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Blois : 100 ans après, elle découvre que son père était un héros de 14-18

Jacqueline Paunin et son père Charles Potté / © Benoît Bruère
Jacqueline Paunin et son père Charles Potté / © Benoît Bruère

C'est une petite histoire dans la grande Histoire. Cent ans après l'Armistice, la Blésoise Jacqueline Paunin a découvert avec émotion que son père était un héros de 14-18. Et pourtant, comme beaucoup d'autres rescapés du champ de bataille, son père n'évoquait jamais la guerre.

Par Benoit Bruere

La guerre, les millions de morts, l'horreur, et puis parfois une belle histoire.

Ce sont les mots de Jacqueline Paunin, née Potté, ancienne institutrice et directrice de l'école des Cornillettes à Blois (Aujourd'hui, école Marguerite Audoux). Il y a quelques mois, elle a découvert que son père, Charles Potté, était un héros méconnu de la grande guerre. Elle l'a appris en effectuant des recherches aux archives départementales de Loir-et-Cher à Blois et en rencontrant, surtout, le fils du meilleur ami de son père lorsqu'il était dans les tranchées. 

Mon père a été un héros de l'ombre mais il ne voulait pas passer pour un héros. Quand j'étais petite, il ne parlait jamais de la guerre. Et pourtant, souvent, je m'asseyais sur ses genoux et je lui demandais, papa raconte-moi la guerre.

Charles Potté a fait toute la grande guerre comme soldat d'infanterie, successivement dans les rangs du 131e Régiment d'Infanterie à Blois, du 405e et du 39e R.I. Une vie de soldat ordinaire. Agent de liaison, il avait pour mission de faire le messager entre le front et l'arrière. 

Il a eu beaucoup de chance d'en revenir vivant alors que beaucoup d'hommes y sont restés.

Au fil des mois, Jacqueline Paunin poursuit son enquête au gré des révélations. L'ancienne directrice d'école n'est pas peu fière de découvrir les états de service de son papa. Et puis un jour, elle parvient à prendre contact avec Jean Ronsoux, le fils du meilleur ami de son père dans les tranchées. Elle se rend en Normandie et apprend de sa bouche que son propre père a été héroïque. 

Le fils d'Edme Ronsoux lui raconte qu'au coeur de la bataille de Verdun, un jour de juillet, trois binomes successifs de soldats de leur régiment sont envoyés en mission d'information. Aucun ne revient. Le lieutenant responsable, n'ayant pas le coeur d'envoyer deux autres hommes à une mort certaine, demande à deux volontaires de se désigner.

Mon père s'est porté volontaire avec son meilleur ami, Edme Ronsoux. Quelques heures plus tard, il en est revenu vivant, portant sur son dos son ami grièvement blessé. Mon père ne s'est jamais vanté de cela, il a toujours voulu rester un soldat de l'ombre.

Depuis Jacqueline Paunin ne cesse d'écouter la chanson de Linda Lemay "Le plus fort c'est mon père...", celle qui lui a donné l'envie de faire ce travail de recherche.

Pour moi aussi, le plus fort c'est lui, et avec ce 100e anniversaire, je me sentais un devoir de mémoire.

Issue d'une famille blésoise, la petite fille, devenue institutrice, puis directrice pendant vingt ans de l'école des Cornillettes, a gardé intacte toute son admiration pour le papa qui la prenait sur ses genoux.
 

Blois : histoire d'un poilu

La vie de Charles Potté (1894-1976)

A l'usine dès l'âge de 12 ans

Charles Potté est né le 26 janvier 1894 à Janvilles en Eure-et-Loir. Ses premiers pas, il les fait sur les bords de la Loire après le déménagement de la famille à Blois. A 10 ans, il subit la première épreuve de sa vie : son père meurt. Deux ans plus tard, alors qu'il n'a que 12 ans, il rentre à l'usine Rousset, manufacture de souliers. Il faut travailler et ramener un salaire pour aider sa mère. Dans l'une des plus grandes usines de Blois à l'époque, il devient rapidement coupeur en chaussure.
En janvier 1914, il a 20 ans lorsqu'il est réformé pour le service militaire, jugé trop frêle avec ses soixante kilos pour son mètre quatre-vingt deux.

1914 : Réformé puis mobilisé la même année

Mais la guerre éclate quelques mois plus tard. L'archiduc François-Ferdinand, héritier de l'empire Austro-Hongrois est assassiné en Serbie le 28 juillet. Le handicap physique de Charles Potté n'est, dès lors, plus un obstacle aux yeux de l'armée française. En décembre de la même année, il est décrété bon pour le service. Il incorpore le 131e régiment d'infanterie toujours à Blois. Et très rapidement, il est envoyé sur le front qu'il ne quittera plus jusqu'en novembre 1918. Dans les tranchées, il est agent de liaison. Sa mission est de porter les messages. Les "coureurs de tranchées" prennent des risques immenses pour apporter leur message si souvent attendu. Nombreux furent tués ou blessés lors des grandes offensives. Charles Potté traversa vivant la guerre et les lignes.

1917 : une permission pour se marier

Après l'épisode héroïque dont il a fait preuve à Verdun, Charles Potté bénéficie d'une permission. Il ne perd pas de temps et rentre à Blois. Quelques jours de bonheur, alors que la guerre fait rage, quelques jours d'amour aux côté de sa bien aimée Irène. Les deux jeunes se marient. Une priorité pour Charles qui ne supporte pas l'idée de laisser dans la misère, la jeune femme rencontrée avant la guerre, s'il devait ne pas revenir du front. Et ce, même s'il était un éternel optimiste. 

Blessé à trois reprises en 1918

En 1918, alors qu'il n'a jamais été blessé et que la fin de la guerre approche, il va connaître une série de meurtrissures. Usé par les combats et ce conflit qui n'en finit pas, il est d'abord blessé au bras droit le 9 avril 1918 dans le secteur de Montdidier. Un éclat d'obus évidemment. Rafistolé sur le champ de bataille, il souffre. Remis de cette blessure, il est à nouveau touché quelques mois plus tard dans l'Oise à Domfront le 9 août. Cette fois c'est la cuisse droite. Opéré, la blessure s'infecte. Mais il s'en sort encore une fois...La fin de la Grande Guerre approche quand il doit faire face à une nouvelle forme de cruauté et de souffrance. Il est intoxiqué au gaz "ypérite", le fameux gaz moutarde. Ce gaz s'attaque avant tout aux yeux et à la peau. Au contact de "l'ypérite" des abcès se forment sur la peau, et sa pénétration dans les poumons entraîne de graves lésions des voies respiratoires. Miraculeusement, Charles Potté, ne tombe pas. Nous sommes le 8 octobre à Urvilliers, à quatre semaines de l'Armistice. 

Les distinctions 

- Le 4 juillet 1916 : cité à l'ordre du régiment à Verdun : "Pendant toute la journée du 21 juin 1916, Charles Potté a rendu les plus grands services en faisant comme "courrier" la liaison entre le bataillon et les compagnies sous les bombardements ininterrompus et des plus violents". Croix de guerre et étoile de bronze.

- Le 5 mars 1916 : cité à l'ordre du régiment à Verdun : "Chargé le 21 février 1916, après un violent bombardement, d'accompagner un sous officier qui avait reçu l'ordre d'aller reconnaître le nouvel emplacement de lignes ennemies, a accompli sa mission avec bravoure et rapporté les renseignements complets". Croix de guerre, étoile de bronze, médaille militaire. 

- 7 avril 1968 : Charles Potté est décoré de la Légion d'Honneur.

 

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