Vente de la Matra MS 670 pour indemniser les ex-salariés : Lagardère a-t-il dit toute la vérité ?

En septembre, Lagardère annonçait la vente du joyau des usines de Romorantin, pour indemniser les ex-salariés abusivement licenciés. Des documents suggèrent que le groupe, en réalité, avait mis cette somme de côté des années plus tard. 
La mythique Matra MS670, victorieuse des 24H du Mans en 1972.
La mythique Matra MS670, victorieuse des 24H du Mans en 1972. © J DUTAC/MAXPPP
"Toute la richesse de nos souvenirs de la saga Matra dans le sport automobile ne peut compenser l'obligation pour le groupe Lagardère d'honorer les suites d'une décision de justice défavorable en janvier 2020 dans une affaire de droit social de Matra Automobile, 18 ans après sa fermeture. D'où la mise en vente aux enchères, en toute transparence, de la Matra gagnante des 24 heures du Mans 1972." 

Ces mots, ce sont ceux du cogérant et contact presse désigné du groupe Lagardère, Thierry Funck-Brentano.
 

"Une certaine dose de cynisme et de mépris"


Le 19 septembre, la firme annonce la mise en vente de la mythique Matra MS 670, assemblée à Romorantin. La boucle est bouclée : le groupe espère dégager entre 4 et 7 millions d'euros et ainsi payer aux ex-employés de l'usine de Romorantin leurs indemnités. En février, l'entreprise Matra Manufacturing & Services, détenue par Lagardère, a été condamnée après 9 ans de procédure à verser 4,2 millions d'euros à 296 anciens salariés. Pour les ex-Matra, l'annonce de la vente du joyau de leur usine pour assumer le coût d'un licenciement "sans cause réelle et sérieuse" est un coup de poignard. "Il y a tout de même une certaine dose de cynisme et de mépris" glissait à l'époque un ancien de Romorantin. 


Plus de 5 millions d'euros mis de côté en 2014


On pourrait y objecter que l'argent, il faut bien le trouver quelque part. Mais depuis, la rédaction de France 3 a reçu, identifié et authentifier un document provenant d'une source anonyme. Il s'agit du procès-verbal d'un conseil de surveillance du groupe, daté du 19 mai 2014, auquel assiste notamment Thierry Funck-Brentano, en qualité de président du conseil. 

Ce procès verbal comporte un paragraphe nommé "litige sociaux". "Suite à une décision rendue en 2010 en faveur d'un salarié (...), la CGT locale a intenté une action aux prud'hommes pour contester les licenciements de 2003", peut-on lire, Matra Manufacturing & Services décide visiblement de se préparer à l'éventualité d'une condamnation en Justice. Le compte-rendu annonce qu'une somme de 5.5 millions d'euros a été provisionnée dans cette optique. 

"Provisionnée", cela signifie que la somme a été mise de côté. Et surtout, étant donné que dans ce cas de figure, le risque d'une condamnation à des dommages et intérêts est bien réel, cette somme devient déductible d'impôts. Alors que le groupe avait mis de côté 5 millions d'euros déductibles d'impôts en 2014, quelle est la nécessité réelle de la vente de la Matra MS 670 ?

Contacté à plusieurs reprises par France 3 et averti du délai de publication, le groupe Lagardère n'a pas donné suite. 
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