l’ADIE, association pour le droit à l’initiative économique.

L'ADIE aide des porteurs de projet non éligibles au crédit bancaire

L'association pour le droit à l'initiative économique a été créée en 1989 et reconnue d'utilité publique depuis 2005. Céline Constantin est la directrice territoriale de l'ADIE en région Centre Val de Loire. "Pour solliciter l'ADIE, il faut avoir essuyé un refus bancaire. Ensuite, nous étudions le projet du porteur, sa viabilité mais surtout la personne en tant que telle. Il ne faut pas que la personne soit plus en difficulté une fois qu'elle obtient ce microcrédit. On évalue aussi le risque pour la personne. C'est la priorité", explique Céline Constantin. 

Plus de la moitié des clients de l'ADIE sont des bénéficiaires des minima sociaux et la majorité n'est pas diplômée. "Notre rôle est de lever ces freins. Nous sommes là pour expliquer qu'il est possible d'entreprendre même sans diplôme et sans apport financier personnel", rappelle la directrice territoriale de l'ADIE. 

L'ADIE accorde des microcrédits allant jusqu'à 10 000 euros auquel peuvent être ajoutés 2000 euros de prêt d'honneur (prêt à taux zéro) qui aident à la création de l'entreprise. "Les clients ont jusqu'à 36 mois pour les nouveaux et 48 mois pour ceux qu'on connait déjà pour rembourser leur crédit. Mais la plupart le rembourse en 30 mois". 

C'est ainsi qu'Alexia Petit a obtenu un microcrédit de 3500 euros et un prêt d'honneur de 1500 euros pour créer son élevage de chiens dans l'Indre en février 2020 : le Domaine de Java. 

271 euros par mois pendant 60 mois

"J’ai apporté mon dossier avec un business plan, un prévisionnel et ma motivation. L’ADIE a été la seule à me faire confiance ". 

Deux ans plus tard, elle sollicite un nouveau crédit, 8 700 euros cette fois pour acheter un camion utilitaire afin de transporter ses chiens. "Je rembourse actuellement 271 euros par mois et cela va durer 60 mois. Je peux aussi rembourser sans frais de manière anticipée si je le souhaite", explique Alexia.  

Comme Alexia Petit, 732 entrepreneurs ont créé leur activité grâce au microcrédit de l’ADIE en Centre-Val de Loire en 2021. 

Nouveauté : une prime de 3000 euros pour les jeunes de moins de 30 ans

Selon une enquête d'Opinion Way réalisée en 2017, en France, 8 jeunes sur 10 de moins de 35 ans souhaitent créer ou reprendre une entreprise, et pourtant ils sont encore une minorité à passer à l’acte. En 2021, seuls 30 % des clients de l'ADIE ont moins de trente ans. L'association souhaite accompagner davantage de jeunes qui voudraient se lancer.

Pour aider l'association à relever ce défi, depuis novembre 2021, l'Etat verse une Prime Jeunes de 3000 euros supplémentaire pour les moins de 30 ans.

Issues d’un fonds public d’un montant global de 25 millions d’euros, ces primes sont destinées à soutenir la création d’entreprise des jeunes de 18 à 30 ans en insertion, les plus en difficulté du point de vue de leur parcours d’insertion sociale et professionnelle : bénéficiaires d’un minimum social (ASS, AAH, RSA), demandeurs d’emploi de longue durée (de plus de 12 mois), parents isolés, habitants d’un quartier politique de la ville, accompagnés par une mission locale, ou avec un niveau de formation inférieur ou équivalent à un CAP/BEP.

Pour le moment 15 jeunes ont bénéficié de cette prime en Centre-Val de Loire.

Je savais que ce serait compliqué d'obtenir un prêt dans une banque avec mes faibles revenus. Je touche 800 euros de la CAF par mois. Alors j'ai contacté l'ADIE

Océane Ramillon, décoratrice d'intérieur

 

C'est le cas d' Océane Ramillon. A 20 ans, elle a créé sa micro-entreprise de décoration d'intérieur à Châteauroux. "J'aimais beaucoup la décoration d'intérieur mais je ne pensais pas pouvoir en faire mon métier", raconte la jeune maman d'un petit garçon de trois ans. Après avoir obtenu un BAC STMG, elle a suivi une formation de six mois au Centre européen de formation. "Je savais que ce serait compliqué d'obtenir un prêt dans une banque avec mes faibles revenus. Je touche 800 euros par mois de la CAF. Alors j'ai contacté l'ADIE."

Océane avait besoin de 4 500 euros pour créer son entreprise. Sa conseillère lui a dit qu'elle était éligible au microcrédit de l'ADIE et qu'elle pouvait bénéficier de la nouvelle prime jeunes de 3000 euros. " J'ai juste emprunté 1500 euros en microcrédit. La prime de 3000 euros m'a été versée en même temps. Ça m'a permis d'acheter le matériel informatique, les outils de dessin et de graphisme ainsi que de mesures."

La jeune chef d'entreprise rembourse 53 euros par mois au lieu de 170 euros par mois grâce à cette prime jeunes. "Je n'ai pas encore de clients. Je développe mon entreprise. Il faut d'abord que je me fasse connaître en créant mon site internet et mon book."

Et de conclure : "C'est tout nouveau pour moi. Je m'y suis faite et pour rien au monde je me vois faire autre chose. Mes proches qui avaient un peu peur au début quand j'ai arrêté mes études sont très fiers de moi".

Une semaine pour sensibiliser les jeunes à la création d'entreprise

"Cette prime de 3000 euros est une opportunité de plus pour les jeunes de créer leur entreprise", explique Céline Constantin, la directrice territoriale de l'ADIE en Centre-Val de Loire. "Pour sensibiliser les jeunes, du 31 janvier au 4 février, nous allons sillonner les quartiers. Nous voulons porter l'idée qu'entreprendre est possible pour tout le monde."

Tous les trois ans, l'ADIE réalise une étude d'impact. Selon celle de 2021, 81 % des entreprises créées grâce au microcrédit existent encore après trois ans. "Même si la pérennité des entreprises créées est importante pour nous, ce qui nous intéresse aussi c'est qu'après être passés par l'ADIE, 93 % des clients ont retrouvé un emploi. A leur compte ou en tant que salarié. Cette insertion par le travail indépendant est notre cheval de bataille". 

Des ateliers seront organisés dans toute la France en présentiel ou à distance du 31 janvier au 4 février.