Ouverture du procès du "Madoff berrichon" à Châteauroux : "J’ai tellement honte, je suis une crapule !"

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Écrit par Amélie Rigodanzo avec Thomas Hermans

Entre 2000 et 2013, Roland Bernard, courtier en assurance à Néons-sur-Creuse (Indre), aurait escroqué plus de 200 personnes et leur aurait soutiré près de six millions d’euros. Son procès s’est ouvert ce lundi 4 juillet à Châteauroux.

C’est une silhouette courbée, sombre et dégarnie qui se présente au tribunal judicaire de Châteauroux ce lundi 4 juillet pour l’ouverture de son procès. Roland Bernard, aujourd’hui âgé de 73 ans, comparait libre mais honteux devant le tribunal correctionnel : "J’ai tellement honte, je suis malhonnête, je suis une crapule", a-t-il exprimé au jury. "Il est évidemment à la fois très affecté par cette affaire, même si dans sa position de prévenu, il a certainement moins le droit de le dire que les victimes, et il est déterminé à s’expliquer", ajoute son avocat Me Eugène Bangoura.

Roland Bernard, surnommé le "Madoff berrichon" était un courtier en assurance bien connu a Néons-sur-Creuse (Indre) où il travaillait, et aux alentours. Il avait la confiance de ses clients, qui lui confiaient des chèques en blanc pour des placements juteux, jusqu’à 30%, pour de faux intérêts en bourse ou de fausses assurances vie. Une escroquerie dont le schéma est identique la "Pyramide de Ponzi", l'arnaque mise en place par le vrai Madoff, celui de Wall Street. Entre 2000 et 2013, il leur aurait soutiré près de 6 millions d'euros.

L'argent envolé

Le système est si complexe que huit années d’enquête ont été nécessaires pour le détricoter. "Dans les circuits financiers utilisés par Roland Bernard, vous avez une multitude de comptes bancaires qui ont été utilisés ou de contrats d’assurance. Donc il y a tout un circuit, comme souvent dans ce type d’escroqueries, où il faut tracer l’argent, les flux financiers, ce qui explique que c’est très long", détaille Me Nicolas Lecoq, qui représente 68 parties civiles.

Ces dernières ont pratiquement fait une croix sur l’espoir de récupérer leur argent, explique l’avocat. Dans ce genre d’escroqueries, "l’argent pour l’essentiel a été soit redistribué, soit détourné, soit a servi à alimenter des investissements qui, malheureusement, ont été perdus sur les marchés financiers. Il n’y a plus rien, plus un centime", redoute-t-il. Les victimes sont donc venues chercher "une condamnation [...] pour être restaurées et réparées un peu dans leur préjudice"... à défaut d’une réparation financière.

De nouveaux aveux

Au cours de cette première journée d’audience, Roland Bernard a renouvelé ses aveux, et a même reconnu avoir débuté les escroqueries dès les années 1980, bien avant la période qui a intéressé les enquêteurs (2000/2013). À l’époque, il n’était pas à son compte mais travaillait pour de grandes entreprises comme Axa ou Generali.

Le procès est hors-normes : 105 parties civiles sont présentes, constituées en association dès 2014. 75 autres victimes sont également recensées. Roland Bernard a reconnu les faits, se disant lui-même victime de racket. Il devra répondre d’abus de confiance, faux, usage de faux, escroquerie et blanchiment. Sa femme et son fils sont également poursuivis. Elle pour complicité, lui pour recel. Le procès se poursuit jusqu’au 13 juillet.